mardi 31 mars 2009

Où suis-je et dans quelle projection j'ère ?

Les systèmes de cartographie numérique et les globes virtuels utilisent des systèmes de coordonnées et de projection cartographique différents. Mais il faut y regarder d'un peu plus près pour en connaître les détails et savoir lire correctement des cartes ou des globes (réels ou virtuels) ou encore pour identifier les problèmes qu'on peut parfois rencontrer dans la manipulation de données géographiques et de systèmes de projection cartographique.
Pour l'IGN, la géodésie, qui remonterait au 3ème siècle avant J-C, est "la science de la forme et des dimensions de le Terre" qui "intervient en amont de toute cartographie ou navigation".
Un des objectifs de la géodésie est "de déterminer les coordonnées de points de repère dans des systèmes de référence géodésiques et de représenter tout ou partie de la surface de la Terre dans différentes projections planes".
En outre, la géodésie "détermine les coordonnées de points de repère dans des systèmes de référence géodésiques. L'ensemble des points matérialisés sur le terrain (bornes géodésiques, châteaux d'eau, etc ...) forme un canevas géodésique couvrant toute la France, canevas auquel les levés topographiques se rattachent de façon homogène".
On a l'habitude de distinguer trois ensembles qui permettent de définir la localisation de tout objet sur la terre et de décrire cette dernière sous la forme de globes ou de cartes :
- un référentiel ou système géodésique : celui-ci est un repère dont le centre est proche du centre des masses de la Terre, ses deux premiers axes étant dans le plan de l'équateur et le troisième est proche de l'axe de rotation des pôles: mais un système géodésique peut être spatial/mondial ou local
- un système de coordonnées géographiques figurant sur les cartes et découlant du système géodésique utilisé et comprenant des coordonnées horizontales (parallèles et méridiens) et des coordonnées verticales (niveau de référence)
- un système de projection cartographique lié à la représentation sur une surface plane de l'image de la terre (assimilée à un ellipsoïde). Les coordonnées planes ainsi obtenues permettent des mesures directes sur la carte (angles, surfaces) mais toutes les représentations planes engendrent des déformations (les distances ne sont jamais conservées).
Pour compléter ces notions, il faut connaître celle de géoïde ou ellipsoïde ou sphéroïde : ces termes ne sont pas identiques mais désignent globalement ce qui est une modélisation approchante de la forme de la terre assimilée à une sphère : il existe plusieurs types de géoïde, soit mondiaux soit locaux.

(Copyright J-C Desconnets-LIRMM)

(Copyright J-C Desconnets-LIRMM)

Il est essentiel de connaître ces diverses notions, systèmes et paramètres, que ce soit pour apprécier le niveau de précision de la localisation d'"objets géographiques" ou la qualité cartographique de la représentation de la terre (ou d'une portion de celle-ci).
Mais il est tout aussi indispensable de connaître ces paramètres pour passer de la sphère à une surface plane (cela peut parfois éviter de se perdre...) ou encore pour transformer des coordonnées afin de pouvoir passer d'un système de coordonnées à un autre (on parle alors de reprojection).
Il existe là aussi divers systèmes de projection mondiaux ou locaux : on distingue les projections coniques, planes, cylindriques qui correspondent à trois formes différentes de la surface de projection et à trois modes différents de représentation des méridiens et des parallèles.
Il faut retenir que toutes les projections entraînent des déformations et que certaines conservent les angles alors que d'autres conserveront les surfaces, tandis qu'aucune ne conserve les distances. Pour faire simple, il existe trois types principaux de projections : conique, cylindrique ou pseudo-cylindrique, et plane (azimutale ou zénithale).

(Copyright J-C Desconnets-LIRMM)

Ces différentes projections ont des propriétés différentes :
- les projections équivalentes conservent des surfaces et modifient les angles (exemple : Lambert)
- les projections conformes conservent les angles et se traduisent par une distorsion des surfaces (exemple : Mercator)
- les projections aphylactiques ne conservent ni les surfaces, ni les angles (exemple : projection plate carrée) mais peuvent être équidistantes, c'est-à-dire conserver les distances sur les méridiens.

(Copyright J-C Desconnets-LIRMM)

En France, trois systèmes de projection sont utilisés :
- le Lambert (système géodésique Nouvelle Triangulation de la France/NTF) qui comprend le "Lambert zone" ou le "Lambert étendu"
- l’Universal Transverse Mercator ou UTM (système géodésique European Datum/ED 50 ou World Geodetic System/WGS 84)
- le Lambert 93 (système géodésique Réseau Géodésique Français/RGF 93)

(Copyright J-C Desconnets-LIRMM)

Il existe bien d'autres systèmes de projections, utiles ou futiles… l'un de mes préférés est celui-ci :

Projection conique équivalente de Bonne

J'ai déjà indiqué ici, reprenant un article de L. Jégou et de D. Eckert sur la revue en ligne Mappemonde, que la plupart des sites de cartographie en ligne 2D utilisent une version particulière de la projection Mercator, une projection cylindrique inventée au XVIe siècle. Il s'agit en fait d'une version pour le Web de la projection de Mercator comme l'explique très bien Peio Elissalde, géomaticien ayant une expérience confirmée dans la cartographie en ligne, dans ce billet du forum de Georezo. "Ainsi malgré ses distorsions d'échelle, la projection Mercator s'avère certainement la plus appropriée en tant que carte mondiale interactive pouvant être fortement zoomée jusqu'à des échelles très locales sans distorsion de forme en conservant une orientation Nord en haut. Google Maps a commencé par utiliser une projection plate carrée jusqu'au 22 juillet 2005 mais a reçu pas mal de critiques. De plus, Google Maps propose l'affichage des directions d'un point A à un point B." Etant donné que le choix d'une projection en 2D nécessite des compromis vu l'impossibilité d'afficher un objet 3D en 2D sans distorsion, Google s'est vraiment livré à une réflexion technique dont Peio Elissalde donne les principaux tenants et aboutissants dans un autre billet sur Georezo. Tout d'abord, la projection Mercator permet en tout point de la carte que l'échelle en mètres par pixel reste la même dans les directions verticales et horizontales : ainsi les objets de l'imagerie qui sont carrés apparaissent carrés sur la carte à l'échelle locale, les cercles restent des cercles et non des ovales. Mais la principale raison était certainement la nécessité de pouvoir afficher des itinéraires à toutes les échelles. La cartographie en ligne est d'abord une affaire de choix techniques réfléchis mais qui peut aussi prendre en compte certains éléments de marketing "Les études marketing menées par Google (dixit Bret Taylor, Product Manager) ont montré que l'affichage cohérent des courbes restait plus important pour l'utilisateur que la distance réelle affichée par la route (or Mercator préserve bien les angles)".
Un des arguments pour lequel les géographes veulent proscrire la projection Mercator est le fait qu'elle amène trop de distorsion dans les distances au fur et à mesure qu'on s'éloigne de l'Equateur. Cependant, il faut admettre que si l'affichage est faussé c'est pour une bonne raison. Historiquement, la carte Mercator a été conçue comme un outil de navigation pour les marins européens qui pouvaient tracer une ligne droite entre un point A vers un point B pour définir sans peine le cap à suivre. Mais le fait de montrer l'Europe plus importante qu'elle n'est réellement n'avait pas de but politique mais bien un but pratique pour faciliter la navigation maritime à des échelles intercontinentales.

Si l'on s'en réfère au billet de Peio Elissalde déjà cité ci-dessus, le Géoportail de l'IGN (qui ne propose pas de calculs d'itinéraires), si l'on en juge les informations concernant les projections utilisées, s'appuie sur deux projections d'affichage :
- la projection Miller cylindrique pour les petites échelles (au delà du 1:10 000 000, cartographie de la NASA) : c'est à dire une projection Mercator modifiée, avec une déformation moins prononcée dans les régions polaires,
- la projection Equidistante Cylindrique Sphérique pour les échelles supérieures au 1:10 000 000, à partir de la mosaïque d'images de Planet Observer : c'est à dire une projection rectangulaire ou géographique (utilisée dans Google Earth), qui bien que ni conforme ni équivalente, reste idéale pour les plans de ville en présentant de faibles distorsions des formes et de surfaces.

De leur côté, les globes virtuels comme GoogleEarth, VirtualEarth3D, Geoportail 3D, ArcExplorer, WorldWind, EarthBrowser, pour ne citer que les plus connus, s'appuient sur une représentation sphérique de la terre (le géoïde) et un système de coordonnées géographiques.
Pour ces représentations "simplifiées" du globe terrestre, il est donc important de connaître :
- le géoïde utilisé
- le système de coordonnées utilisé
A titre d'exemple, GoogleEarth utilise le système géodésique WGS84 et le système de projection Plate Carrée.

Le site Earth Point propose ici la possibilité d'afficher différents systèmes de grilles dans GoogleEarth. On peut ainsi choisir entre les systèmes suivants : Degrés Décimaux, Degrés- Secondes Décimales; Degrés-Secondes-Minutes Décimales, Système Georef (World Geographic Reference), UTM, UPS (Universal Polar Stereographic), MGRS (Military Grid Reference System).
Au cours de la navigation dans Google Earth et en fonction du niveau de zoom, on peut ainsi voir apparaître le détail des grilles de ces divers systèmes de coordonnées ainsi que les valeurs d'un point s'afficher dans l'infobulle dans ces divers systèmes, comme dans l'exemple ci-dessous.

Grille UTM en rose

Enfin, la société ISC a très récemment mis en ligne une nouvelle démonstration technologique qui permet d'afficher une carte des contours des pays en différents projections (Mercator, WGS84 et cylindrique équidistante) par-dessus le fond de Virtual Earth de Microsoft.

Les contours des pays sont en WGS84

Si vous voulez en savoir plus sur ces sujets, vous pouvez utilement consulter les documents suivants dont je me suis largement inspiré pour ce billet :
- un support du cours de J-C Desconnets sur les projections et les échelles basé sur les supports de formation de l’UMR3S - Cemagref
- un site très riche avec de très nombreuses projections issues du logiciel PCM (Projections Cartographiques avec Maple)
- un article en français sur les projections cartographiques, notamment celles utilisées au Canada
- un site en anglais avec une galerie présentant de nombreuses projections illustrées
- un article en anglais sur la projection de Peters versus celle de Mercator
- Rubrique "Géodésie et nivellement" sur le site de l'IGN
- Sous-rubrique "Historique, projections, systèmes et coordonnées" sur le site de l'IGN
- FAQ "Géodésie et nivellement" sur le site de l'IGN.

Je remercie Peio Elissalde de Magic Instinct Software pour avoir accepté de lire ce billet et d'avoir apporté son expertise sur le sujet.

lundi 30 mars 2009

Mappemonde : une revue de référence sur la cartographie

Entre 1986 à 2003, la revue Mappemonde fut publiée sous forme papier. Depuis 2004, elle est devenue une revue électronique accessible en ligne gratuitement.
Cette revue trimestrielle, soutenue par le CNRS, est consacrée à l'image géographique et aux formes du territoire.
"Mappemonde vise d'une façon générale à l'amélioration des connaissances géographiques et de l'information sur les lieux et les territoires. Elle s'intéresse plus particulièrement aux images géographiques sous toutes leurs formes: cartes, croquis et cartogrammes, modèles, représentation de données satellitaires, SIG, photographies, animations, etc. Elle n'est pas restreinte à une discipline et souhaite continuer à publier, comme elle l'a déjà fait sous forme imprimée, des documents et des articles dans les domaines les plus divers de l'écologie, de l'archéologie, de la sociologie, de l'art, de l'architecture, etc.
Mappemonde s'adresse non seulement aux chercheurs, aux enseignants et aux étudiants, mais aussi aux chargés d'études, aux collectivités territoriales, aux entreprises, à tous ceux qui ont à travailler sur le territoire, l'aménagement, l'environnement, les localisations, et à tous ceux qui sont curieux des configurations de la Planète et des activités humaines sur la Planète et alentour."

La revue fut publiée à l'origine par le GIP RECLUS dirigé par R. Brunet dont j'ai déjà parlé ici et dont le siège était à la Maison de la Géographie à Montpellier, que j'ai fréquentée entre 1991 et 1994. En 1999, le GIP RECLUS disparaît. Ses avoirs et droits dévolus ensuite à l'Unité mixte de recherche UMR 6012 ESPACE et au Groupement de recherche Libergéo, la Maison de la Géographie relevant de l'Université Paul-Valéry de Montpellier.
Depuis janvier 2005, c'est Denis Eckert qui assure la direction de la rédaction de la revue, dont la directrice de publication est Loïc Grasland.
Le site propose non seulement les numéros en ligne gratuitement mais aussi d'y avoir un accès guidé par dossiers ce qui facilite grandement l'usage des articles disponibles.
Dans le dernier numéro en ligne (n° 92/4-2008), je me permets de souligner l'article très intéressant de Jean-Baptiste Arrault "Une carte de l’élargissement de l’horizon géographique au début du XXe siècle". On peut y voir la carte ci-dessous censée rendre-compte de l'"élargissement progressif de l'horizon géographique" :

(Carte réalisée par Emmanuel de Martonne et extraite du Traité de géographie physique de De Martonne (1929)).

Pour l'auteur, cette planisphère a plusieurs fonctions. Au-delà du fait d'"illustrer l’histoire de la géographie et d'éclairer les conditions de possibilité d’une géographie physique générale", elle a une signification plus large qui consiste en "une lecture de l’impact de la colonisation dans l’élaboration de la géographie comme science à la fin du XIXe siècle, ainsi qu’une conception du Monde comme produit de la colonisation". Pour prolonger cette interprétation, outre les références bibliographiques citées par l'auteur en fin de son article, on peut utilement se reporter aux articles du numéro 91 de la revue ou encore à l'ouvrage "L’empire des géographes. Géographie, exploration et colonisation (XIXè-XXè siècle)", sous la direction de Pierre Singaravélou, paru en 2008 aux éditions Belin, dans la Collection "Mappemonde" (tiens, tiens...). Cet ouvrage, dont on peut trouver ici un compte-rendu de Patrick MOUGENET pour Les Clionautes, constitue les actes du colloque "Géographie, exploration et colonisation" organisé à la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine en octobre 2005. A noter sur le même sujet les travaux en cours du programme de recherche sur le thème "Géographie et colonisation" soutenus par l'Agence Nationale de la Recherche.

Dans ce même numéro de la revue Mappemonde, on trouve un article passionnant et fort bien documenté de Denis Eckert et Laurent Jéguou "Quel planisphère de référence pour GoogleMaps?". On y apprend que la projection utilisée par Google est en fait une "variante particulière de la projection de Mercator, une projection cylindrique inventée au XVIe siècle". L'article explique, figures à l'appui, que ce choix est lié aux contraintes de vitesse d'affichage des images cartographiques et du principe de leur tuilage par niveaux d'échelles successifs qui leur permettent d'être affichées très rapidement dans GoogleMaps.

(Comparaison des images produites par la projection de Mercator (en gris) utilisée par GoogleMaps et une projection respectant les surfaces (en rouge). Copyright L.Jégou-D.Eckert, 2008)

L'article indique aussi que GoogleMaps n'est pas le seul à s'arranger ainsi avec la projection Mercator puisque Yahoo Maps et Virtual Earth/LiveMaps de Microsoft semblent faire de même. Je reviendrai prochainement plus en détails sur les différents systèmes de projection utilisés dans les principaux sites de cartographie en ligne mais aussi dans les globes virtuels les plus connus.

Mappemonde fut une revue essentielle dans le PGF (paysage géographique francophone). On ne peut que lui souhaiter de le demeurer, ... en lui suggérant peut-être de rendre son site à la hauteur de la qualité de la revue.

dimanche 29 mars 2009

"Souviens-toi Barbara, on voyait presque tout Brest ce jour-là"

Le site Internet de Brest Métropole Océane propose une rubrique consacrée à Brest et ses environs vus du ciel. On peut y télécharger gratuitement toutes les images aériennes ainsi mises à disposition sous licence CreativeCommons (sous réserve d'en faire un usage conforme aux principes édictés sur le site). Il s'agit d'un orthophotoplan (photographies aériennes déformées et mises en coordonnées planimétriques pour pouvoir être superposées à d'autres fonds de plan cartographiques) composé de 1700 clichés et couvrant une surface de 350 km2. Les images ont une résolution de 20 cm ce qui signifie que chaque pixel représente une surface de 20cm x 20cm au sol. Les images aériennes ont été prises lors d'une mission réalisée par la société Aeroscan commandée par Brest Métropole Océane et réalisée le 8 septembre 2004. Pas un seul nuage sur ces photos : de quoi faire mentir Jacques Prévert et son fameux poème Barbara
"Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là"
...
Sur ces images, on peut observer le travail de floutage qui a été réalisé sur les zones militaires considérées comme sensibles, comme le montre l'image ci-dessous prise à la verticale de l'estuaire de la rivière la Penfeld, juste au-dessus et en aval du Pont de la Recouvrance.

(Copyright Brest Métropole Océane)

On peut retrouver cette couverture aérienne sur le site cartographique de la Ville de Brest. Etonnamment, on a l'impression qu'au même endroit les images aériennes sont moins floutées ou pas floutées du tout à un certain niveau de zoom.

(Copyright Brest Métropole Océane)

En revanche, dès qu'on effectue un zoom aux niveaux les plus précis, le floutage sur les zones militaires réapparaît comme le montre cette image montrant des zones floutées et des zones qui ne le sont pas.

(Copyright Brest Métropole Océane)

On retrouve ces mêmes restrictions sur le Geoportail de l'IGN...

(Copyright Geoportail IGN)
...où c'est encore plus net au dernier niveau de zoom disponible...

(Copyright Geoportail IGN)

... et sur VirtualEarth qui intègre les photos aériennes de l'IGN depuis 2008.

(Copyright Microsoft et Geoportail IGN)

En revanche, si l'on va faire un tour sur GoogleMaps au même endroit, on peut constater qu'aucun floutage n'a été appliqué sur ces zones militaires.

C'est encore plus nette au dernier niveau de zoom disponible dans GoogleMaps...

...et a fortiori dans Google Earth

Et que dire le jour où Google mettra à disposition des images satellitaires à très haute résolution comme celles de GeoEye1 sur ces mêmes zones.
Il ne s'agit pas de se lamenter sur les problèmes de floutage des images pour raisons Secret Défense mais de constater (et un peu de s'étonner) de cette différence de traitement par l'imagerie aérienne/satellitaire géonumérique disponible sur Internet pour une même zone censée être sensible.

L'autre aspect très intéressant du site de Brest Métropole Océane est qu'il propose de visualiser des images aériennes historiques datant de 1919 à 1999. Une mine pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de Brest et de ses environs !
Il s'agit d'une part de photos aériennes anciennes numérisées datant de 1919, 1929, 1950, 1954 et diffusées par l'Ifremer. Ces prises de vues proviennent du SHOM, et ont été redécouvertes en 2005 dans des locaux de l'Ifremer. Ces photographies aériennes verticales couvrent le littoral français et une partie de celui de l'Afrique du Nord, alors colonies françaises.
En 2006, Brest Métropole Océane a passé une convention avec l'Ifremer afin de numériser les photographies concernant le territoire de la communauté urbaine pour les campagnes de 1919, 1929 et 1950. Ces photographies une fois numérisées ont été regroupées en mosaïques afin de réaliser une vue générale par campagne puis intégrées au Système d'Information Géographique de la métropole brestoise.
D'autre part, en 2007 ont été ajoutées des prises de vues réalisées en 1955 prêtées par un particulier et couvrant Brest et une partie des communes limitrophes. Fin 2007 ont été ajoutées les images de 1919, couvrant la Rade de Brest (de la pointe Saint-Mathieu à la Pointe des Espagnols), numérisées avec le concours du Ministère de la Culture. Ces documents en ligne sont également accessibles depuis le site des archives. On trouvera ici le détail de ces explications.
On peut aussi se référer au très bon support de la présentation qui en a été faite par Michel BELLOUIS de l'Ifremer lors des Journées Géomatique de l'Ouest en 2006.

Voici sur la même zone que ci-dessus l'image de 1919...

(Copyright IFREMER, SHOM, PHOTOTHEQUE NATIONALE)


... celle de 1929...

(Copyright IFREMER, SHOM, PHOTOTHEQUE NATIONALE)


... celle de 1950...

(Copyright IFREMER, SHOM, PHOTOTHEQUE NATIONALE)


(pas d'image sur cette zone pour 1954)
... celle de 1955...

(Copyright IFREMER, SHOM, PHOTOTHEQUE NATIONALE)


... et en 1999 on retrouve la suppression d'une partie des photographies sur les zones militaires...

(Copyright IFREMER, SHOM, PHOTOTHEQUE NATIONALE)


Pour tous ceux qui aiment Brest et ses environs ou qui souhaitent en étudier l'évolution dans le temps et l'espace, ces divers fonds photographiques numérisés et géoréférencés permettent de disposer d'un matériau photographique et cartographique d'une valeur exceptionnelle. Il faut rendre hommage à la métropole brestoise d'avoir décidé de mettre à disposition ce fond d'archives ainsi que les images de la dernière campagne aérienne de 2004 en téléchargement facilité et gratuit sous licence CreativeCommons grâce à une interface cartographique simple d'usage.
On pourra aussi consulter utilement la rubrique des cartes et plans sur le site de la ville de Brest qui met à disposition sur Internet de très nombreux cartes et plans aux format .gif, .jpg ou .pdf.
Le site de l'Atlas des quartiers de la Ville de Brest est également un site d'une grande richesse et très pratique d'usage.
A noter enfin que l'Agence de Développement et d'Urbanisme du Pays de Brest (ADEUPa de Brest) qui propose depuis décembre 2007 un autre SIG en ligne mais réservé pour l'instant aux collectivités locales et à leurs partenaires. On apprend sur ce document que "fin 2009, il est prévu d’ouvrir le site au grand public et les collectivités pourront elles-mêmes mettre en ligne des données".

samedi 28 mars 2009

GeoEye1 is watching you

Le site Baliz-Media a récemment annoncé la disponibilité dans Google Earth des premières images prises par le satellite GeoEye1, lancé le 6 septembre dernier.
Rappelons que GeoEye1 tourne à une altitude de 680 km et à une vitesse de 274 000 km/h autour de la terre et qu'il permet d'acquérir des images d'une résolution de 0,41 m en mode panchromatique (noir et blanc) et de 1,65 m en mode multispectral (couleurs).
Ce satellite vient compléter l'offre déjà abondante d'imagerie géographique des satellites d'observation de la terre à haute et très haute résolution qu'ils soient optiques ou radar (Landsat, SPOTs, QuickBird, Ikonos, Kompsat, Formosat, ERS/JRS/IRS, etc.) dont on trouvera ici une liste détaillée ainsi que leurs caractéristiques principales.
En France, les seules photos disponibles pour l'instant dans Google Earth sont celles d'Arcachon dont voici un petit florilège en les comparant à d'autres images disponibles.
Voici l'image de GeoEye1 à gauche comparée à l'image SPOT à droite toujours disponible dans Google Earth:


Mais c'est peut-être dans la vue en perspective que les différences sont encore plus nettes :


Voici l'image GeoEye1 à gauche comparée à l'image disponible dans VirtualEarth à droite :


Enfin voici l'image GeoEye1 à gauche comparée à l'imagerie aérienne disponible dans le Geoportail de l'IGN à droite (qui ressemble à s'y méprendre à celle disponible dans Virtual Earth):


Au passage, j'ai eu la surprise de constater que ce bassin portuaire est cartographié d'une façon très différente entre GoogleMaps à gauche et Virtual Earth à droite... Google/TeleAtlas le considèrent comme une surface terrestre alors qu'il s'agit bien d'une surface en eau ...:


J'ai déjà indiqué ici que le CNES travaille actuellement sur le projet ECorce qui doit permettre dans les toutes prochaines années de disposer d'images à très haute résolution (environ 1m).

Se réjouir de la qualité, et dans certains cas de l'intérêt, de cette imagerie satellitaire à très haute résolution, devenue accessible gratuitement et facilement, ne doit pas nous empêcher de réfléchir aux risques de dérive dans l'usage de cette nouvelle forme d'imagerie et de la nécessité de débats sur les problèmes juridiques liés à celle-ci.

vendredi 27 mars 2009

Les travaux sur la généralisation cartographique à l'IGN : état des lieux et perspectives

Le 12 mars dernier, j'ai assisté à Saint-Mandé à la deuxième des Journées de la Recherche de l'IGN qui sont le rendez-vous annuel des chercheurs de l'institut pour présenter leurs travaux. Ce matin-là, c'est le laboratoire COGIT (Conception Objet et Généralisation de l'Information Topographique), qui présentait certains de ses travaux. Le COGIT, déjà évoqué ici sur ce blog, et dirigé depuis 2000 par Anne Ruas, est le laboratoire de recherche qui étudie les problématiques liées à l'utilisation des données topographiques vectorielles. On peut trouver ici son bilan des recherches pour la période 2006-2008 et ici la liste des publications de ses chercheurs depuis la création de ce laboratoire en 1998.
A noter la qualité des présentations et l'effort particulier de communication fait par les chercheurs du COGIT ce jour-là auprès d'un public qui n'était pas constitué uniquement d'autres chercheurs comme c'est parfois le cas de ce genre de journée.
Parmi les travaux présentés, deux d'entre eux ont tout particulièrement retenu mon attention :
- les recherches sur la généralisation cartographique dont Cécile Duchêne a présenté un bilan et des perspectives des travaux en cours (sa présentation est disponible ici)
- le projet "GeOpenSim, un module de simulation des évolutions urbaines" conduit par Anne Ruas, Annabelle Mas et Julien Perret.
Ce billet concerne le premier de ces sujets de recherche, je prévois de publier prochainement un billet sur le second sujet.

La généralisation cartographique est définie, selon René Cuenin, comme l'"opération qui, par sélection, schématisation et harmonisation, reconstitue sur une carte la réalité de la surface représentée dans ses traits essentiels en fonction du but de la carte, de son thème, de son échelle et des particularités de la région cartographiée".
Disposer de processus de généralisation automatiques fiables, souples et paramétrables permet non seulement de dériver les produits en série produits par l’IGN, mais est aussi indispensable pour aller vers des produits "à la carte" à destination du grand public ou liés à des applications métier.
En fait, la généralisation est un processus complexe dont l’automatisation est cruciale pour les instituts producteurs de données comme l’IGN, qui souhaitent pouvoir saisir l’information une fois dans une base de données détaillée, et en dériver ensuite les produits (bases de données et cartes) moins détaillés.
Depuis 1992, le COGIT étudie les processus de généralisation à but cartographique. Les recherches effectuées par le COGIT ont porté sur une meilleure caractérisation de l'information, sur la conception de nouveaux algorithmes de gestion des conflits entre les entités représentées ou de non-respect des règles de représentation, sur les stratégies de généralisation, sur la consolidation des connaissances pour l'automatisation, sur l’évaluation et sur la saisie des spécifications de généralisation.
Ces recherches ont permis d'avancer sur trois points :
- la mise au point d'algorithmes de généralisation plus adaptés à la nature des objets à généraliser,
- la mise au point de mesures permettant d'identifier les conflits et de caractériser l'espace pour mieux choisir les algorithmes et évaluer les résultats,
- la mise au point de deux modèles de généralisation complémentaires à base d'agents qui permettent de mieux contrôler le séquencement, l'espace d'application et le choix des algorithmes.

On a l'habitude de distinguer trois processus différents dans la généralisation cartographique :
- la sélection des entités géographiques à cartographier (selon un objectif cartographique) : il y a réduction de l'information représentée
- la schématisation des entités géographiques cartographiées : il y a réduction de la précision de l'information représentée
- l'harmonisation de l'ensemble des entités cartographiées : il y a effacement des imprécisions et limitation des confusions possibles


Evolution du contenu d´information en fonction de l´échelle : représentation d'une même zone géographique (centre ville de Montpellier) sur une carte au 1:25 000 et sur une carte au 1:50 000 de l'IGN (in Anne Ruas "Modèle de généralisation de données urbaines à base de contraintes et d´autonomie", Cybergeo)

Concrètement, le cartographe utilise une carte initiale décrite dans une base de données à un certain niveau de détail. Pour faire une carte à partir de ces données, il suffit d'utiliser des symboles différents pour les divers types d'objets de la base de données : les bâtiments sont coloriés en noir, les routes sont dessinées avec un trait large rouge et une bordure noire de chaque côté, etc. Certains logiciels permettent d'assurer cette tâche sans problème. Les soucis commencent quand il s'agit de faire une carte à petite échelle, pour couvrir une grande emprise de terrain, alors que les données ont été constituées initialement à grande échelle. Les données deviennent alors illisibles : les objets de faible emprise comme les bâtiments sont trop petits, les objets sont trop proches les uns des autres, les tracés sont trop détaillés etc. Pour les objets linéaires, on peut imposer une largeur de symbole suffisante pour que les traits soient visibles, mais si on se contente de faire ça, les symboles se chevauchent. Les tracés restent toujours trop détaillés et les petits objets comme les bâtiments, trop petits. Ces divers problèmes apparaissent clairement sur cette figure.


Il faut donc simplifier les données pour les rendre lisibles : c’est ce qu’on appelle la généralisation.
L’image ci-dessous représente les données généralisées au 1 :50 000 avec cette même symbolisation à l'aide d’une méthode appelée AGENT, développée au COGIT et consolidée avec d’autres laboratoires de recherche lors d’un projet européen.


Les résultats ci-dessous, obtenus à l’aide d’une autre méthode baptisée CartACom, montrent que les données finales sont différentes en fonction de l’échelle visée.


On peut voir que la généralisation se traduit non seulement par le choix de certaines entités représentées au détriment d'autres qui sont délaissées mais aussi par une augmentation de la taille des objets représentés et une simplification des détails, en particulier sur les réseaux indentés comme les axes routiers.

Les prochaines étapes des travaux de recherche en cours au COGIT portent sur le couplage de divers modèles, la généralisation pour des données et des besoins plus variés (incluant des données thématiques, par opposition aux données topographiques ou de référence), et l’aide à l’expression des besoins utilisateurs..

Pour prolonger cette lecture, on pourra utilement se reporter au site du COGIT où se trouve la liste des publications et thèses soutenues sur le sujet à l'IGN ainsi que leur téléchargement ici.
A noter que le COGIT participe aux travaux de la Commission "Généralisation et Représentation multiple" de l'Association Cartographique Internationale (ACI).

Je remercie vivement Anne Ruas pour m'avoir permis de présenter ces travaux sur ce blog et Cécile Duchêne, responsable de l'action de recherche, pour sa collaboration à ce billet et pour m'avoir permis d'utiliser certains éléments du support de sa présentation.

jeudi 26 mars 2009

Que faire des zones blanches des cartes ?

La semaine dernière, j'étais ravi de découvrir qu'une carte pouvait être un cadeau. Ainsi les éditions Gallimard proposent en ce moment pour l'achat de deux numéros dans la collection Découvertes Gallimard, une carte des Etats-Unis en puzzle aimanté (des magnets). J'avoue que l'affiche annonçait un programme fait pour m'attirer "Toutes les cartes en mains pour décrypter le monde".

(Copyright Gallimard)
Après l'achat des deux ouvrages dans l'une de mes librairies préférées, je rentre chez moi et me mets aussitôt à l'ouvrage sur la porte de mon réfrigérateur et là, quelle horreur !... je m'aperçois qu'il manque l'Alabama.

En plagiant le slogan de Gallimard, je me suis alors exclamé "Les Etats-Unis je ne les avais jamais vus comme ça" !
Après le temps de Marcel Proust, le continent de l'Atlantide des anciens et l'Arche d'Indiana Jones, l'Alabama devient perdu à son tour. Que faire ? Se plaindre auprès de mon libraire, des éditions Gallimard ? Finalement je décide de laisser les Etats-Unis ainsi avec cette zone blanche et... je me mets alors à penser à ces autres zones blanches déjà vues sur d'autres cartes.
Je me souviens surtout du site Unsiteblanc.com prolongé par le livre de Philippe Vasset, paru chez Fayard en août 2007, dont on peut lire ici une présentation introductive sur le site d'ARTE et ici une présentation plus détaillée.
"Pourquoi certains lieux sont-ils laissés en blanc sur les cartes ? Que cache la cinquantaine de zones blanches qui figure sur la carte IGN 2314 OT de Paris et sa banlieue ?". C'est à ces questions que se propose de répondre ce projet de Philippe Vasset qui a co-fondé l'Atelier de Géographie Parallèle avec les plasticiens Xavier Courteix et Xavier Bismuth.
"Unsiteblanc.org agrège toutes les tentatives de représentations de ce qui apparaît sur les points aveugles de la carte 2314OT de l'IGN. Ces représentations peuvent prendre la forme de photographies, de récit, de vidéos ou bien d'esquisses réalisés en marchant sur une zone blanche avec un GPS puis en projetant la trace obtenue sur un support (...). Dans toute entreprise de classification subsiste immanquablement des objets qui n'entrent dans aucune catégorie : le plus souvent, on s'en débarrasse sous l'intitulé "autres" ou bien "divers". Les cartes , ces recensements de l'espace, n'échappent à la règle : malgré tous les éléments de légende dont disposent les géographes, certaines aires ne sont pas labellisées et restent vierges. L'AGP a visité ces "zones blanches" pour découvrir ce qui échappait à la modélisation, et voir s'il était malgré tout possible de représenter ce qui y apparaissait".
A titre d'exemple, voici l'une de ces zones blanches, le lieu-dit Le Landy à Saint-Denis (48°55'06"N 02°21'13"E), vu par la carte 2314OT de l'IGN et vu par le Unsiteblanc.com.

(Copyright IGN et Unsiteblanc.com)

Voici la même zone dans le Geoportail de l'IGN...

(Copyright IGN)

... dans GoogleMaps...


...dans VirtualEarth...


Que nous disent ces diverse représentations d'une même zone considérée comme blanche sur la carte de l'IGN. Et bien que la "blancheur" s'en est allée puisque sur les dernières images satellitaires de GoogleMaps/Google Earth (qui semblent les plus récentes dans ce florilège), cette zone a été (ré)investie par l'homme.


A croire que l'homme n'aime pas les zones blanches des cartes, tout comme la nature n'aime pas le vide, paraît-il.
Et si ces zones blanches étaient à protéger comme le sont désormais certaines zones "naturelles" ou secteurs de patrimoine bât ?

Si vous voulez aller visiter cette zone blanche dans GoogleMaps, cela se passe ici :

Agrandir le plan

mercredi 25 mars 2009

Paris et ses expositions universelles

Si vous en avez le loisir, je vous invite à visiter l'exposition "Paris et ses expositions universelles, architectures, 1855-1937" qui se tient actuellement à Paris à la Conciergerie depuis le le 12 décembre dernier et qui a été prolongée jusqu'au 26 avril 2009 en raison de son succès.


Cinq sections sont dédiées aux expositions universelles de Paris de 1855, 1867, 1878, 1889 et 1900, une complémentaire traite les trois expositions parisiennes non universelles, qui en raison de leur caractère historique ou artistique majeur, restent indissociables des expositions universelles: 1925, 1931 et 1937.
Les expositions avaient huit fonctions principales :
- exhibition technologique
- foire commerciale
- salon des beaux arts
- exposition d'architecture
- plan d'urbanisme
- garden party du gouvernement
- société des nations
- fête populaire
Bien qu'éphémères, les expositions universelles ont profondément transformé le paysage parisien et son développement urbanistique. Elles ont légué de nombreux monuments à la fois symboles d'une époque et de l'identité actuelle de la capitale : la Tour Eiffel, le Grand et le Petit Palais, le Pont Alexandre III, les palais de Chaillot et de Tokyo.
L'exposition permet de découvrir environ deux cents tirages photographiques, réalisés à partir de clichés originaux issus des collections de la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine et des Archives nationales. Ces photographies illustrent la construction de bâtiments et monuments insolites et grandioses, dont la plupart ont disparu depuis.
Voici une superbe représentation du Champ de Mars de l'exposition de 1867, une vue "à vol d'oiseau", sorte de Bird's Eyes View avant l'heure :


Sur cette photographie de l'exposition de 1878, on peut voir sur les murs du pavillon du Japon une carte du Japon et un plan de Tokyo, la cartographie servant à la fois à représenter mais aussi à affirmer la puissance militaire et économique du pays à l'époque.

(Copyright Archives Nationales)

L'exposition de 1931, l'une des expositions phares de la France coloniale de l'époque, s’est déroulée dans le Bois de Vincennes. Vous en trouverez ici plusieurs images aériennes de qualité. Et voici une affiche de l'événement qui inclut une sorte de vue perspective en 3D de l'époque :

Aujourd'hui il reste de cette exposition de 1931, l'ancien Musée des Colonies de la Porte Dorée, devenue la Cité nationale de l'histoire de l'Immigration.

On peut trouver ici des plans de l'exposition de 1937.

Le site Artnouveau.com propose de nombreuses photographies de ces expositions, dont certaines sont visibles à la Conciergerie.

Cette exposition a été réalisée en partenariat avec la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, les Archives Nationales, et avec le concours du Département des Hauts de Seine/Musée Albert-Kahn et de la Parisienne de Photographie.
Le catalogue de l'exposition, signé Isabelle Chalet-Bailhache, Bertrand Lemoine et Pascal Ory aux Editions du Patrimoine, complète très utilement la visite elle-même.
A noter cet autre ouvrage "Sur les traces des Expositions universelles Paris 1855-1937 - A la recherche des pavillons et des monuments oubliés" de Sylvain Ageorges publié en mai 2006 chez Parigramme.

Une précédente exposition "Les expositions universelles à Paris 1867-1900" avait déjà été organisée par la BNF et présentée à Tokyo du 28 janvier au 28 février 2005 puis en Arles du 4 juillet 2005 au 18 septembre 2005. On pouvait notamment y voir cette photographie qui montrait le globe céleste monumental construit alors au pied de la Tour Eiffel et présenté au public cette même année que la "grande dame", devenue depuis le symbole de la capitale. Contrairement à cette dernière, le globe céleste ne fut pas conservé.


On peut retrouver l'emplacement exact de ce globe céleste et de tous les autres monuments sur ce superbe plan de l'exposition de 1900.


Il paraît qu'en 1989, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, le projet d'une nouvelle exposition universelle fut lancé mais il fut abandonné presque aussi vite.

mardi 24 mars 2009

Vaut-il mieux voir le monde en relief qu'en rose ?

Une application découverte ces jours-ci ici et reprise aujourd'hui ici sur le blog Google Earth, est disponible pour voir les images de Google Earth en relief ou plus précisément pour les afficher sous la forme d'images anaglyphes permettant de les voir en relief par stéréoscopie grâce à des lunettes rouge/vert. J'avais déjà évoqué ici ce procédé. Et j'avais terminé mon billet en me demandant si Google n'allait pas prochainement proposer ce genre d'images en 3D. C'est chose faite avec cette application baptisée Stereo GE Browser, développée par un certain Muttyan dont je vous invite à découvrir ici toutes les autres applications en matière de stéréoscopie.
Si vous avez les lunettes adaptées pour anaglyphes, vous pouvez commencer ici votre voyage en 3D.


Et voici un exemple sur la ville de New-York à plus grande échelle.


Vous pouvez télécharger cette application ici pour l'installer sur votre poste de travail (sous Windows).
Toutes les explications sur l'utilisation de cette application sont fournies ici.

Un menu contextuel accessible par le bouton de droite de votre souris permet de découvrir les nombreuses fonctionnalités dont celles du choix du type de projection stéréoscopie.


Cette interface propose aussi la même réglette de contrôle du zoom et de la navigation géographique que celle de Google Earth, ce qui en facilite grandement l'utilisation pour "se promener" dans ces espaces virtuels.


Derrière la prouesse technologique et l'aspect "amusant" de voir le monde en relief, n'oublions pas que certaines personnes ne possèdent pas la vision en stéréoscopie. Et n'oublions pas non plus que les non-voyants et malvoyants n'ont absolument pas accès à ce genre de vision. Heureusement pour ces derniers, le monde des cartes et des globes reste accessible grâce à des procédés dont certains existent depuis bien longtemps.

En ces moments de grisaille, développer un procédé qui permette de ne voir qu'en rose les globes virtuels, serait peut-être une vraie-fausse bonne idée...ou l'inverse.

lundi 23 mars 2009

Leonard de Vinci fut-il aussi un génie de la cartographie ?

J'ai récemment découvert dans l'ouvrage "Epopée cartographie. 100 exemples de cartes qui ont dessiné le monde" de John O.E. Clarck paru chez Parragon Books, une carte de la ville d'Imola dessinée en 1502 par Leonard de Vinci) (1452-1519). On peut la retrouver ici sur le site de la Royal Collection :


J'ai donc découvert que Leonard de Vinci était aussi cartographe et pas seulement un ingénieur de génie, un dessinateur hors pair, un peintre rarissime, un inventeur unique, etc. Mais le travail de cartographie de Leonard de Vinci fut toujours "orienté" : son travail d'observation et de dessin de la terre était guidé par des projets d'ingénierie, le plus souvent dans les domaines de l'hydraulique, de l'architecture civile ou militaire.
Parmi les autres cartes et plans de Leonard de Vinci qu'on peut découvrir sur le site de la Royal Collection, en voici quelques uns :
- carte de la vallée du Val de Chiana (1502)
- carte de l'Italie centrale (1502)
- carte de la vallée de l'Arno montrant le tracé proposé pour un canal
- plan pour un canal parallèle de l'Arno (1504)

Mais Leonard de Vinci a aussi dessiné certains territoires en 3D comme dans les exemples ci-dessous :
- vue en 3D de la plaine du Val de Chiana (1502)
- vue en 3D de la Toscane occidentale (1503-1504)

Mais que dire de cette mappemonde datant de 1513, quasiment la date de naissance de Mercator ?


Cette autre mappemonde dessinée par Leonard de Vinci en 1515, et que vous pouvez retrouver ici, est intéressante par l'ébauche de représentation du continent américain (et où la Floride apparaît sous la forme d'une île), à peine 8 ans après la première évocation toponymique du nouveau continent américain par un moine géographe de Saint-Dié des Vosages, Martin Waldseemüller, qui utilisa le prénom d'Amerigo Vespuci plutôt que le nom de Colomb pour désigner l'Amérique du sud dans une nouvelle édition de la cosmographie de Ptolémée publié en 1507.


Vous pouvez trouver d'autres cartes du maître dans le catalogue d'une superbe exposition "Leonard de Vinci l'inventeur" qui eut lieu à la Fondation Pierre Giannada à Martigny en Suisse.
Voici une esquisse de plan de la ville de Milan. On peut y voir que de Vinci a indiqué les distances entre les portes de la ville et qu'en bas de la carte figure une vue en perspective de la ville avec ses principaux monuments.


Voici un plan du projet de ville nouvelle que le roi François 1er avait projeté de faire construire près de Romorantin, au centre de la France comme nouvelle capitale de son royaume. Cette "ville idéale" devait être reliée au reste du pays par un système de canaux, entretenu par tout un dispositif permettant de maintenir les eaux propres : un projet de "ville hygiéniste" avant l'heure. Mais le projet dut être abandonné en 1519 en raison... d'une épidémie de peste.


Alors, Leonard de Vinci peut-il être aussi considéré comme un génie de la cartographie ?

dimanche 22 mars 2009

"Images géonumériques de tous les pays, unissez-vous !"

Le blog Google Maps Mania vient de publier un billet sur une réalisation de Mapperz permettant l'usage combinée de GoogleMaps, GoogleStreetView et des images Bird's Eyes View de VirtualEarth dont j'ai déjà parlé ici. Il s'agit de l'application Map Channels Dual Maps que Mapperz a mise en oeuvre sur une partie du Royaume-Uni et des Pays-Bas.


L'application Map Channels Dual Maps est un outil libre qui a été développé par Map Channels. Le résultat peut être aisément intégré dans un site web ou un blog.

Divers outils permettent de maximiser les fenêtres. Il est possible d'afficher sur la fenêtre cartographique de GoogleMaps le point d'où sont prises les images affichées dans GoogleStreetView et dans VirtualEarth avec le cône de vision des images. Ile st possible de personnaliser l'interface et de choisir les paramètres d'affichage des images en fonciton de ses propres besoins. Par défaut la fenêtre cartographie affichant GoogleMaps apparaît sur la gauche et les images Bird's Eyes View s'affichent dans la fenêtre de droite. Les images Bird's Eye View ne sont pas disponibles partout et sont remplacées par d'autres images satellites ou aériennes ailleurs.
L'interface de sélection des paramètres d'affichage est particulièrement simple à utiliser.


Lorsque les paramètres d'affichage sont définies, il suffit de cliquer sur le bouton "Create" et l'affichage apparaît ainsi que le code html à copier dans un site web ou un blog.
La version 2 de Dual Maps qui vient de sortir, et qui permet l'affichage des données de GoogleStreetView là où elles sont disponibles, permet aussi les fonctionnalités suivantes :
- les images Google Street View sont affichées dans une fenêtre différente de GoogleMaps
- l'affichage du marker peut se faire soit dans la fenêtre GoogleMaps soit dans celle de Virtual Earth
- le déplacement du marker dans l'une des fenêtres agit aussi par le déplacement du fond cartographique dans l'autre fenêtre
- le cône de vision s'affiche sur les fonds cartographiques
- la rotation des images de Bird's Eyes View se traduit automatiquement par le changement de direction des images de Google Street View et inversement.
Voici ce que cela donne sur Paris au pied de la Tour Eiffel sur le Pont d'Iéna :


A vous de vous "amuser" à vous déplacer dans cette application en cliquant ici.

Peut-être un jour pourrons-nous voir une application semblable permettant de comparer dans des fenêtres conjointes des fonds cartographiques et/ou images géographiques autres que celles de Google et de Microsoft comme ceux du Geoportail de l'IGN ou encore le fond cartographique OpenStreetMap déjà évoqué ici. A moins que cela n'existe déjà...

samedi 21 mars 2009

Le monde vu en puissances de 10

Un commentaire publié suite à l'article publié par Thierry Joliveau sur son site Mondegeonumérique dont j'ai déjà parlé ici, m'a fait découvrir le film Powers of Ten.
Powers of Ten (puissances de dix en français) est un documentaire américain de 9 minutes, réalisé en 1977 par le couple de designers Charles et Ray Eames en réponse à une commande d'IBM. Ce film propose un voyage entre l'infiment grand et l'infiniment petit, qui permet d'illustrer la notion d'échelle chère aux géographes et cartographes et qu'Yves Lacoste a largement contribué à faire (re)découvrir au grand public.
Le site Powersof10.com prolonge ce film par de nombreuses autres ressources.
Voici une version avec un commentaire en français et une musique en fond qui fait parfois penser à certaines séries télévisées des années 60 comme "Les envahisseurs"


Voici une autre version, sans commentaire et accompagnée par une musique du groupe Gas.


Voici dans GoogleMaps l'endroit précis où commence ce film, sur les bords du Lac Michigan à Chicago, près du Chicago Field Museum of Natural History :

Agrandir le plan

C'est aussi l'occasion de voir comment ce lieu a évolué depuis 1977 :


Si Blaise Pascal était parmi nous, j'aime imaginer qu'il aurait apprécié un film comme Power of Ten (et peut-être aussi aurait-il aimé "jouer" avec les globes virtuels) pour illustrer ses propos sur l'infiniment grand et l'infiniment petit, notamment dans ses Pensées lorsqu'il évoque les deux infinis :
"Rien ne peut fixer le fini entre les deux infinis qui l'enferment et le fuient" (Pensées 199-72).

vendredi 20 mars 2009

Le monde est à Paris pour quelques jours

Hier j'ai visité le Salon international du tourisme baptisé MAP (pour le Monde A Paris) qui se tient du du 19 au 22 mars 2009 Porte de Versailles. En ces temps difficiles, je voulais aussi voir si cette crise avait un impact sur l'économie du tourisme...
Le tourisme est un domaine qui, théoriquement par principe, est consommateur en même temps que producteur de cartes. Aussi c'est avec une certaine délectation que j'ai fait le tour des stands en recherchant des cartes à la fois bien faites, de préférence belles, voire originales,... bref des cartes qui donnent envie de voyager et de se rendre dans les pays et régions qui cherchent à vanter leurs plus beaux atouts.
Autant j'ai été comblé du nombre de cartes que j'ai pu rapporter, autant j'ai été un peu déçu de leur manque d'originalité (j'y ai quand même vu un vendeur de cartes en puzzle de bois) et parfois de leur faible qualité. Comme si la carte n'était pas essentielle pour promouvoir des zones touristiques. Petite consolation : cette carte du Département de Honghe dans le sud de la Chine sur laquelle on peut lire, dans un français délicieusement approximatif, des proverbes d'une sagesse toute chinoise comme celui-ci "Avec du temps, on découvre enfin l'or dans le sable".


Le tourisme, qui se veut de plus en plus éco-responsable et éthique, demeure un gros consommateur de papier et donc de forêts... Les dépliants et brochures distribués par milliers, regorgent de superbes photos dont certains stands distribuaient gratuitement des tirages sur papier glacé en grand format (avis aux amateurs). Il paraît que le tourisme est devenu avant tout une affaire de "designers de voyages" (sic) et pas de cartographes. Les slogans n'hésitent pas à se jouer de la géographie comme celui de la Géorgie qui affirme que "Ici a commencé l'Europe" ou à marier commerce et voyages comme Andorre qui se réjouit que "Shopping et découvertes vont si bien ensemble".
Autre surprise, de taille pour moi : le très faible nombre de stands où j'ai pu voir des écrans montrant l'usage de la cartographie numérique comme support à des films et animations "géotouristiques". A croire que le tourisme a encore peu investi le champ de la cartographie numérique et de la géomatique, à moins que ce ne soit l'inverse. Ou peut-être que les professionnels du tourisme considèrent que la cartographie numérique 2D ou 3D n'est pas (encore ?) aussi attractive que les photographies des paysages réels : peut-on leur donner tort...?
Aussi je me permets de vous signaler l'un des rares exposants qui montrait de la cartographie sur écran et avec lequel j'ai pu m'entretenir quelques minutes, l'agence SPILEO dont le site mérite d'être mentionné. SPILEO est une agence de conseil en communication, spécialisée dans le développement d'informations liées au tourisme et aux loisirs, qui a développé plusieurs annuaires en ligne utilisant les services de cartographie de MicroSoft VirtualEarth (mode carte et mode satellite/aérien). Ces différents annuaires, au graphisme particulièrement soigné et dont l'intégration des fonds cartographiques devrait donner des idées à bien des géomaticiens, référencent des sites touristiques par thèmes. Les propriétaires de ces sites peuvent s'abonner à ces services d'annuaires géolocalisés pour apparaître avec une visibilité croissante selon la formule de l'abonnement.
A ce jour, SPILEO propose les annuaires suivants :
- www.spileochateaux.fr : l'Annuaire des châteaux
- www.spileoparcs.fr : l'Annuaire des parcs de loisirs
- www.spileopro.com : la plateforme de loisirs interactive au service des professionnels du tourisme.

(Extrait de Spileoparcs.fr - Copyright SPILEO Communication 2007-2008)
A noter que SPILEO propose aussi un site communautaire pour les particuliers, baptisé www.spileo.fr, illustré ci-dessous, qui permet aux internautes de déposer eux-mêmes leurs propres sites touristiques, photographies, informations et commentaires : une initiative qui s'inscrit dans la mouvance du Tourisme 2.0.

(Copyright SPILEO Communication 2007-2008)

Un autre exposant, Zoover, propose un site de critiques de vacances, qui permet à des voyageurs de laisser leurs avis sur l'offre touristique (activités, parcs de loisirs, hébergements, etc.). Actuellement, Zoover prétend proposer plus de 700 000 commentaires sur plus de 150 000 hôtels, appartements, campings, villages de vacances, croisières, maisons de vacances. Mais je trouve le site beaucoup moins agréable à parcourir et presque trop riche.

Je passe sur les animations, les dégustations gastronomiques, les musiques réputées authentiques, les danses folkloriques et les chants traditionnels qui se surimposaient et m'ont donné le tournis en me faisant voyager en même temps parmi les indiens Cris du Canada et les Doualas du Cameroun... Le Monde A Paris a ses limites.
A défaut de voir de belles cartes sur ce salon, j'y ai vu quelques "belles plantes" (je veux parler bien sûr des décorations florales sur les stands...). A ce propos, j'y ai croisé Miss France 2009 (c'est mon côté "people"), tout sourire, posant volontiers pour les photos, notamment aux côtés du Ministre Hervé NOVELLI, secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et moyennes entreprises, du Tourisme et des Services, qui passait par là presque par hasard.


Et, comme je suis resté un peu sur ma fin de ne pas avoir vu davantage de cartographie numérique sur ce salon, quelle ne fut pas ma surprise en constatant que sur le site de MissFrance, on pouvait trouver la carte, sur GoogleMaps, de localisation des miss qui ont participé à l'élection de Miss France 2009 en décembre dernier. Comme quoi, la cartographie n'est pas toujours là où on l'attend...

jeudi 19 mars 2009

Les technologies géospatiales font leur cinéma

Vous avez déjà probablement pu observer comment les technologies géospatiales ont été utilisées dans des films comme "Ennemi d'Etat", "Mensonges d'état", "Minority Report" ou, de plus en plus, dans des séries télévisées comme "24 heures" (je vous invite à lire http://mondegeonumerique.wordpress.com/2007/02/09/essai-dinventaire-des-techniques-geonumeriques-dans-24-heures-chrono/ à ce sujet l'excellent travail d'inventaire commenté sur le site de Thierry Joliveau).
Du coup on n'est un peu moins étonné qu'on aurait pu l'être auparavant, en découvrant la bande-annonce du film "Geospatial revolution project" signalé récemment ici sur le site Baliz-Media.

(Copyright ©2009 Penn State Public Broadcasting)

Le sous-titre de ce film, en cours de tournage, est "The location of anything is become everything" : difficile à traduir. Cela doit donner quelque chose comme "La localisation de toute chose est devenu la totalité"... et ça ressemble aux slogans de certains éditeurs américains de logiciels de SIG.
Cette initiative de la Pennsylvania State University (Penn State Public Broadcasting), a pour objectif de réaliser un film de très haute qualité cinématographique et pédagogique pour démontrer l'importance stratégique de l'information géographique et des SIG dans le monde d'aujourd'hui.
Pour prouver le bien-fondé de sa démarche, le site affirme que nous vivons dans l'âge de la localisation globale. La question "Où suis-je ?" laisse progressivement la place à une autre interrogation "Où suis-je par rapport à tout le reste?"
Le principal élément de ce projet est une émission de télévision d’une durée de 60-90 minutes qui sera diffusée à toutes les stations publiques de télévision aux États-Unis. L’objectif est de faire en sorte que ce film soit visionné dans tous les milieux possibles afin d’aider les téléspectateurs à comprendre des impacts des technologies géospatiales dans nos vies, et, peut-être aussi, de les inviter à en débattre.
Le film sera diffusé sous la forme d'un DVD et comprendra des contenus pédagogiques. Il sera complété par le site Internet qui comprend de nombreuses informations et d'autres ressources pédagogiques. Les chapitres annoncés concerneront les domaines suivants :
- l’histoire de la cartographie, de l’antiquité à nos jours,
- du rôle de la cartographie numérique dans plusieurs sujets d’intérêts nationaux comme la défense, l’intelligence basée sur la localisation, la sécurité intérieure, la politique et les élections, les forces policières, la sécurité publique et la gestion en cas de sinistre;
- des bienfaits des technologies géospatiales dans plusieurs sujets d’intérêts mondiales comme le commerce, les communications, la surveillance des droits de l’homme, les politiques énergétiques et les changements climatiques;
- des défis reliés à la confidentialité, la sécurité et les aspects légaux;
- l’innovation dans les technologies géospatiales dans le monde du voyage, des transports, de l’exploration marine et spatiale, des habitudes de travail, dans la chasse au trésor et dans le divertissement;
- le futur des technologies géospatiales entre les mains d’un public de plus en plus techniquement à l’affût.
Vous pouvez trouver ici un résumé du projet.

Dans la série des mini-films qui profitent des "vertus télégéniques" des technologies géospatiales, vous pouvez découvrir ceux de la National Geospatial Agency (NGA).
On attend avec impatience le film Geospatial Revolution pour voir s'il s'agit bien d'un film à vocation pédagogique. Car il y a une différence majeure entre mettre en scène des technologies géospatiales et s'en servir comme support à des présentations pédagogiques.
J'ai récemment évoqué ici les mini-vidéos de la BBC qui, elles, me semble-t-il, présentent un véritable intérêt pédagogique.
En France, l'IGN s'est engagé dans la production de plusieurs sites, d'outils et de contenus pédagogiques, notamment autour des projets du SEIG, d'EDUGEO, GEOLECTURE. Mais on attend toujours des films à la fois séduisants et pertinents, permettant de découvrir ce monde de la géomatique, autrement que sous la forme de vidéos promotionnelles, d'extraits de films ou de séries télévisées. Mais peut-être en connaissez-vous de votre côté.

mercredi 18 mars 2009

L'usage du préservatif est-il un problème dans la lutte contre le SIDA ?

Dans l'avion qui le menait hier à Yaoundé pour la première étape de son voyage en Afrique, le Pape Benoît XVI a affirmé que la distribution des préservatifs n’était pas une "solution" mais, au contraire, que "cela ne fait qu’augmenter le problème".
Cette phrase, qui a déjà fait le tour du monde, jettera probablement le trouble non seulement chez les malades du SIDA mais de façon générale dans la communauté chrétienne, et en particulier chez les catholiques qui, sur le terrain, luttent au quotidien pour enrayer ce fléau.
Rappelons que les estimations actuelles indiquent qu'environ 33 millions de personnes sont actuellement infectées par le virus VIH dans le monde (entre 30 et 36 millions selon les estimations). Deux tiers de ces personnes infectées, soit environ 22 millions de personnes, vivent en Afrique sub-saharienne. Même s'il y a des différences considérables selon les pays, les taux de prévalence du virus VIH atteignent entre 15 et 28% de la population pour les pays de l'Afrique australe. Enfin, trois quarts de tous les décès dus au sida en 2007 se sont produits dans cette région du globe.
Que nous disent les cartes sur le sujet ? Sans rentrer dans le détail, il est patent que la comparaison entre les cartes de la répartition de l'épidémie du SIDA, tant de sa prévalence que des décès dus à ce virus, révèlent une très forte corrélation avec la carte de l'usage du préservatif, que ce soit par les femmes ou les hommes.

Carte de la prévalence du SIDA


Carte des décès dus au SIDA


Carte de l'usage du préservatif par les hommes


Carte de l'usage du préservatif par les femmes

Ces cartes proviennent du site Worldmapper, déjà cité ici.

Vous pourrez trouver d'autres cartes sur l'épidémie du SIDA dans le Rapport Annuel d'ONUSIDA, notamment cette carte de l'estimation de la prévalence du virus VIH (en %) chez l'adulte par pays en 2007.

(Source ONUSIDA)
Vous pouvez télécharger cette carte ici dans sa version complète sous forme de poster mural.

ONUSIDA est le programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA, qui rassemble les efforts et les ressources de 10 organisations du système des Nations Unies dans la riposte mondiale au SIDA afin d’aider le monde à prévenir les nouvelles infections au virus VIH, à prendre en charge les personnes vivant avec le virus VIH, et atténuer l’impact de l’épidémie. Le résumé d'orientation dans lequel vous pourrez retrouver la carte ci-dessus est disponible ici et le rapport complet annuel pour 2008 est disponible ici. On peut y lire notamment que partout où l'usage du préservatif a augmenté, la prévalence du SIDA a baissé.

mardi 17 mars 2009

Google Earth navigue dans le temps, la mer d'Aral aussi

La version 5 de Google Earth permet, entre autres, l'affichage de séries d'images satellites d'archives grâce à une réglette de "navigation temporelle". Cette fonctionnalité a déjà été évoquée ici. Le blog de Google Earth a présenté à deux reprises cette fonctionnalité nouvelle de la version 5 ici et ici. La vidéo ci-dessous illustre parfaitement cette nouveauté.

Google Earth 5: Historical datasets from Stefan Geens on Vimeo.

Le cas de la Mer d'Aral, située à la frontière de l'Ouzbékistan et du Kazakhstan, est présenté comme l'un des plus représentatifs exemples des effets d'une surexploitation des ressources en eau et une sur-irrigation par l'agriculture intensive dans dans l'Asie soviétique des années 70 à 90. Dans Wikipedia, on retrouve ce phénomène illustré par deux images satellites prises à plusieurs années d'intervalle, 1989 et 2003.

(Source Wikipedia)

De façon un peu troublante, les sites GoogleMaps et VirtualEarth de Microsoft présentent des images assez différentes des contours de la Mer d'Aral, mais surtout, pour chacun d'eux, des contours différents entre les images satellites utilisées et la cartographie qui en est proposée.

(Copyright GoogleMaps)

(Copyright MS Virtual Earth)

A partir des différentes images satellites d'archives proposées par Google Earth sur la Mer d'Aral, voici comment on peut faire ressortir le phénomène de diminution des surfaces occupées par les eaux de la Mer d'Aral entre décembre 1973 et 2009, la dernière image en bas à droite semblant montrer une augmentation de la surface occupée par la Mer d'Aral entre juin 2007 et 2009.


Le site de cartes anciennes de David Rumsey propose entre autres une carte de 1872 dont voici un extrait centré sur la Mer d'Aral.

Une autre carte datant de la même époque que la précédente (1853), est disponible ici sur le site de la Perry-Castañeda Library Map Collection de l'University of Texas.


En superposant cette dernière carte dans Google Earth voici ce qu'on obtient en jouant sur la transparence :

C'est une autre façon de naviguer dans l'histoire avec Google Earth, les images d'archives satellites pouvant difficilement remonter à plus d'une quarantaine d'années.

Plusieurs articles ont été consacrés à la Mer d'Aral sur le site des Cafés Géographiques dont celui-ci qui montre comment un processus géoanthropique comme la quasi-disparition de la Mer d'Aral a atteint un statut de phénomène télégénique.
Aujourd'hui, il paraît que l'espoir renaît pour celle qui fut autrefois la 4ème plus grande mer intérieure. Des travaux ont été réalisés et la Mer d'Aral recommence à occuper davantage de surface.
Si vous vous intéressez à la Mer d'Aral, son histoire, son présent et son avenir, je vous conseille la lecture de l'ouvrage "La Mer d'Aral" de René Letoll qui vient de paraître aux éditions de l'Harmattan.

lundi 16 mars 2009

La BSC vous aide à faire de meilleures cartes

Après les reportages de "Britain from above" que j'ai présentés ici, c'est d'un petit ouvrage "made in Britain" que j'aimerais vous parler aujourd'hui. Il s'agit de "Cartography. An introduction" publié par la British Cartographic Society (BCS) et rédigé par Giles Darkes et Mary Spence, deux cartographes britanniques de renom.


Cet ouvrage de 64 pages, qui coûte moins de 6,50€ (frais de port inclus), est petit par la taille mais grand par son intérêt. Il s'apparente davantage à un guide, son format A6 permettant de le glisser dans sa poche et de le ressortir au bureau au cas où...
Cet ouvrage propose tout un ensemble de conseils sur les sujets suivants :
- pourquoi une bonne cartographie est importante
- comment sont faites les cartes sont
- symbolisation des surfaces, lignes, points
- les principes de base du dessin d'une carte
- mise en page d'une carte et indications dans la marge
- fonctions des cartes et types de cartes
- sélection d'entités et généralisation
- qualité des données et qualité des cartes
- couleurs et textes sur les cartes
- astuces pour faire de meilleures cartes
On retrouve dans ce petit guide, les principes de la sémiologie graphique mais aussi les principes d'échelle, de projection, de typographie, les divers supports sur lesquels on peut trouver aujourd'hui des cartes sans oublier quelques mots sur l'histoire de la cartographie.


Cette publication s'inscrit dans le cadre de la campagne "Better mapping campaign" que la BCS a lancée pour aider la communauté des cartographes, surtout les "néo-cartographes" géomaticiens, à (re)découvrir les principes de la cartographie et ses "bonnes pratiques".
Si la BCS a ressenti le besoin de publier ce guide c'est que l'essor de la cartographie numérique a révélé que la production de cartes, en devenant de plus en plus accessible à un public de non-cartographes, s'est traduite par une forme de dérive où les principes de base de la cartographie ne sont plus respectés.
Et l'ouvrage de rappeler dans son avant-propos qu'avec un minimum de connaissance de la cartographie, un message cartographique peut atteindre son objectif de communication d'une bien meilleure façon.

A noter qu'entre 2006 et 2008, des séminaires communs ont été organisés par la BCS avec l'Association for Geographic Information (AGI) afin de promouvoir en Grande-Bretagne ces bonnes pratiques de cartographie.

J'ignore si en France un guide comparable a été publié. Si vous en connaissez un, n'hésitez pas me le signaler.

dimanche 15 mars 2009

"Britain from above" : la terre vue du ciel made in Britain

Peut-être connaissez-vous déjà la série des documentaires "Britain from above", réalisés et produits par Lion Television pour la BBC et diffusées sur BBC One, Two et Four du 10 août 2008 au 24 janvier 2009.

(Source : BBC © MMIX)

Cette série se compose de mini-reportages de 2 à 5 mn, présentées par le journaliste Andrew Marr, qui n'a pas hésité à emprunter lui-même divers moyens aériens pour rapporter de superbes vidéos avec l'envie de les partager et d'aider à mieux décoder ces images d'observation de la terre vue du ciel. Cela ressemble par certains côtés aux reportages comme "Le Tour de France du littoral vu du ciel" ou "Les plus belles îles du Littoral français" diffusés tous les deux dans le magazine de la mer Thalassa, diffusé sur France 3, ou encore les reportages du photographe Yann-Arthus Bertrand "Vu du ciel" diffusés récemment sur France 2.
Pour aider à mieux lire ces images de la terre vue du ciel tournées en Haute Definition, les reportages de "Britain from above" se veulent des guides pour une autre vision et une autre lecture de la géographie de la terre (et parfois de l'histoire) en utilisant les nouvelles technologies. C'est l'objectif très clairement annoncé de cette série.
L'un des mérites de ces reportages est d'utiliser d'une façon particulièrement agréable et pédagogique la cartographie, traditionnelle et numérique ainsi que de nombreux outils de la géomatique : images satellites, SIG, plans historiques retrouvés dans des archives papier ou filmées, photographies aériennes et cartes anciennes et actuelles superposées sur un écran d'ordinateur, animations en 3D, etc. Tout est fait pour permettre de mieux déchiffrer les images actuelles de la terre, le plus souvent dans une perspective historique mais aussi parfois en tentant de se projeter dans l'avenir. De plus des experts interviennent très souvent pour commenter ces documents et aider à mieux les déchiffrer.
Les vidéos organisées par thèmes et vous pouvez aussi les retrouver localisées sur le fond cartographique de GoogleMaps, ou encore dans GoogleEarth.

(Source : BBC © MMIX)

De superbes photographies de Jason Hawkes complètent utilement ces vidéos.
A titre d'exemples, et comme le site Internet invite à partager ces vidéos, en voici quelques unes que j'ai retenues même si le choix en a été difficile. Il s'agit surtout de vous donner envie d'aller visualiser sur le site toutes celles qui pourront vous intéresser.

"Photographing the Earth" :


"Mapping Information" :


"Taxis in London" :


"Industrial targets" :
()

"London transformed" :


"Abercrombie's vision" :


"Past and present London" :


"Birth of the New Town" :


"The Great Fire of London" :


Les reportages ne concernent pas tous la Grande-Bretagne puisque certains d'entre eux ont été tournés ailleurs; Ainsi pour la France, le reportage "Satellite Harvest" montre comment un agriculteur de la région de Poitiers utilise l'imagerie satellitaire pour améliorer ses pratiques culturales :


La BBC nous propose très souvent des reportages de grande qualité qui passent en France sur les chaînes Arte ou France 5. Avec ces reportages de "Britain from above", l'exigence de qualité qui a fait la réputation de la télévision britannique publique, est à nouveau démontrée. "God save the BBC"

samedi 14 mars 2009

Quand la cartographie aidait à naviguer dans l'au-delà

Le Musée du Louvre à Paris propose jusqu'au 29 juin 2009 une exposition intitulée "Les portes du ciel : visions du monde dans l’Égypte ancienne" dont vous pouvez retrouver ici le mini-site..
Cette exposition est consacrée aux pratiques et objets cultuels dans l'Egypte ancienne qui concourraient à accompagner les morts vers le monde de l'au-delà. "Dans la langue des anciens Égyptiens, "les portes du ciel" désignent les battants du naos, tabernacle placé au coeur du temple qui renfermait la statue d'une divinité. Leur ouverture met en contact le monde des hommes et celui des dieux.". C'est en fait à un véritable voyage entre le monde des vivants et celui des morts qu'invite cette exposition.
Parmi les 350 pièces exposées, dont une grande majorité provient du Musée du Louvre lui-même (Département des Antiquités Egyptiennes), on peut y admirer notamment le cercueil extérieur du Sépi provenant de Deir el-Bercheh et datant du Moyen Empire, entre 1866 et 1843 av. J-C. Pourquoi s'arrêter en particulier sur cette pièce ?
L'intérieur de ce cercueil en bois est entièrement peint et représente à l'attention du défunt une cartographie détaillée des espaces de l'au-delà pour l'aider à s'y retrouver et à s'y déplacer.

"Après avoir franchi les portes d'accès à l'autre monde et une ceinture de feu, le défunt doit parvenir, à l'issue d'un périple compliqué, à la demeure où résident Rê et Osiris. Les textes qui en accompagnent la représentation sont connus sous le nom de Livre des deux chemins. Ils fournissent une description précise de zones à la topographie complexe, tant souterraines que célestes, protégées par des gardiens redoutables".
Le Livre des Deux Chemins ou Livre des Morts des Anciens Egyptiens ou "Sortir au jour" se présente comme beaucoup d'autres livres funéraires comme un guide de l'au-delà à l'usage du défunt, dans la continuité des Textes des Pyramides.
Le livre le plus ancien connu à ce jour se compose d'une cartographie mythologique de l'au-delà comprenant deux chemins parallèles, l'un sur terre et l'autre sur l'eau.
Un nombre important de textes du Livre des Morts sont des notices précisant la topographie du monde souterrain.
"Situé aux confins des mondes terrestres, céleste et souterrain, l'au-delà cartographié inclut une succession de zones ténébreuses et de territoires emplis de flammes. Un secteur particulier comprenant les deux chemins, une voie terrestre et l'autre fluviale, y est particulièrement détaillé. Des codes couleurs et des conventions élaborées de représentation ou de schématisation témoignent de la richesse de la pensée égyptiennes dans la mise en oeuvre d'un processus cartographique d'espaces dont la réalité est immatérielle".

En parlant de cartographie non pas du monde de l'au-delà mais d'ici-bas, et puisque ce billet concerne l'archéologie égyptienne, je vous invite à consulter le site du Egyptian Antiquities Information System, réalisé pour le compte du Département SIG du Supreme Council of Antiquities (SCA), l'institution gouvernementale responsable de la protection des sites archéologiques d'Egypte. Ce site propose entre autres un système de cartographie en ligne. Vous pouvez visualiser la cartographie des sites archéologiques sur un fond topographique au 1:250 000 (SCA Archaelogicial Sites on MSD Topographical Maps 1:250 000), composé de 77 feuilles dont l'affichage se fait à partir d'une interface cartographique très simple mais efficace.

En cliquant sur l'interface cartographique, vous pouvez afficher la carte au 1:250 000 sur laquelle apparaît la localisation des sites archéologiques inventoriés.


Il n'y a plus qu'à espérer que ces sites sont bien gardés pour éviter que les pillards, qui ont tant sévi par le passé dans ces régions, ne poursuivent leur funeste action. Gare à eux, je leur promets un triste devenir dans le monde de l'au-delà, surtout s'ils n'ont pas la chance d'être accompagnés par une cartographie du Livre des Morts. Dans l'au-delà, aucun GPS ne fonctionne...

vendredi 13 mars 2009

Les livres vous invitent à faire salon

Aujourd'hui le Salon du Livre ouvre ses portes Porte de Versailles à Paris jusqu'au 18 mars avec le Mexique comme invité d'honneur cette année.
Il m'arrive parfois d'écrire des billets sur des ouvrages que j'apprécie particulièrement ou d'autres qui me laissent parfois perplexe mais qui ont comme point commun de parler de géographie, de cartographie, de voyages, d'espaces. Les amateurs de ces thèmes connaissent probablement comme moi des libraires ou des éditeurs spécialisés sur ces sujets et chez lesquels on ne voit plus le temps passer dès lorsqu'on en a franchi la porte.
L'occasion est trop belle pour ne pas évoquer ici à nouveau le monde des livres surtout des livres sur le monde.
Parmi ceux que j'ai récemment lus et que je me permets de vous recommander, j'ai beaucoup aimé celui de Gilles A. Tiberghien "Finis Terrae. Imaginaires et imaginations cartographiques" qui montre que la cartographie est d'abord une histoire d'images et d'imaginaires (j'y reviendrai plus en détail dans un prochain billet).
Dans un autre registre, le "Petit traité sur l'immensité du monde" de Sylvain Tesson est un petit bijou. L'auteur, voyageur, rêveur, poète, géographe de surcroît, porte sur le monde un regard à la fois plein de tendresse et lucidité dont je me sens très proche (un billet plus complet sera aussi prochainement consacré à cet ouvrage).
J'ai eu la chance récemment de retrouver dans une de mes librairies de référence l'ouvrage de Georges Pérec "Espèces d'espaces" paru chez Galilée en 1974. Vous pourrez en retrouver ici trois extraits de cet ouvrage. Pérec affirme notamment que "Vivre c’est passer d’un espace à un autre en essayant le plus possible de ne pas se cogner". Au passage, je vous conseille la lecture de cet article "Pérec géographe ?" de Michel Lussault qui tente un début d'analyse intéressant sur la relation de Pérec au thème de l'espace.
En littérature, y compris celle dite du voyage, il est sage de ne pas oublier les auteurs d'antan qui sont parfois d'une modernité déconcertante. Le formidable travail de redécouverte de ces auteurs dits "classiques" par Michel Le Bris autour du Salon Etonnants Voyageurs, a aidé à réhabiliter bon nombre d'entre eux qui étaient tombés pendant près d'un siècle dans le purgatoire germanopratin.
Pour ma part, je suis en train de re-re-relire "L'île au trésor" et ""Voyage avec un âne dans les Cévennes" de R.L. Stevenson. En plongeant dans ces oeuvres on accède forcément à ce pouvoir magique de voyager dans l'histoire et la géographie sans quitter sa chambre.

Des amateurs de Stevenson et de son voyage dans les Cévennes ont publié ici sur Internet tout ce qu'il faut pour relire cet ouvrage et revivre ce voyage. Un topo-guide "Le Chemin Stevenson - GR70" a été édité en 2008 par la FFRP et CHAMINA (réf. 700)
Vous pouvez retrouver ici ce topoguide en images et en coordonnées GPS, étapes par étapes, avec des videos. A noter qu'en septembre 2008, on a fêté le 130ème anniversaire du voyage effectué par Stevenson en 1878.

Je terminerai ce billet bien peu illustré par une superbe carte que vous connaissez déjà peut-être, celle de "La Chasse au Snark" publié en 1876 par Lewis Carroll.


Cette carte, troublante, est accompagnée par ces quelques lignes, très "carolliennes" :
"He had bought a large map representing the sea,
Without the least vestige of land:
And the crew were much pleased when they found it to be
A map they could all understand.
"What’s the good of Mercator’s North Poles and Equators,
Tropics, Zones, and Meridian Lines?"
So the Bellman would cry: and the crew would reply
"They are merely conventional signs!
"Other maps are such shapes, with their islands and capes!
But we’ve got our brave Captain to thank:
(So the crew would protest) "that he’s bought us the best—
A perfect and absolute blank!"

("Il avait, de la mer, acheté une carte
Ne figurant le moindre vestige de terre ;
Et les marins, ravis, trouvèrent que c’était
Une carte qu’enfin ils pouvaient tous comprendre.
De ce vieux Mercator à quoi bon Pôles Nord,
Tropiques, Equateurs, Zones et Méridiens ?
Tonnait l’Homme à la Cloche ; et chacun de répondre :
Ce sont conventions qui ne riment à rien!
Quels rébus que ces cartes, avec tous ces caps
Et ces îles ! Remercions le Capitaine
De nous avoir, à nous, acheté la meilleure -
Qui est parfaitement et absolument vierge !"
Traduction Copyright La Pléiade, page 383, trouvée ici)

Avis aux amateurs de livres et de cartes : certains éditeurs de livres de voyages, de géographie et de cartes sont présents au Salon du Livre (mais apparemment pas l'IGN...). Peut-être nous croiserons-nous dans les allées, la tête perdue dans les livres à défaut de ne pas l'avoir encore perdue dans une carte toute blanche...

jeudi 12 mars 2009

L'histoire et la géographie des relations de la France avec l'OTAN

Hier, le Président Sarkozy a annoncé la réintégration par la France du Commandement intégré de l'OTAN. Cette décision intervient 43 ans après celle du Général De Gaulle de quitter ce commandement le 21 février 1966 dans une conférence de presse restée célèbre et que l'INA propose ici dans ses archives en ligne. A noter que le Président Chirac avait déjà engagé cette évolution de la position française en autorisant en 1996 la présence d'un représentant français au comité militaire.
En 1966, la France comptait de nombreuses bases militaires de l'OTAN notamment américaines dont le départ a souvent été synonyme de perte de revenus et d'activité pour l'économie locale.


Le Président Sarkozy a justifié ce retour par la nécessité, selon lui, pour la France, de "s'appuyer sur des alliés sûrs et de ne pas être isolée".
La carte ci-dessous publiée sur le site de France 3 montre qu'aujourd'hui la France n'est pas isolée. Elle fait partie de l'OTAN mais plus du Commandement intégré depuis 1966. Elle est donc bien partie prenante dans cette structure politico-militaire de défense et de sécurité de l’Europe née en 1949 dans le contexte de la guerre froide face à l’Union soviétique et au bloc soviétique. Aujourd'hui, le contexte n'étant plus le même, l'OTAN a été rejointe par de nouveaux pays, notamment par plusieurs qui faisaient partie de l'ex-bloc soviétique.

(Copyright France3/AFP)
Sur cette autre carte du dossier de la Documentation Française consacré à l'OTAN, on pourra trouver les dates d'adhésion des pays à l'OTAN.

(Copyright Documentation Française)

Dans une autre archive vidéo visible sur le site de l'INA et qui date du 4 avril 1969, le journal télévisé de l'ORTF, montrait une animation cartographique indiquant les pays qui avaient rejoint l'OTAN entre 1949 et 1966.

(Copyright INA)
Vous pouvez prolonger cette animation par celle-ci disponible sur l'article de Wikipedia consacré à l'OTAN et déjà indiqué ci-dessus.

Si vous voulez découvrir l'OTAN et ses cartes, je vous invite à consulter cette rubrique du site de l'OTAN. Vous y trouverez tout un ensemble de cartes à télécharger gratuitement sur l'OTAN, son histoire, sa géographie et ses relations parfois complexes avec de nombreux pays.
Enfin, la localisation des agences et commandements de l'OTAN est disponible ici.

mercredi 11 mars 2009

Au Tibet les cartes révèlent l'occupation du territoire

Hier, il paraît qu'on "fêtait" le 50ème anniversaire du départ du gouvernement tibétain en exil en Inde (mais peut-on parler d'une fête pour ce genre d'événement?), un triste anniversaire pour un Tibet qui n'en finit pas de voir son peuple et sa culture malmenés et ses territoires contestés depuis des décennies et même des siècles.
Rappel des faits : en mars 1959, à Lhassa, les soldats chinois s'emparent du Palais du Potala, la demeure du Dalaï-Lama le chef spirituel des Tibétains.

Depuis plusieurs années, le Dalaï-Lama avait tenté de trouver une entente avec les Chinois lui permettant de maintenir une forme d'autonomie pour cette province alors que la Chine de Mao n'avait de cesse d'étendre son pouvoir comme le montre cette carte des provinces du sud-ouest de la Chine avec la date de leur annexion.

En 1959, le Dalaï-Lama est alors obligé de fuir, à travers l'Himalaya, jusqu'à Darhamsala en Inde où il installe son gouvernement en exil. Ce gouvernement s'est donné pour but d'organiser la vie des réfugiés tibétains et de travailler à la reconquête de l'autonomie tibétaine. A la tête de ce gouvernement, le dalaï lama exerce le pouvoir exécutif, assisté depuis 1960 par un Parlement de 46 membres représentant les différentes provinces du Tibet et les quatre écoles boudhistes. Des assemblées locales existent également dans les communautés tibétaines de plus de 160 membres. En 1963, le peuple tibétain exilé s'est doté d'une constitution basée sur la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
Aujourd'hui, le Tibet a le statut de Région autonome de la République populaire de Chine, avec pour capitale Lhassa. Ce territoire correspond en fait à une partie seulement du Tibet historique, les provinces de Quighai et Shishuan ayant un statut différent. La Région autonome compte environ 2 540 000 habitants, dont 160 000 Chinois. En tant que Région autonome, le Tibet bénéficie, en théorie, d'une liberté culturelle dans le respect de ses coutumes et de sa langue, d'une administration et d'un gouvernement propres avec, à sa tête, un dirigeant tibétain. Une Assemblée populaire détient le pouvoir de légiférer pour traiter les affaires locales, et peut même suspendre l'application de lois ou règlements venant de l'Etat central si elle considère qu'elle est contraire aux réalités locales.
La langue tibétaine est protégée depuis 2002 par un texte qui en fait un apprentissage obligatoire, en plus du chinois, dans les écoles de la Région. Le tibétain est également la langue des textes importants, judiciaires, des médias et de la publicité. Aujourd'hui, 84 % des habitants utiliseraient uniquement le tibétain dans leur vie quotidienne. Mais par une politique d'immigration massive, soutenue par la construction de la ligne de chemin de fer qui relie depuis juillet 2006 Lhassa au reste de la Chine, les tibétains d'origine sont de moins en moins nombreux dans la province e, particulier dans la capitale, concourant ainsi à une sinicisation de la province et de la culture tibétaine.
Dans la réalité, l'autonomie du Tibet n'est pas respectée, comme en témoigne l'intervention armée de la Chine, en mars 2008, dans la Région.
Après ces événements, largement condamnés par la communauté internationale, les Jeux Olympiques qui se sont déroulés en Chine à l'été 2008, ont été l'occasion de plusieurs manifestations qui ont voulu profiter de cet événement planétaire pour faire parler de la situation du Tibet et du peuple tibétain dont les Chinois considèrent qu'il s'agit d'une "affaire intérieure".
Si vous souhaitez vous rendre au Tibet (qui n'est pas une destination offerte par toutes les agences de voyages...), vous pouvez trouver ici de nombreuses cartes et plans parmi les plus récents mais aussi avec les différents "points de vue cartographiques".
Ainsi, vous y trouverez des cartes à vocation militante comme cette carte intitulée "On This Spot: Lhasa, Tibet" éditée en 2001 à Washington lors de la campagne internationale pour le Tibet. Cette carte couvre Lhassa et sa vallée et contient des informations sur la situation politique actuelle comme l'emplacement des prisons, des unités de sécurité, des incindents politiques dans l'histoire récente du Tibet qui ne sont pas forcément tous bien connus en Occident. A noter que l'éditeur alerte les utilisateurs de cette carte que d'être en possession de celle-ci pour un Tibétain au Tibet "is considered subversive".

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Vous trouverez également sur ce site une carte au 1:50,000 du sud-centre du Tibet, autour du Mt. Kailash, l'une des principales régions touristiques. Il s'agit d'une carte topographique, avec un relief ombragé, comprenant les routes avec les distances en voiture, les principaux points culminants, des diagrammes sur le pourcentage d'oxygène en divers lieux touristiques dans cette région montagneuse, les températures moyennes mensuelles et bien d'autres informations.

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Vous pourrez aussi trouver sur ce site le plan et un index de la ville de Lhassa au 1:12,500 édité en 1995 par le Amnye Machen Institute, qui est le Centre d'Etudes sur le Tibet Occupé, basé à Dharamsala.

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Enfin, Gecko Maps a édité un plan encore plus détaillé au 1:4 000.

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De son côté, l'Institut Cartographique du Tibet (ICT) propose environ 152 cartes du Tibet. "L'Institut de Cartographie du Tibet a pour objectif de réaliser des cartes précises du Tibet en utilisant les toponymes fournis par les voyageurs, les cartographes et les photos des satellites Landsat. Ce travail permettra également de restituer l'état du Tibet avant la mise en place de l'administration chinoise.". L'ICT est basé dans la région niçoise et travaille en collaboration avec l'Institut Amnye Machen, cité ci-dessus, et différentes Universités en Europe et aux Etats-Unis.
Parmi les cartes proposées en ligne par l'ICT, vous trouverez plusieurs cartes anciennes comme par exemple celle-ci, dite carte de Bell, établiée en 1919 par le Brigadier Lewis, Arpenteur-Géomètre Général des Indes dont voici un extrait (cliquer sur la zone de son choix dans la carte sur le site d'origine pour afficher l'extrait détaillé).

Vous trouverez ici une série de cartes couvrant les haut plateaux tibétains et plusieurs districts de l'Amdo et du Kham. Ces cartes présentent un fond topographique ombragé sur lequel des routes, des chemins et des toponymes ont été rajoutés.
Mais vous pourrez aussi trouver un plan de Lhassa avec les lieux touristiques, certains des hôtels mais aussi l'emplacement des lieux du pouvoir chinois.

Vous trouverez sur ce site plein d'autres cartes du Tibet parmi lesquelles celle-ci qui insère le drapeau tibétain en fond cartographique de la province.


Vous trouverez également sur ce site d'autres cartes du Tibet, complémentaires des précédentes.

Si vous souhaitez retrouver le Tibet dans des sites de navigation cartographique actuels vous pourrez les trouver mais avec quelques surprises.
Ainsi, et après toutes ces cartes et éléments d'explication, comment ne pas être troublé par le fait de ne voir dans GoogleMaps que les seules écritures chinoises et non pas les écritures tibétaines pour tous les toponymes de la province du Tibet, alors qu'en Inde on ne trouve que les écritures latines et non pas les écritures en Hindi.

Je suis davantage troublé de constater qu'OpenStreetMap a fait le même choix toponymique que Google, au moins dans l'usage du fond cartographique de Mapnik, alors que pour l'Inde certains toponymes apparaissent en Hindi.

De son côté, Microsoft n'a pas fait les même choix dans VirtualEarth et n'a conservé que les toponymes en anglais.

Si la géographie sert parfois à faire la guerre, la cartographie sert aussi à occuper les territoires et peut-être les esprits...

mardi 10 mars 2009

Pourquoi pas une Barbie cartographe ?

Il est des commémorations troublantes. Ainsi hier on fêtait le cinquantième anniversaire de la fameuse poupée Barbie, le lendemain de la journée internationale des droits des femmes

(Tiens, ça ressemble à cela une femme cartographe ?)

A ce jour, la poupée Barbie, dont il paraît qu'il s'est vendu 1 milliard d'exemplaires dans le monde depuis sa naissance, a été déclinée en 108 métiers et en des dizaines de nationalités et de races différentes.
Toujours très curieux, je me suis demandé s'il n'existait pas une Barbie cartographe. En faisant des recherches, je suis peut-être tombé sur un début de réponse. Voici un exemplaire de la Barbie japonaise qui date de 1996 derrière laquelle on devine la carte du Japon en arrière-plan.

(Copyright 2009 Mattel, Inc.)

Et en allant un peu plus loin j'ai même trouvé une carte dans les accessoires de Barbie. Il s'agit de la "Mattel road map" datant de 1962, que vous pouvez découvrir en détail ici :

(Copyright 2009 Mattel, Inc.)
On peut même trouver cette mini-carte en vente sur eBay ici. 30$ pour une telle carte, je préfère réfléchir avant de me lancer dans les enchères, mais avis aux amateurs-collectionneurs...
Il y a donc bien quelques cartes dans le monde de Barbie mais pas tant que cela. Pourtant Barbie est une femme indépendante, elle voyage, elle conduit des voitures, un bateau, elle pilote même un avion...


Pourquoi ce manque de cartes dans le monde de Barbie ? Pourtant d'après une étude de Navetq, "les femmes ne sont pas davantage désorientées" que les hommes devant une carte ou un GPS.

Pour les inconditionnels, voici la cerise sur le gâteau : le globe interactif de Barbie.


Et Ken dans tout ça ? Il semble qu'il ne soit pas davantage cartographe. Comme quoi, dans le monde de Barbie, la cartographie ne fait pas rêver... ni vendre d'ailleurs.

lundi 9 mars 2009

La prestidigitation cartographique hollandaise

J'ai récemment découvert sur Internet deux sites hollandais de cartographie en ligne MappingWorlds.com et le Millenium Atlas.
On savait que les Hollandais avaient joué un rôle essentiel dans l'histoire de la cartographie en particulier à la renaissance et au début de l'époque moderne. Mais aujourd'hui les héritiers de ces cartographes d'antan tiennent à relever le défi et à se présenter comme de dignes héritiers de leurs ainés.
Le premier site MappingWorlds a été lancé en 2004 par Desmond Spruijt. Chaque projet présenté sur ce site est développé et réalisé par des experts cartographes, avec la collaboration d'informaticiens spécialisés dans les programmes interactifs de visualisation de données.

Ce site présente une série de cartes sur le monde sur des thèmes très variés comme par exemple la population dans le monde réalisé à partir de données extraites du rapport 2004 des Nations Unies sur la population. Cette carte vous invite à découvrir une autre image du monde sous la forme d'une carte déformée en fonction du poids de la variable cartographiée, reprenant en cela le même genre de procédé cartographique que le site Worldmapper déjà présenté ici.

Sur le site des Nations Unies, une animation cartographique permet de voir année par année comment la population dans le monde a évolué entre 1950 et 2004, par une sorte de prestidigitation cartographique. Mais cela ne semble pas fonctionner pas avec le navigateur Firefox. Dommage...

Vous trouverez ici d'autres exemples de cartes thématiques à partir desquelles ont été réalisées des mises en page avec des commentaires et d'autres graphiques explicatifs.

C'est à partir de ce genre de cartes et d'éléments associés que le Millenium Atlas a été réalisé.

Cet atlas interactif en ligne fournit, à côté de quelques cartes, tout un ensemble de données pour chacun des pays du globe.

(Exemple du Pakistan)
Ce site est une initiative du NCDO (Comité National pour la Coopération Internationale et le Développement Durable) qui regroupe des personnes qui, aux Pays-Bas, sont engagées dans des actions de coopération internationale afin de les aider grâce à des informations, des moyens financiers et des conseils. Le programme Millenium Goals, soutenu par les Nations-Unies, constitue le point de référence pour toutes ces activités : il s'agit d'un programme auquel adhérent à ce jours 189 pays qui se sont mis d'accord pour réduire la pauvreté avant 2015 dans tous les pays concernés.
Voilà pourquoi vous ne trouverez sur le site du Millenium Atlas que des informations sur les pays touchés par ce phénomène de la pauvreté. S'il paraît un peu illusoire que la pauvreté soit vraiment réduite d'ici 2015, gageons au moins que la liste des pays concernés ne s'allonge pas du fait de la crise actuelle ou d'autres à venir.

dimanche 8 mars 2009

Faire le tour du monde sur des "Océans de papier"

J'ai déjà parlé ici de l'"Atlas essentiel" d'Olivier le Carrer. Aujourd'hui je voudrais vous parler d'un autre ouvrage du même auteur "Océans de papier" qui a comme sous-titre "Cartes marines des périples antiques aux GPS", publié toujours aux Editions Glénat en novembre 2006.

(Copyright Editions Glénat)

L'histoire des cartes marines, qu'illustre à merveille ce superbe ouvrage, a suivi celle de la découverte du monde car les explorateurs d'hier ont presque toujours été des navigateurs. Retrouver et mieux comprendre l'histoire des cartes marines c'est d'abord se replonger (pardonnez-moi le jeu de mot) dans l'histoire de la découverte du monde.

L'atlas catalan. Manuscrit sur vélin, vers 1375. BNF (Source BNF)

Au tracé des côtes plus ou moins approximatif a succédé peu à peu une meilleure connaissance non seulement des franges maritimes mais aussi des profondeurs des mers et des océans, des reliefs sous-marins et de la vie marine végétale et animale.

Mappemonde de Saint-Sever (Landes), avant 1072. Manuscrit BNF (Source BNF)


Reconstitution du planisphère d'al-Idrîsî. Sicile, 1154. Copie du XIIIe siècle, Maghreb. Manuscrit BNF (Source BNF)

Les mers, qui ont beaucoup changé au cours des temps, continuent aujourd'hui à évoluer et, avec elle, les relations de l'homme au milieu marin. Certes la mer est source de vie. Elle permet de faire vivre non seulement les pêcheurs et leurs familles (mais pour encore combien de temps…?) mais aussi beaucoup d'autres. Mais la mer est aussi source de dangers, jamais assez répétés, qui chaque année présentent leur lot de disparus. Les mers sont parsemées de "cimetières marins" pour navires, marins, amoureux de la mer qui y rejoignent la faune marine en fin de vie.
Aujourd'hui, les sonars, les radars, les satellites et les globes virtuels ont remplacé les portulans, les cartes phantasmatiques et surtout l'imaginaire collectif qui peuplait cette mare incognita de monstres marins.

Abraham Ortelius, Theatrum orbis terrarum, Anvers, 1595. BNF (Source BNF)

Aujourd'hui encore il s'en faut de peu pour que les espaces maritimes recommencent à susciter craintes démesurées chez les uns, espoirs fous chez les autres.
Même si les navigateurs d'aujourd'hui n'ont plus grand chose à voir avec leurs aïeuls, il n'en reste pas moins que les mers et les océans demeurent l'espace le plus mal connu de notre planète alors qu'ils représentent les ¾ de sa surface. Et demain, paraît-il, ils devraient occuper une place encore plus importante du fait du réchauffement climatique et de la montée des niveaux marins.
Grâce à l'ouvrage d'Olivier le Carrer, vous retrouverez non seulement l'histoire des cartes marines, mais aussi le regard que portaient les voyageurs et les scientifiques d'hier sur cet univers fascinant. C'est à cet univers qu'avait été consacrée une superbe exposition "La mer, terreur et fascination" à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) en 2005 que vous pouvez retrouver sur Internet avec en particulier plusieurs cartes marines anciennes dont certaines sont reproduites avec une grande qualité dans ce superbe ouvrage qu'est "Océans de papier" et dont d'autres illustrent ce billet.

NB : Un grand merci aux Editions Glénat pour nous avoir fait parvenir un exemplaire de l'ouvrage d'Olivier le Carrer.

samedi 7 mars 2009

Beaucoup de géographie et de territoires pour le Grand Paris mais bien peu de cartes

Peut-être savez-vous qu'actuellement le projet de la constitution d'un "Grand Paris" agite les milieux politico-urbanistico-architecturaux de la capitale. De quoi s'agit-il ? Pour faire simple, la capitale, au sens administratif, souffre d'une surimposition de pouvoirs locaux et nationaux qui sont plus une source de hadicaps que de véritables aides au développement des territoires. De plus Paris intra-muros souffre d'une taille trop petite pour prétendre rivaliser avec ses consoeurs européennes comme Londres. Aussi elle doit s'entendre avec les communes et départements voisins et les autres niveaux dans la hiérarchie des pouvoirs publics nationaux et locaux pour accéder à une meilleure visibilité internationale synonyme d'une meilleure attractivité des territoires mais surtout à une meilleure coordination des politiques locales et nationales d'aménagement du territoire.
Comme cela est une tradition appréciée par nos édiles en France, plusieurs projets pour Paris se chevauchent depuis ces dernières années (source Wikipedia):
- la Conférence Métropolitaine
- les assises de la métropole
- Paris Métropole
Au cours de ces dernières années, plusieurs protocoles d'accord entre Paris et les collectivités territoriales de son agglomération ont été conclus. Mais si le projet de réforme des collectivités locales issu du Comité Balladur qui vient d'être remis au Président de la République voit le jour, cela risque de rajouter encore plus de la confusion. Comment ne pas penser à quelques intentions politiques?...
A titre d'exemple, "Paris Métropole" est l'appellation retenue à l'automne 2007 par Bertrand Delanoë, maire de Paris pour le syndicat mixte qui a été créé en février 2009 par le Maire de Paris et qui regroupe 75 membres fondateurs : 54 communes, 15 EPCI, 5 conseils généraux et le Conseil Régional d'Île-de-France. Quelques mois plus tôt, "Région capitale" a été l'appellation retenue en mars 2008 pour désigner le poste de Christian Blanc, secrétaire d'état en charge du développement de la région capitale, nommé par le Président de la République.
Afin d'alimenter le débat sur le projet une consultation internationale de recherche et développement sur «Le grand pari de l’agglomération parisienne» a été lancée mi-2008 et dix projets d'architectes ont été initiés dans le cadre de cette consultation. Plusieurs séminaires de coordination scientifique ont eu lieu dont l'objectif est de construire un espace critique autour des productions intermédiaires des 10 équipes pluridisciplinaires d'architectes-urbanistes-aménageurs-environnementalistes (je ne crois pas avoir vu beaucoup de géographes dans les équipes mais on peut très bien parler de territoires sans être géographe).
Une présentation publique des projets a lieu le 17 mars à la Cité de l'architecture et du patrimoine à Paris (réserver sa place ici).
Sur le site consacré à cette consultation, vous pourrez découvrir ces travaux, les productions intermédiaires, et des interviews des cabinets d'architectes et de certaines des personnalités engagées dans ce projet. De nombreuses cartes apparaissent en arrière-plan des interviews, de même qu'elles semblent avoir été largement utilisées lors des travaux des architectes-urbanistes.
Vous pourrez découvrir ici les documents produits qui sont tous disponibles en téléchargement. Mais là ce fut, pour moi, une grande déception puisqu'il n'y a quasiment aucune carte disponible sur ces projets d'aménagement conçus par ces grands penseurs des territoires que sont les architectes-urbanistes.
La consultation est organisée en plusieurs chantiers dont le premier d'entre eux s'intitule "La métropole du XXIe siècle de l’après-Kyoto" qui fait référence au protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique, ouvert à ratification il y a 10 ans et qui mobilise les pays signataires jusqu’en 2012. C'est dans ce cadre que la consultation s'inscrit. Il faut donc que le Grand Paris présente l'image d'un projet conçu sous l'angle du "environnement durable", notion tellement galvaudée que je me demande encore ce que cela signifie...
Parmi les documents disponibles, je vous invite à consulter en particulier le document de l'équipe LIN qui présente quelques schémas des réseaux de villes et de leur intensification qui m'ont rappelé mes cours de géographie à la fac sur les réseaux de Christaller et sa théorie des lieux centraux.

Le document de l'équipe Jean Nouvel/AREP/Michel Cantal-Dupart présente une image satellite et une carte de l'agglomération parisienne mais sans aucun intérêt.
Pour Antoine GRUMBACH & Associés dont la contribution s'intitule "Paris, Rouen, Le Havre, une seule ville dont la Seine est la grande rue" on peut lire que "Seule la grande échelle permet d’atteindre les objectifs de l’après Kyoto" (ah bon ! mais comment et pourquoi ? mystère...). On y trouve une image satellite et des cartes dans l'axe Paris-Rouen et on y convoque Fernand Braudel et son "Identité de la France".

(Copyright Antoine GRUMBACH & Associés)
Pour l'Atelier Christian de Portzamparc quelques très rares cartes et schémas illustrent timidement le propos qui n'hésite pas à faire référence à la "figure du rhizome, empruntée à Deleuze et Guattari, comme principe d’une figure topologique de développement non arborescent". Wouahhh!!!
De façon générale, on parle beaucoup de géographie et de territoires dans cette consultation : figure spatiale des villes, ville territoriale, présence territoriale, échelle territoriale, modèle spatial, régime spatial de l’espacement, etc. On peut même lire que "Le projet spatial du "Paris métropolitain" est de nature géographique". Bon, soit! Mais comme les cartes manquent terriblement à tous ces beaux concepts !
Le document de synthèse de l'équipe Atelier Castro Denissof Casi - Laboratoire Architecures, Milieux, Paysages - Nexity, Villes et projets - Berim évoque en ces termes l'état de sa réflexion sur le projet : "Des principes et des méthodes guident la spatialisation du projet : la topolitique, le baroque, le symbolique extraordinaire, déreglementer, développement durable. La métropole c'est la possibilité d'un ailleurs : l'analyse de la géographie nous permet de dessiner huit entités cohérentes pour un Grand Paris dont l'emprise est contenu par les villes nouvelles et les forêts".

(Copyright Atelier Castro Denissof Casi - Laboratoire Architecures, Milieux, Paysages - Nexity, Villes et projets - Berim)
Dans tous ces discours et concepts, je trouve que la palme revient à l'équipe AUC avec Ohno LAB, AVANT, h5, Ladrhaus, Cribier, MSC, I Thomas qui parle de "géographies comme aménité".
Après de tels propos, on ne peut que s'incliner. La messe de l'aménagement du territoire est dite! Amen!

vendredi 6 mars 2009

Vers une cartographie des risques liés aux antennes de téléphonie mobile ?

J'ai déjà évoqué ici comment Google propose de vous aider à répondre vous-même à la question que vous vous posez peut-être quand vous appelez une de vos connaissances sur son téléphone mobile "T'es où ?". Aujourd'hui, répondre à cette question c'est peut-être commencer à répondre à ce qui semble devenir une inquiétude croissante chez certains "T'es en danger ou pas ?". Plusieurs récentes décisions de justice en France viennent d'ordonner aux opérateurs de téléphonie mobile de procéder à l'enlèvement de certaines antennes de leur réseau au nom, entre autres, du principe de précaution étant donné le manque de certitudes de l'effet de ces antennes sur la santé humaine.
L'association "Robin des toits" milite en faveur du démantèlement de ces antennes ou, à tout le moins, pour faire reconnaître officiellement l'existence de risques sur la santé humaine des champs électromagnétiques de ces antennes. Le problème ne date pas de ces derniers jours. Plusieurs colloques ont déjà eu lieu sur ce sujet. Un rapport du Sénat datant de 2002 et un colloque tenu la même année avaient déjà abordé la question sans pouvoir totalement trancher.
En août 2007, un rapport BioInitiative a affirmé l'existence de preuves que des études scientifiques auraient apporté sur l'existence de liens de causalité entre les champs électromagnétiques et certaines formes de cancer ou encore la dégradation de la chaîne de l'ADN. Mais ce rapport est contesté par certaines autorités médicales.
En décembre 2007 un colloque s'est tenu à Strasbourg sur le thème "Téléphonie mobile et la santé" où les points de vue se sont confrontés sans, là non plus, parvenir à converger.
Le 12 janvier 2009, c'est le colloque "Téléphonie mobile, Wifi, WiMax et Santé : état des lieux", organisé par Noël Mamère et l'association "Robin des Toits", qui s'est tenu à l'Assemblée Nationale.
Le débat est loin d'être tranché puisque l'Académie de Médecine réaffirmait dans un communiqué daté du 3 mars qu'à ce jour aucune étude scientifique permettait d'établir définitivement des liens entre les antennes et d'éventuels effets sur la santé. Et l'Académie de s'étonner que les décisions de justice n'aient retenu que les arguments allant dans le sens des plaignants et de rappeler qu'"en revanche, les téléphones mobiles, et donc les antennes, permettent de sauver chaque année des centaines de vies humaines."
En juin 2008, lors d'une conférence organisée à l'ENS Lyon, Mireille Roy, adjointe à l’écologie urbaine et à la qualité de l’environnement de la Mairie de Lyon, a annoncé l'établissement d'une cartographie des antennes existantes qui, pour l'association Robin des toits, cette annonce n’a de sens que si l’on entend par là "un véritable cadastre hertzien décrivant de façon précise l’état des champs électromagnétiques, notamment dans les bandes des fréquences radio et hyperfréquences (y compris les faisceaux des répéteurs paraboliques)". On attend avec impatience un tel cadastre hertzien.
En attendant on peut consulter le site Cartoradio de l'Agence Nationale des Fréquences (ANFR) qui présente une interface cartographique simple d'usage.

(Copyright ANFR)
Cette interface propose, pour la métropole et l'outre-mer, une recherche par département et par commune de toutes les antennes répertoriées et les points de mesures effectuées sur les ondes électromagnétiques présentes.

(Copyright ANFR)
Des fiches détaillées permettent de consulter des informations techniques sur les antennes ou encore sur les mesures effectuées sur les radiofréquences.

(Copyright ANFR)
Bien évidemment je ne me prononce pas sur la véracité des informations fournies sur ce site non parce que je le suspecte mais parce que simplement je n'y connais rien.
A noter que ce site propose une rubrique "Comprendre la carte" fort utile pour les non-initiés. Les fonds cartographiques sont des fonds CS Raster TeleAtlas (copyright Cartosphère)

Il est troublant que, dans le même temps, les pouvoirs publics poussent avec insistance les opérateurs de téléphonie mobile à mettre fin aux "zones blanches", ces zones où le réseau de téléphonie mobile ne passe pas (vous savez quand il n'y a plus les petites barrettes sur l'écran de votre téléphone mobile). A ce jour, ces zones blanches concerneraient 364 communes de 10 000 à 20 000 habitants qu'un rapport du Sénat de 2006 avait illustré ainsi.

Mais dans les cartes qu'on peut trouver sur Internet, les zones blanches deviennent des zones de couleur par rapport au reste du territoire qui lui est devenu tout blanc. Etonnant, non ?...


A ce jour, environ 98% de la population française est couverte, soit 90% du territoire national. La disparition des zones blanches, qui devait déjà être effective en 2009, a été repoussée en 2011.

NB : A vos agendas : conférence le 10 mars prochain au MEEDAT à Paris (inscription libre) sur le thème "Aménagement numérique et développement durable des territoires". Y montrera-t-on des cartes ?...

jeudi 5 mars 2009

GEO a 30 ans : bon anniversaire !

En ce mois de mars, le magazine GEO fête ses 30 ans.

(Copyright GEO)

Je me souviens de la sortie du numéro 1 en mars 1979. Dans un devoir de français de 1ère qui devait porter sur le thème du voyage, j'eus l'idée de citer cette toute nouvelle revue dont le sous-titre qui n'a pas changé depuis le début est "Un nouveau monde : la Terre". Il me semble que le sujet m'avait inspiré...
Aujourd'hui, GEO n'est plus seulement un magazine qui a su, au moins en France, se faire une place à côté de son frère aîné, le National Geographic dont la version française ne date que de 1999. En 30 ans, la marque GEO a servi à lancer les Editions GEO qui comptent des livres (GEOGUIDE, GEOVILLE), des DVD, des calendriers. La qualité des photos et des textes d'accompagnement est souvent remarquable et elle a suscité le goût du voyage chez de nombreux "amateurs du partir". Mais comme souvent quand une marque dispose d'une certaine notoriété, celle-ci se décline sur d'autres produits, les fameux produits dérivés : montres, jumelles, stations météo, traducteurs de langues, etc. que vous pouvez découvrir ici dans la boutique en ligne.
D'une façon générale, je trouve que le site Internet du magazine est bien fait et complète utilement le magazine papier. Ainsi sur son site, GEO vous propose de découvrir ou de redécouvrir les reportages publiés dans son magazine avec quelques photographies inédites en plus, ainsi que des interviews de ceux qui ont réalisé ces reportages.
Depuis quelques temps, vous pouvez trouver sur le site Internet des reportages videos (Web reportages) pour lesquels le rédacteur en chef du magazine, Jean-Luc Marty, parle de "transjournalisme". C'est dans cette seule rubrique que vous pourrez trouver un peu de cartographie, faiblement interactive comme l'illustre ces quelques copies d'écran pour le reportage sur le cyclone Katrina à la Nouvelle Orléans.

(Copyright GEO)
Par ailleurs, des reportages photographiques sont aussi disponibles parmi lesquels je vous conseille celui sur Pau à la verticale qui vous permettra de découvrir des images de la ville sous un angle original.
Le site Internet de GEO propose également une rubrique consacrée aux voyages pour laquelle une interface cartographique bien faite permet de trouver le voyage de son choix à l'aide de réglettes et de listes déroulantes portant sur le budget, la durée du vol, la durée du séjour.

(Copyright GEO)
Enfin, le site propose aux internautes-voyageurs de se retrouver et d'échanger leurs "bons plans" sur un forum baptisé "Mon voyageur" qui semble utiliser l'API GoogleMaps de façon marginale.
GEO est aussi présent à la télévision grâce aux reportages "360°" diffusé sur la chaîne Arte tous les samedis à 20h00. Vous pourrez en savoir plus ici sur ces reportages.
Pour ses 30 ans, GEO a lancé un "Prix GEO de l'Environnement", censé "récompenser les initiatives les plus marquantes de ces dernières années dans le domaine de l’écologie" dans quatre catégories : achitecture, design, produits de consommation, tourisme. Avis aux amateurs...
Dans ce numéro anniversaire, GEO accueille un article de JMG Le Clézio déjà évoqué ici et une cartographie des femmes rencontrées par Titouan Lamazou dans ses voyages et qu'on peut retrouver dans un superbe livre que leur a consacré l'écrivain-navigateur-dessinateur-rêveur-poète.
Seule remarque au passage à la lecture du numéro anniversaire : il est troublant de constater que sur la moitié des encarts publicitaires de ce numéro, il y ait autant de publicité pour des voitures, même si elles prétendent, pour certaines, de bénéficier du bonus écologique... Mais je sais que la presse, en particulier la presse magazine, traverse actuellement une grave crise, notamment du fait d'une diminution croissante de ses recettes publicitaires et qu'il est très difficile de se priver de telles ressources.
Même si je ne suis plus abonné et que je ne vous suis pas tous les mois de façon assidue, j'espère vous retrouver encore longtemps pour continuer à rêver et, grâce à vous, à voyager "par procuration" comme beaucoup de vos lecteurs.
Bon anniversaire GEO!

mercredi 4 mars 2009

Les globes réels mieux que les globes virtuels ?

Les globes virtuels nous envahissent : Google Earth, Virtual Earth, WorldWind, Geoportail/TerraExplorer, Earth Browser, ArcExplorer, etc.
Alors dans cette galaxie de globes virtuels, revenir un peu à la réalité peut permettre parfois de garder les pieds sur terre. Et remonter un peu dans le temps ne fait jamais de mal. C'est ce à quoi nous invitent les globes réels, en particulier les globes terrestres, plus ou moins monumentaux.
J'ai déjà parlé ici des globes de Coronelli, visibles à la BNF.
Quelques souvenirs personnels et une petite recherche sur Internet me permettent de vous proposer ici un florilège de quelques globes, monuments, sculptures ou encore stèles commémoratives, qu'on peut trouver qu'on peut trouver disséminés sur notre chère terre.

Avenue de l'Egalité à Saint-Dié des Vosges
Ce globe commémore les travaux du cartographe Martin Waldseemüller qui, en 1507, a adapté l'imprimerie aux besoins des fabricants de globes en créant les fuseaux. En outre, les cartes de Waldseemüller publiées à Saint-Dié des Vosges furent les premières à porter l'inscription "America". C'est notamment pour cette raison que le Festival International de Géographie (FIG), qui a lieu chaque année en septembre, a élu domicile dans cette ville.

PGlobe de la francophonie, parvis de Saint Jean d'Acre à La Rochelle
Cette statue, un bronze de Bruce Krebs sculpteur à La Rochelle, a été inaugurée en juillet 2000 devant les tours de La Rochelle. Ce monument est une commande de la SACEM et de Musique France Plus. Il s'agissait de créer un globe terrestre sur lequel devaient être représentés tous les pays francophones par des petits villages en relief, afin de commémorer les Francofolies, Festival de la chanson française/francophone qui a lieu chaque année à La Rochelle depuis 1985.

Globe terrestre de la Fontaine des quatre parties du monde dans les jardins de l'Observatoire à Paris
La Fontaine des Quatre Parties du Monde, réalisée en 1874, est l'oeuvre de plusieurs artistes : Jean-Baptiste Carpeaux, Emmanuel Fremiet pour les huit chevaux, les dauphins et les tortues, Pierre Legrain pour le globe terrestre, orné des signes du Zodiaque, et Louis Vuillemet pour les guirlandes qui entourent le piédestal. Les quatre parties du monde sont symbolisées de la manière suivante : l'Afrique par un homme noir, l'Amérique par un Indien, l'Asie par un Chinois, l'Europe par un homme blanc. Il manque la Cinquième partie du Monde, l'Océanie, non réalisée pour des raisons d'équilibre et d'harmonie.

Unisphere dans le parc Flushing Meadows du Queens à New York
L'Unisphere, d'une hauteur équivalente à celle de douze étages, et œuvre du paysagiste Gilmore D. Clarke, fut construite à l'occasion de la Foire internationale de New York 1964-1965, dont le thème global était la "paix au travers de la compréhension". Il s'agit d'une représentation de l'indépendance de la planète et fut dédiée à la "réussite de l'homme sur une planète qui rétrécit et un univers qui s'élargit". L'Unisphere constitue la plus grande structure sphérique au monde, avec une hauteur de 42,7 mètres, un poids de 317,5 tonnes (sans la base) et un diamètre de 36,6 mètres.

Fontaine-boule place principale de Flåm, en Norvège
Peu d'explication sur ce globe, trouvé par hasard sur Internet grâce à ce site personnel.

Fontaine-boule rue de Bretagne à Alençon
Il s'agit d'une fontaine-boule, à la fois objet de décoration et d'animation. Cette fontaine-boule se compose d'une sphère en granit qui flotte sur un bloc également en granit. Par un forage au centre du bloc, l'eau arrive du réservoir et se glisse entre le bloc et la sphère qui flotte ainsi sur un film d'eau. Un phénomène d'aqua-planing permet ainsi à des blocs de plusieurs tonnes de tourner avec une simple pression du doigt. Un dispositif rotatif permet à la sphère de tourner en continu. (globe trouvé comme le globe précédent sur ce site personnel)

Square Marcel Moisan à Nantes (copyright Société d'Astronomie de Nantes)
Ce globe, sculpté par Jean-Michel Ansel en 1995, fait partie d'un ensemble de sculptures sur le thème de l'astronomie et de cadrans solaires. "Sur la sculpture représentant le globe terrestre on peut visualiser à chaque instant de la journée, grâce au soleil les parties ou il fait jour et celles qui sont plongées dans la nuit. Surmonté de deux cadrans solaires horizontaux, l’un placé à la latitude de Nantes et l’autre à l’équateur permet de démontrer qu’a une longitude identique l’heure solaire est la même."

Globe du Parc Ludiver à La Hague
Comme pour le précédent globe, celui-ci, qui est également une oeuvre de Jean-Michel Ansel, fait partie d'un ensemble de cadrans et de globes censés constituer un parcours initiatique à la mesure du temps. "La terre "cadran solaire", positionnée comme la vrai (la France en haut), permet de trouver l'endroit où le soleil est au zénith et d'en déduire l'heure solaire vraie locale."

Sculpture à Québec sans plus de précision (merci par avance à nos éventuels lecteurs québecois de nous en apporter)

Cap Nord
Cette construction, située au Cap Nord, est située au bord d'une falaise de 307 mètres de hauteur qui domine l'Océan Glacial Arctique et qui marque symboliquement le point le plus septentrional d'Europe. Il est situé sur l'île norvégienne de Magerøy. 200 000 personnes visiteraient chaque année ce site notamment pour assister au soleil de minuit.

Il existe bien d'autres globes réels dans le monde et ceci n'est qu'une petite sélection qui ne répond à aucun autre critère que celui de ma subjectivité et du "hasard" des mes trouvailles sur Internet. Si vous en connaissez d'autres, n'hésitez pas à les signaler ici.

Il semblerait que le plus vieux globe terrestre soit celui du cartographe et navigateur Martin Behaim, né à Nüremberg en 1459. Il est troublant d'apprendre que "le globe de Behaim avait été confié au Musée national germanique de Nüremberg par Adolf Hitler lui-même, qui avait acheté l'objet aux descendants du cartographe en 1937. L'image de Martin Behaim partant à la conquête de l'Afrique était utilisée à l'époque pour servir l'idéologie expansionniste du national-socialisme". Du coup, comment ne pas penser à un autre globe devenu fameux, celui avec lequel joue Charlie Chaplin dans son film "Le Dictateur", symbolisant la façon dont le personnage d'Hitler, rendu comique par Chaplin, s'amuse avec le globe comme il semble avoir "jouer" avec le monde.

Mais à la fin le globe éclate...
Ces globes réels, très différents par leur date, leur nature, leurs dimensions, ont tous un point commun : ils sont une représentation de la terre, fidèle, schématique, symbolique, allégorique, exposée en des lieux publics et censée avoir une signification universelle. Mais est-on sûr que cette image du monde est aujourd'hui une image admise par tous comme voudraient aussi nous l'imposer les globes virtuels ?

mardi 3 mars 2009

Les SIG : une histoire déjà ancienne

J'ai déjà évoqué rapidement ici l'histoire de la cartographie ou encore ici l'histoire de la photographie aérienne mais jamais celle des Systèmes d'Information Géographique (SIG).
L'histoire des SIG a déjà été écrite brièvement notamment ici. Certains font remonter l'histoire des SIG à celle de la cartographie soit aux traces gravées sur les parois de la grotte de Lascaux par les hommes préhistoriques. Pour d'autres, ce serait les cartes de John Snow lors d'une épidémie de choléra à Londres en 1854.

The Ghost Map by Steven Johnson from Book Videos on Vimeo.
(Source : The Ghost Map de Steven Johnson)

Difficile de prétendre trancher le débat en indiquant une date 0 de l'histoire des SIG.
En revanche, grâce à l'excellent site de Thierry Joliveau, je découvre aujourd'hui trois films datant de 1967 présentant le SIG du "Canada Geographic Information System" (CGIS) développé voilà plus de 40 ans par Roger Tomlinson, connu comme l'un des pères des SIG (cf. son CV ici), pour les besoins du Canada Land Inventory (CLI).




Comme le commente Thierry Joliveau, ces films ont un doux parfum des séries télévisées de l'époque comme Le Prisonnier, mais aussi comme certains chapitres des Envahisseurs ou encore de Chapeau Melon et Bottes de Cuir.
Mais au-delà de l'aspect historique de ces films, ceux-ci présentent un intérêt pédagogique incontestable. A voir et revoir sans modération.

lundi 2 mars 2009

S'occuper à observer comment la terre est occupée

En France, plusieurs projets de base de données d'occupation du sol ont été conduits ou sont en cours de constitution, notamment sous l'égide de collectivités locales ou de plate-formes locales autour de l'information géographique.
Parmi ces projets, je m'attarderai ici sur l'exemple de la base de données OcSol proposée par l'association SIG Languedoc-Roussillon (SIG L-R), basée à la Maison de la Télédétection à Montpellier.
Créée en 1994, l'association SIG L-R, où j'eus le plaisir de travailler pendant ses cinq premières années d'existence, regroupe aujourd'hui une soixantaine de membres (personnes morales et physiques) concernés par l'information géographique en région Languedoc-Roussillon. L'association organise des rencontres par groupes de travail lors d’ateliers techniques et de journées professionnelles, dont les compte-rendus et les documents produits, souvent de bonne qualité, sont disponibles ici.
Conformément à l'une de ses missions, l'association SIG L-R a fait produire deux bases de données sur l'occupation du sol à 7 ans d'intervalle (1999 et 2006) à partir du traitement et de l’analyse d’une couverture régionale d’images satellitaires Landsat 7 ETM (cliquer ici pour connaître les détails de ce projet).
Cette base de données est disponible en téléchargement gratuit ici, après inscription et validation du compte par l'administrateur du site.
Il existe également un site de consultation de ces données réalisé par la société Veremes.

Affichage de la couverture d'images satellitaires Landsat avec les limites des départements (Copyright Veremes pour l'interface cartographique)

Grâce à cette interface cartographique, on peut soit consulter les données individuellement soit les comparer en les affichant respectivement dans deux fenêtres distinctes, ce qui permet une analyse des évolutions entre 1999 et 2006.

Exemple de la zone d'Agde : comparaison des données de 1999 et de 2006 (Copyright Veremes pour l'interface cartographique)

Outre l'affichage possible des limites des communes, départements et régions pour faciliter le repérage dans l'espace, plusieurs outils (sélection par points, par zones, mesure, requêtes, etc.) sont disponibles et facilitent les premières analyses sur ces données.
Mais le téléchargement de ces données permet d'en faire aussi un autre usage en les affichant dans un outil de cartographie ou dans un logiciel de SIG sur son poste de travail. Pour cela, les données sont disponibles dans un format (shapefile) reconnu par les principaux logiciels de SIG payants ou gratuits (ArcGis, Géoconcept, MapInfo, QGis, etc.). L’image satellitaire orthorectifiée Landsat 7, traitée en couleur naturelle, est disponible au format raster ECW.

Exemple de la zone d'Agde : affichage des données dans le logiciel Open Source QuantumGis

On peut superposer les données aux images Landsat et jouer sur la transparence pour comprendre comment on passe d'une image de l'occupation du sol vue par le satellite à une couche d'occupation du sol dans une base de données thématiques. Cela vaut de nombreux discours. Les données sont fournies avec une classification hiérarchique emboîtée de type Corine Land-Cover, en 5, 16 ou 46 classes d'occupation du sol (cf. nomenclature détaillée dans le Guide technique à télécharger).
Mais on peut aussi afficher les données thématiques comme une couche image dans un globe virtuel comme Google Earth après, bien sûr, une exportation des données au format image et une reprojection des données dans le même système de coordonnées que Google Earth. En effet, les données d'occupation du sol sont fournies en projection cartographique Lambert 2 étendu alors qu'un globe virtuel comme GoogleEarth affiche les données dans le système de projection géodésie Plate Carrée/WGS84. Si la reprojection des données n'est pas effectuée, l'exercice ne peut être tentée que sur des zones limitées et n'aura jamais une très bonne précision de géoréférencement.

Affichage dans Google Earth de données avec une transparence appliquée pour permettre de voir les images satellites du globe virtuel : régions d'Agde et de Marseillan

Si on le souhaite on peut aussi comparer les données d'occupation du sol à celles du Geoportail de l'IGN mais sans pouvoir faire le même genre de superposition qu'avec Google Earth car le Geoportail ne le permet pas directement pour l'instant.


Au passage, et à titre pédagogique et de comparaison, on peut aussi étudier à partir du Geoportail de l'IGN comment, à partir de données de couvertures photographies aériennes à grande échelle, il est possible, après photointerprétation et observations de terrain, d'obtenir des couches thématiques plus précises que celles de SIG L-R et produire la carte topographique au 1/25 000.

(Copyright Geoportail, IGN, 2009)

Etant donné l'origine de ces données, celles-ci ne sont utilisables que pour des échelles comprises entre le 1/50 000 et le 1/500 000 et les plus petites unités cartographiées varient de 5 ha à 2,5 ha.
A noter que les données sont disponibles sous licence CreativeCommons By-NC-Sa 2.0, ce qui en permet une utilisation gratuite et libre en dehors de tout usage commercial et ce qui permet aussi de les modifier et de les redistribuer.

En région PACA, c'est une structure comparable à SIG L-R, le Centre Régional de l'Information Géographique(CRIGE-PACA) qui porte un projet identique de base de données d'occupation du sol dont vous pourrez trouver une présentation ici et dont vous pourrez télécharger les données ici.

NB : Mention légale pour tous les extraits de la base de données de SIG L-R : OCSOL 1999-2006 (CC) SIG L-R

dimanche 1 mars 2009

Si vous n'avez pas pu suivre les cours de cartographie

Peut-être n'avez-vous pas pu suivre certains des cours de cartographie en raison du mouvement actuel de grève d'une partie des enseignants-chercheurs contre le projet gouvernemental de réforme du statut des enseignants-chercheurs. Ou bien encore vous souhaitez reprendre des études, dans le cadre d'un Congé Individuel de Formation ou d'un Droit Individuel à la Formation. L'Internet vous propose de plus en plus de ressources pédagogiques pour vous permettre de compléter vos connaissances en cartographie (souvent intégrée dans la géomatique), notamment dans le cadre de dispositifs de Formation A Distance (FAD).
En premier lieu je vous invite à consulter le site Georezo qui propose une rubrique consacrée aux "Formations en géomatique" et en particulier des liens vers des sites de "Tutoriaux en ligne" et des "Cours en ligne de géomatique"
Vous pourrez trouver des cours et des TD de cartographie en accès libre sur le site de l'Université Numérique Ingénierie et Technologie. Je vous conseille en particulier le cours de Patrick Bouron de l'ENSG "Lecture de carte". Ce cours permet de démarrer avec les concepts élementaires nécessaires pour comprendre une carte. Un programme indispensable qui serait bien utile aussi pour certains géomaticiens-cartographes en poste...
Je vous conseille également le cours d'Ingénieur 1ère année de Stéphane Pelle de l'ENSG "Géomatique. La théorie des graphes", plus complexe et technique. Il aborde nombreuses notions utiles lorsqu'on veut comprendre l'application de la théorie des graphes en géomatique.
A noter que l'ENSG, qui propose déjà ici certains de ses supports de cours en ligne, propose depuis deux ans une plate-forme de Formation A Distance (e-learning) baptisée e-ENSG mais qui, pour l'instant, semble réservée en complément aux cours présenciels de l'ENSG ou encore pour des formations à distance pour des étudiants situés à l'étranger.
Si vous recherchez un vrai parcours de formation à distance, allez faire un tour sur le site ENVAM, Campus Numérique en Environnement et Aménagement de l'Université de Rennes 1, qui propose ici un choix parmi l'offre de formation diplômante ou de parcours qualifiants. Il existe plusieurs modules concernant la géomatique plus que la cartographie à proprement parler.
Le site Educnet du Ministère de l'Education Nationale ne propose pas directement de cours de cartographie mais des liens vers une série de ressources pédagogiques sur l'usage de la cartographie et notamment des SIG par et pour des enseignants dans l'enseignement secondaire.
Le Département de Géographie de l'Université du Québec à Montréal propose certains cours sur les SIG où sont inclus des chapitres sur la modélisation cartographique ou encore des cours et TD sur les principales fonctions d'un SIG (déjà un peu ancien et basé sur ArcView d'ESRI).
Pour disposer d'un document synthétique sur la cartographie, je vous invite à consulter ce document, intitulé "A la découverte de la cartographie", publié par l'Administration du Cadastre et de la Topographie du Luxembourg qui peut être utilisé par de nombreux publics adultes et scolaires.
Si vous êtes prêt à (re)partir sur les bancs de l'université, vous pourrez peut-être trouver la formation de votre choix sur le site Geoform, portail de l'offre de formation en géomatique et cartographie (entre autres) en France et dans plusieurs pays francophones, supporté par l'AFIGEO.

Même si ce site est en cours de refonte, il permet néanmoins de proposer déjà un premier panorama des formations dans les domaines concernés. Voici ici ce qu'est l'offre des formations en cartographie inventoriées par ce site.

Pour finir je ne résiste pas la tentation de vous signaler cette petite animation vidéo intitulée "Mont d'Or" de Julien Monteux et Nicolas Coltice (Université de Lyon 1, 2006) qui "permet de faire le lien entre carte et paysage et utilisable pour préparer une séance de terrain à Limonest(Rhône)". Cela me rappelle mes cours de géographie à l'université, en particulier les sorties sur le terrain en autocar qui s'apparentaient souvent à des colonies de vacances où le terrain était le prétexte pour sortir quelques heures des murs et des amphis un peu tristes de la fac.
 
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