Les vacances sont déjà là ou bientôt là. Pour certains, c'est l'occasion de s'étendre au soleil ou à l'ombre et d'attendre, en ne faisant rien (farniente).
Pour moi, c'est l'occasion de "me défaire du reste de l'année" et de me plonger dans des livres, avec le même plaisir que celui que je trouve aussi, parfois, à plonger dans une eau tiède et turquoise.
A ce propos je me permets de vous signaler quelques unes de mes dernières lectures que j'ai beaucoup appréciées et qui sont d'actualité lorsqu'on part en vacances ou qu'on s'apprête à y partir.
Les Editions Transboréal en partenariat avec Baladéo (vendeur d’accessoires pour balades) ont eu la bonne idée de publier depuis quelques mois une collection baptisée "Petite philosophie du voyage". "Cette collection donne la parole à des auteurs qui, ayant un sujet à cœur, sont à même d’apporter sur lui des éléments de réflexion assortis d’expériences personnelles. Sont abordés aussi bien des points de vue sur le voyage – les motivations du départ, l’écriture –, des modes de déplacement – marche, train, canoë –, des pratiques sportives – alpinisme, arts martiaux – ou artistiques – aquarelle, photographie.". Dans cette collection, j'ai lu et beaucoup aimé deux titres dont j'espère que les autres titres de la collection sont à l'image de ces deux-là :
- "L'appel de la route. Petite mystique du voyageur en partance" de Sébastien Jalade
- "La poésie du rail. Petite apologie du voyage en train" de Baptiste Roux.
Ce dernier titre m'a fait penser à la série documentaire "Des trains pas comme les autres" réalisée par François Gall et Bernard d'Abrigeon, diffusée à la télévision depuis 1991 et qu'on peut retrouver en DVD.
Le livre "Petite collection de paysages" de Pierre Gilloire paru aux Editions L'Arpenteur est un petit bijou de géographie personnelle. En voici le texte de la quatrième de couverture :
"Nous roulons depuis des heures. La route n'en finit pas d'arriver nulle part. La chaussée est de plus en plus dégradée, le monde moderne est derrière nous, les poteaux télégraphiques ont disparu. Le paysage est fait de bandes horizontales superposées ayant chacune son grain et sa couleur. Un sol où domine le végétal, une herbe dont les nuances varient du vert acidulé au vert amande. Un horizon de steppe d'où émergent des collines isolées. Décor changeant... Ce matin, cet archipel flottait sur un coussin de brume. Le temps, pour moi, de prendre quelques photos, et la vapeur s'est dissipée... Ici et là, le minéral reprend l'avantage, la pelouse cède la place à de vastes étendues caillouteuses que le soleil réchauffe au fil de la journée. L'air grésille. On ne sait trop d'où a surgi cette nappe scintillante qui vient d'apparaître. Un lac salé aux rives blanchies, ou peut-être un mirage ? En fait, l'un et l'autre parfaitement accordés, deux strates fines comme des lames, l'une argentée, l'autre bleutée. Au-dessus, le ciel est ourlé de quelques cumulus. Inatteignable, le mirage se dissout comme la brume du matin. Les lignes sont épurées, le relief est usé, comme adouci. Un paysage serein, sans lignes brisées, sans fioritures, presque abstrait. Rien ne bouge, sinon les nuages et leur ombre glissant sur le terrain..."
En lisant ces quelques lignes, on pense inévitablement à d'autres écrivains qui ont précédé Pierre Gilloire dans ce genre de géographies personnelles, et pour lesquels les paysages et ce qu'ils peuvent inspirer comme pensée et sentiment, révèlent avant tout notre rapport au monde : Julien Gracq bien sûr, mais aussi Dino Buzatti, Ernst Jünger, Claude Simon, Julien Green, Gil Jouanard, Pierre Sansot, et bien d'autres.
Pour les amateurs de récits de voyages, le temps est peut-être venu de lire ou relire Paul Morand, Nicolas Bouvier, Victor Segalen, J-M.G. Le Clézio, Bruce Chatwin, Jack London, Georges Pérec, Jean Grenier, Francisco Coloane, Michel Le Bris, tous héritiers de leurs ancêtres (souvent voyageurs) que furent entre autres Hérodote, Gérard de Nerval, Théophile Gautier, Stendhal, Marcel Proust, Pierre Loti, Joseph Conrad, Blaise Cendrars, et de quelques poètes, bijoutiers de notre regard sur le monde, comme Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Jean Follain, Émile Verhaeren, Léon Paul Fargue, Eugène Guillevic, René-Louis des Forêts, Kenneth White, Claude Roy et tant d'autres.
Le temps des vacances c'est, paraît-il, le temps de faire le vide en soi. Pour ma part, c'est plutôt le temps de faire le plein : de lectures, de voyages, de rencontres. Rimbaud a écrit "La vraie vie est ailleurs". Je suis souvent tenté de le croire. La géographie sert d'abord à voyager et les cartes sont les passeports de nos rêves. Les vacances cela peut être aussi le temps de laisser de côté les cartes qui envahissent de plus en plus l'Internet, nos téléphones mobiles et nos GPS pour nous faire dessiner d'autres cartes, celles de nos pas, guidés par la recherche d'un ailleurs, surtout s'il est illusoire.
"Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ?" : tel est le titre d'une oeuvre de poésie de Claude Roy, tel pourrait être un questionnement permanent dans notre quête de l'ailleurs. Il paraît qu'on finit toujours par retourner vers la mer...
Bonnes vacances et bonnes lectures.
Le grand ensemble : ses mots... et ses maux.
Il y a 2 heures

