jeudi 30 avril 2009

"Le dessous des cartes" de la francophonie

Peut-être avez-vous vu sur ARTE hier soir l'émission "Le dessous des cartes" que j'ai déjà évoqué ici sur le thème "Francophonie. L'autre mondialisation". Vous pouvez (re)voir cette émission ici ou en streaming ici pendant 7 jours.

(Copyright ARTE/LEPAC)

Cette émission était animée notamment par le désir de son présentateur Jean-Christophe VICTOR, de repousser la connotation négative trop systématiquement associée au terme de francophonie, bien souvent considérée du seul point de vue de l'héritage colonial.
Sur ce blog, j'ai déjà évoqué à plusieurs reprises le passé colonial de la France et ses marques dans l'histoire et la géographie, même les plus récentes, que ce soit à l'occasion des mouvements de grèves dans les Antilles, des traces laissées par les essais nucléaires français dans le Sahara algérien, des expositions universelles et coloniales organisées à Paris ou encore de certains des travaux et publications du géographe français Paul Vidal De La Blache.
Pour prendre la mesure cartographique actuelle de la francophonie dans le monde voici une carte réalisée sous l'égide de l'Organisation Internationale de la Francophonie, une institution fondée sur le partage d’une langue, le français, et de valeurs communes. Elle rassemble 56 États et gouvernements membres et 14 observateurs totalisant une population de 870 millions.

(Cliquer ici pour afficher la carte en grande taille)
A noter qu'il s'agit là d'une carte "politique" de la francophonie au sens où elle présente les pays membres de l'organisation et non pas la réalité géographie de la francophonie dans le monde. Ainsi au canada c'est essentiellement dans la province du Québec que le français est parlé et beaucoup moins dans les autres provinces.

Il est étonnant d'apprendre que le terme de francophonie est apparu pour la première fois en 1880 sous la plume d'Onésime Reclus(1837-1916), dans son ouvrage "France, Algérie et colonies". Onésime reclus était le frère d'Elisée Reclus, lui aussi géographe et il se voulait un ardent défenseur du "destin colonial français".
Comme quoi, francophonie et colonialisme ont un passé commun inextricable comme le souligne très bien Jean-Christophe VICTOR dans l'introduction de son émission et comme il le démontre tout au long de l'émission, cartes à l'appui.

Savez-vous que chaque année le 20 mars a lieu la Journée internationale de la Francophonie. Cette journée est "dédiée à la langue française qui unit 200 millions de locuteurs dans le monde".

L'émission d'hier évoque notamment le projet IFADEM pour la formation à distance des maîtres en francophonie mais qui rencontre des difficultés du fait d'une "fracture numérique" très concrète.
L'émission s'est également appuyé sur deux ouvrages :
- "Francophonie et mondialisation" publiée par la Revue Hermes aux Editions du CNRS
- "L'avenir de la francophonie" n°71 de La Revue internationale et stratégique, automne 2008.

NB : L'émission "Le dessous des cartes", est produite et diffusée par ARTE tous les mercredi soir vers 22h30, en collaboration avec le LEPAC dont le site Web est ici ou temporairement ici. A noter que les fonds cartographiques utilisés pour cette émission proviennent souvent d'Intercato dont je vous recommande le site au passage.
L'émission est également disponible en DVD et en VOD. Bien évidemment je ne peux que vous conseiller à nouveau les deux Atlas parus en co-édition ARTE-Editions Taillandier dont j'avais déjà parlé ici.

mercredi 29 avril 2009

La France et ses essais nucléaires : une histoire et une géographie encore douloureuses

Hier soir, France 2 a diffusé un téléfilm "Vive la bombe" réalisé en 2006, consacré à l'un des essais nucléaires français qui eut lieu dans le Sahara le 1er mai 1962. Cet essai nucléaire, nom de code Béryl, ne se déroula pas comme prévu et des militaires français mais aussi des populations locales furent exposés aux radiations. Lors de sa première diffusion en 2007 sur la chaîne ARTE, ce téléfilm avait permis à la chaîne de battre son record d'audience pour la première partie de soirée.
En mars 2009, le Ministère français de la Défense a annoncé l'attribution d'une indemnité d'un montant de 10M€/an accordée aux victimes des essais nucléaires militaires français qui ont eu lieu entre 1960 et 1996. "Il était temps que notre pays soit en paix avec lui-même", a déclaré en mars dernier Hervé Morin, le ministre de la Défense, lors de la présentation de ce dispositif d'indemnisation.
Que ce soit pour le téléfilm ou pour la décision récente du Ministère de la Défense, le combat pendant des années des victimes de ces essais nucléaires pour sortir du silence, fut décisif, notamment sous l'action de l'Association des Vétérans des Essais Nucléaires(AVEN). Cette association regroupe de nombreuses victimes militaires et civiles de ces essais nucléaires et présente sur son site sa version des faits, richement documentée, avec des informations et documents provenant de ses membres.
Officiellement, entre 1960 et 1996, la France a procédé à 210 essais, dont 17 au Sahara, 193 en Polynésie (167 à Mururoa, 14 à Fangataufa et 12 essais de sécurité).
Sur ces essais, seuls 4 essais au Sahara auraient posé des problèmes de confinement et 10 essais en Polynésie auraient donné lieu à des retombées radioactives significatives sur des zones circonscrites.
Sur son site, le Ministère de la Défense met à disposition plusieurs documents sur les essais nucléaires auxquels 150 000 personnes auraient participé, directement ou indirectement.
Parmi ces documents, on peut trouver ici une carte de la localisation des deux sites des essais nucléaires français dans le Sahara dans les années 60, le Centre saharien d’expérimentations militaires (CSEM) près de Reggane, oasis localisé au sud du grand erg occidental, à 700 km de Colomb Bécharen, et le Centre d’expérimentations militaires des oasis (CEMO), aménagé dans le massif du Hoggar près d'In Ekker, à 150 km au nord de Tamanrasset, dans la Région d'In Ekker et où eut lieu l'essai Béryl.


Voici une vue aérienne d'archive du CEMO...

(Copyright DICOD Min. Défense)
...et voici une vue satellitaire du même site dans son état actuel :

Agrandir le plan

Dans le rapport du Ministère de la Défense on peut lire ceci :
"Quatre des treize expériences souterraines (Béryl, Rubis, Améthyste et Jade) n’ont pas été totalement confinées. Il faut y ajouter l’accident du 19 avril 1962 survenu à l’occasion d’un tir de pastille. [...] En 2005, sur la base de l’ensemble de ces données, le rapport établi par l’AIEA a conclu, compte tenu du très faible niveau de la radioactivité artificielle résiduelle (à l’exception des sites de Gerboise blanche, Gerboise bleue, Béryl et Améthyste), qu’il n’était nécessaire ni de procéder à un assainissement des sites ni d’élaborer une cartographie plus précise de la contamination en vue de réaliser une estimation des doses susceptibles d’être reçues." Or dans le même texte, on peut lire que "Les conclusions de ce rapport recommandent aux autorités algériennes d’interdire l’accès aux zones des quatre essais précités et de les assainir si les activités économiques de la région venaient à évoluer."
Dans son rapport de mai 2007 le Comité de Liaison pour la Coordination du Suivi Sanitaire des Essais Nucléaires français (CSSEN), créé en janvier 2004 par décision conjointe des ministres de la défense et de la santé, apporte quelques précisions sur les essais effectués entre 1960 et 1961 au CSEM.
"La population sédentaire de cette région était concentrée dans les palmeraies de Reggane et dans la vallée du Touat, au nord de Reggane. Cette population était de 40 000 personnes au total, dont 500 résidaient dans un rayon de 100 km autour du champ d’expérimentations. Les essais n’étaient autorisés que dans les conditions où les retombées prévues n’affectaient pas de secteurs habités. Les populations nomades éventuelles étaient éloignées avant chaque essai. En conséquence, les retombées radioactives n’ont pas conduit à des doses notables. Le maximum de dose théorique a été évalué pour le site de Ouallen à 0,6 mSv (site inhabité). Des contrôles de non contamination ont été effectués sur 195 personnes dont 70 nomades (anthropogammamétrie).".
Dans ce même document on trouve quelques informations sur l'autre centre d'essais, le CEMO.
"Les essais en galerie ont succédé aux essais aériens sur le CEMO. Environ 2000 personnes vivaient dans un rayon de 100 km autour du site d’expérimentations. Sur les 13 essais effectués, 4 n’ont pas été totalement confinés mais le seul qui a conduit à une retombée importante est l’essai "Béryl" du 1er mai 1962. Les retombées de cet essai (gaz et aérosols) qui auraient pu entraîner une dose supérieure à 5 mSv n’ont pas touché de zones habitées (populations sédentaires ou nomades)."
Dans le document précédemment mentionné, on peut lire qu'"il n’y avait pas de population sédentaire à l’intérieur de l’isodose de 5 mSv. Les nomades du Kel Torha, population la plus exposée (240 personnes), s’ils s’étaient trouvés présents au moment de la retombée, auraient pu recevoir des doses allant jusqu’à 2,5 mSv.
CQFD !
Donc d'un côté, il est recommandé aux autorités algériennes d’interdire l’accès aux zones des quatre essais qui ont "posé problème" et de les assainir préalablement en cas d'évolution de leur occupation. De l'autre côté, on affirme que les "essais à problème" n'ont pas touché de zones habitées par des populations sédentaires ou nomades. Là je dois avouer que je ne sais plus qui croire. Et au passage ma géographie "des zones habitées par des populations nomades" dans le Sahara en est quelque peu déstabilisée...
Voici une carte "officielle" des isodoses 5 mSv pour les expérimentations souterraines "non contenues" qui ont eu lieu au CEMO dont l'essai Béryl...

... et voici un autre "carte officielle" des populations présentes (par cercles successifs de distance) lors de l’essai Béryl qui ont été exposées à une isodose de 5 mSv lors des retombées de cet essai.


Pour vous faire une opinion et au titre de transparence, le "Dossier de présentation des essais nucléaires et leur suivi au Sahara" de la Délégation à l’Information et à la Communication de la Défense du Ministère de la Défense, présente plusieurs cartes à différentes échelles et de qualité très hétérogène.

Vous pouvez aussi consulter les documents disponibles sur le site de l'AVEN dont des témoignages, souvent poignants, de vétérans de ces essais parmi lesquels ce diaporama qui présente, entre autres, des photos non-officielles de l'essai Béryl du 1er mai 1962 auquel assistaient deux ministres :

Enfin ce reportage diffusé sur France 24, présente l'essai Béryl et la situation radiologique près de 50 ans après les essais. Des images d'époque et des commentaires éloquents sur l'état actuel du site.

mardi 28 avril 2009

Quand GoogleMaps cherche à nous faire devenir FOO

J'ai déjà évoqué ici l'invasion de Paris par des envahisseurs.
C'est avec une certaine crainte que je m'aperçois aujourd'hui que ces envahisseurs ont aussi envahi la "toile cartographique" en l'occurrence Google Maps.
La preuve ? La voilà.

Depuis plusieurs années a lieu à Sebastopol, une petite bourgade de Californie, les FOO Camp. Il s'agit de la réunion, pendant 3 jours, de plusieurs dizaines d'amis de Tim O'Reilly. FOO signifie "Friends Of O'Reilly".
Tim O'Reilly, fondateur de O'Reilly Media, est un supporter des mouvements du logiciel libre et de l'Open Source. Il est considéré comme l'un des inventeurs du terme Web 2.0. Il organise de très nombreuses conférences sur le Web 2.0 dont la conférence "Where 2.0" consacrée au Web 2.0 cartographique : l'édition 2009 aura lieu du 19–21mai à San Jose en Californie.
Lors du FOO Camp 2007, quelques amis de Tim O'Reilly ont décidé de faire une sorte de "farce spatio-cartographique" en étalant sur le sol de grands carrés de papier blanc en suivant la forme d'un de ces "Space Invaders".

Ils ont aussi noirci le sol (en brûlant l'herbe ?) en faisant ressortir la forme de l'avion de Batman.

L'idée de cet exercice divertissant était qu'une image aérienne puisse être prise et surtout insérée dans le fond d'image satellitaire de Google Maps.
"Pas possible" me direz-vous ? Et bien si, pourtant. Google ne renonce à rien, surtout pas au pays de David Vincent et de l'affaire de Roswell.
Voilà le résultat : en cliquant sur l'image en grande taille, vous pourrez observer que certains des FOO se sont allongés par terre, les bras en croix, sur la pelouse qui leur était réservée pour installer leurs tentes et qu'un petit terrain de football a même été aménagé.

(Cliquer ici pour afficher l'image en grande taille)

Un reportage photographique de ce petit amusement des FOO se trouve ici.
L'image a été prise d'un hélicoptère, spécialement affrété pour l'occasion.
Dans GoogleMaps, on peut retrouver une partie de cette image aérienne incrustée dans le fond satellitaire.


En direct de GoogleMaps, voici où cela se trouve.

Agrandir le plan
Vous pourrez observer que ce n'est pas toute l'image qui a été incrustée dans le fond satellitaire puisqu'on ne retrouve pas les envahisseurs mais seulement la zone des FOO eux-mêmes.
En zoomant de plus en plus, on constate que seule l'image incrustée s'affiche encore et, qu'au fur et à mesure du zoom, la "supercherie spatio-cartographique" est de plus en plus nette.

J'ai pensé que cette image avait été mise en ligne par des petits marrants de Google un 1er avril et puis qu'ils avaient oublié de la retirer ou bien qu'ils l'avaient volontairement laissée.
Et puis ensuite je me suis dit que c'était un nouvel exemple de "marketing viral géoréférencé", comme Google en a déjà fait à plusieurs reprises, pour nous faire devenir des FOO à notre tour.
Finalement peu importe, cela prouve juste qu'il faut parfois se rester prudent avec GoogleMaps comme avec toute forme de cartographie, ce qui n'est pas une nouveauté en soi.

lundi 27 avril 2009

Les envahisseurs sont entrés dans Paris

En plagiant une célèbre chanson chantée par Serge Reggiani, on pourrait se mettre à croire que les envahisseurs dont entrés dans Paris. Peut-être avez-vous déjà eu l'occcasion de vous retrouver nez à nez avec certains d'entre eux. Je veux parler de ces envahisseurs là :


Il paraît que ces petites mosaïques font partie du "Street art" qui a maintenant ses lettres de noblesse et s'expose parfois dans de hauts lieux culturels.
Il ne faut pas confondre ces petits bonshommes accrochés aux murs de la capitale avec les petites soucoupes du célèbre jeu vidéo des années 80 "Space Invader" dont je me souviens avoir joué sur une console ATARI...

Un livre "Space Invaders. L'invasion de Paris 1.1", publié en décembre 2003 chez Franck Slama éditions, que j'ai découvert récemment, est consacré aux petites mosaïques qui envahissent Paris. On peut en consulter quelques pages ici.
Sur le site Space-Invaders.com on peut trouver une cartographie "animée" des endroits où ces envahisseurs ont déjà atterri.


Pour Paris, cela se passe ici.

(Cliquer ici pour afficher la carte en grande taille)

Pour être sûr que ce site n'est pas un canular et que ces petits envahisseurs ne sont pas le fruit de notre imagination, il suffit de prendre l'un des exemples photographiés sur le site et de tenter de le retrouver dans Google Street View.

(Rue de Poissy à Paris : cliquer ici pour afficher l'image en grande taille)

Et voici dans Google Street View la même mosaïque.


Si vous souhaitez partir à la recherche de ces envahisseurs, vous pouvez vous aider de cette autre cartographie des endroits où ils ont atterri dans Paris, qui a le mérite d'être plus interactive que la précédente et complétée par une photo de chacune des mosaïques recensées.


Des petits marrants ont reproduit un de ces envahisseurs pour ensuite en faire une prise de vue aérienne. Voici ici comment ils s'y sont pris et voilà ce que cela donne : à tous les coups, on devrait retrouver prochainement cet artefact dans une prochaine mise à jour des images satellites dans Google Maps et Google Earth...


Certains ont déjà vu dans Google Maps des traces de l'atterrissage sur terre d'être venus d'autres planètes. Peut-être que vous-même, si vous vous sentez une âmeDavid Vincent, avez-vous déjà observé ce genre de "preuves" mais que vous heurtez toujours à l'incrédulité des autorités et de vos amis... Rassurez-vous, vous n'êtes plus seul : d'autres ont vu les mêmes choses que vous. D'ailleurs, ils ont déjà reproduit le modèle 3D d'une soucoupe volante, la même que celle qu'a vue David Vincent :


Vous vous demandez qui est ce David Vincent ? Peut-être êtes-vous trop jeune pour l'avoir vu sur les écrans de télévision. Il était le héros de la série télé "Les Envahisseurs", tournée aux Etats-Unis en 1967 et 1968 avec Roy Thinnes dans le rôle principal. En voici le premier épisode, qui n'était alors qu'un pilote. On y apprend que David Vincent a vu pour la première fois, une soucoupe volante atterrir devant lui alors qu'il se reposait sur une route perdue Dirk Road, non loin de l'autoroute 166 en Californie, devant une auberge abandonnée.


"Les envahisseurs : des créatures extraterrestres originaires d'une planète à l'agonie. Leur destination : la Terre. Leur but : en faire leur univers. David Vincent les a vus. Pour lui, tout a commencé au cours d'une nuit d'errance, sur une route de campagne solitaire, alors qu'il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva. Cela a commencé par une auberge abandonnée et par un homme que le manque de sommeil avait rendu trop las pour continuer sa route. Cela a commencé par l'atterrissage d'un engin en provenance d'une autre galaxie. A présent, David Vincent sait que les envahisseurs sont là, qu'ils ont pris forme humaine. Il doit trouver comment convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé."

Aujourd'hui, les envahisseurs sont entrés dans Paris. Mais, pire, ils risquent d'entrer chez vous si vous utilisez GoogleMaps.

dimanche 26 avril 2009

Géographie et barricades

Les barricades ont été (et demeurent) un exercice récurrent dans l'histoire des villes, en particulier à Paris où c'est presque devenue une tradition pour de nombreuses révoltes depuis des siècles. Ainsi les journées révolutionnaires de juillet 1830 auraient vu s'édifier 4 000 barricades et celles de février 1848 plus de 1 500.

(Plan de Paris avec indications en traits rouges des barricades. Copyright Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie)

Il paraît que le Baron Haussmann, préfet de la Seine du de 1853 à 1870, souhaitait que ses "grands travaux" de l'époque, qui devaient permettre "une meilleure circulation de l'air et des hommes" ("Paris embellie, Paris agrandie, Paris assainie"), soient aussi l'occasion de maîtriser d'éventuels soulèvements populaires, comme ceux de 1830 et de 1848 et de limiter les effets de barricades. Ainsi derrière des thèses hygiénistes qui prétendaient sous-tendre cette nouvelle géographie de Paris, se cachaient des motivations militaro-policières d'ordre tactique. Si le Paris d'Haussmann ne permit pas d'empêcher l'épisode de la Commune de Paris en 1871, difficile d'affirmer pour autant que c'est cet urbanisme de contrôle du peuple qui facilita la reprise de la Capitale aux insurgés par les troupes des Versaillais.
Lors de la libération de Paris en 1944, les barricades s'imposèrent comme un moyen de gagner peu à peu du terrain et reconquérir l'espace parisien que l'occupation par les troupes nazi avaient occupées pendant quatre longues années ("Paris outragée, Paris brisée, Paris martyrisée").
A Alger, en janvier 1960, la Semaine des barricades fut une façon pour une partie de la population européenne de s'opposer aux positions du Général De Gaulle concernant l'avenir de l'Algérie.
En mai 1968, les barricades furent un exercice remis à la mode par certains étudiants, surtout au quartier Latin. Comment ne pas sourire en constatant que l'Institut de géographie, l'un des temples de l'Ecole Géographique française situé 191 rue Saint-Jacques, à deux pas de la rue Gay-Lussac l'un des hauts lieux des émeutes de mai 68, a permis à la Géographie de disposer d'une place de premier rang lors de ces événements, notamment lors de la nuit du 10 au 11 mai, dite la Nuit des barricades.

(Copyright Google Inc.)
Ce plan trouvé sur le blog Geo212, extrait de la revue L'Evénement, n°29, de Juin 1968, montre une localisation des principales barricades.

Il est à rapprocher de cet autre plan, qui indique certaines barricades en plus ou en moins...

...ou encore de cet autre plan qui attribue certaines barricades à certains groupes plus qu'à d'autres.

(Copyright Alternatives libertaires)
Comme quoi le relevé cartographique des barricades n'est pas un exercice facile, tant la barricade est un objet géographique souvent très éphémère et toujours politiquement incorrect...

Aujourd'hui, on peut "s'amuser" à comparer certaines des photos des barricades et des images des mêmes lieux aujourd'hui dans Google StreetView pour faire une cartographie des barricades de mai 68.

(Source Photo © SIPAHIOGLU/SIPA. Rue Gay Lussac)



(Source © SIPAHIOGLU/SIPA. Au matin du 11 mai, les forces de l'ordre patrouillent rue Collard)



(Source © SIPAHIOGLU/SIPA. Au matin du 11 mai, les forces de l'ordre patrouillent rue Collard)


On peut faire ce même genre d'exercice de cartographie des barricades de mai 68 à partir de ce documentaire muet sur le site de l'INA, mais aussi à certaines images de ce reportage consacré à la nuit du 10 mai 68 lors du journal télévisé de FR3 du 10 mai 1993, soit 25 ans jour pour jour.

Par ailleurs, j'ai du mal à croire que les géographes d'alors n'ont pas été surpris d'apprendre que sous les pavés, dont les barricades étaient faites parfois, se trouvaient une plage... les révolutionnaires voulaient donc aussi révolutionner la géographie.

Aujourd'hui des barricades continuent à s'édifier lors de manifestations ou d'insurrections, que ce soit en France (barricades de chaises dans les universités bloquées) ou ailleurs dans le monde.
Une géographie des barricades reste à faire, malgré son caractère souvent très éphémère : elle permet parfois de faire quelques distinctions utiles.

NB : A noter que l'Institut de Géographie dispose d'une bibliothèque dont le catalogue est accessible ici, et d'une cartothèque constitué d'un fonds de 7 000 titres de cartes, ce qui en fait l'une des plus riches en France.

samedi 25 avril 2009

Qui a dit que la planète n'était pas ronde ?

Pour ceux qui douteraient encore de la (quasi)rotondité de la terre, les "Petites planètes" d'Alexandre Duret-Lutz devraient leur enlever leurs derniers soupçons.
Grâce à un article de la revue en ligne Mappemonde dont j'ai déjà parlé ici, j'ai découvert dans l'article consacré à Alexandre Duret-Lutz et à ses travaux sur les photographies panoramiques. Travaux ou oeuvres ? Difficile à trancher tant il semble que ses recherches et son travail tiennent tout autant de l'art que de la technique photographique. Alexandre Duret-Lutz est actuellement professeur assistant au Laboratoire de Recherche et Développement (LRDE) de l'École Pour l'Informatique et les Techniques Avancées(Epita).

La photographie panoramique consiste en un assemblage de plusieurs photographies formant des panoramas couvrant des champs exceptionnellement larges qu'un objectif traditionnel de photographie ne peut pas couvrir en un seul cliché ni l'oeil humain en une seule fois. J'ai déjà évoqué ici le site 360° dont on retrouve certaines photographies panoramiques dans Google Earth.

De nombreuses photos panoramiques d'Alexandre Duret-Lutz sont diffusées ici sur Flickr (sous Licence Creative Commons). On peut aussi les consulter sur un fond cartographique :


Vue ainsi, la Tour Eiffel apparaît comme un point de repère visible depuis la terre entière et pas seulement depuis Paris : une vision qui aurait probablement plu à Gustave Eiffel (source).

(Cliquer ici pour accéder à l'afficher en grande taille)

Les arènes de Lutèce apparaissent aussi rondes qu'elles le sont en réalité vues du ciel (source):

(Cliquer ici pour l'afficher en grande taille)
A comparer à cette vue dans Google Maps.

(Copyright Google Inc.)

La Géode de la Cité des Sciences devient encore plus sphérique qu'elle n'est (source) :

(Cliquer ici pour l'afficher en grande taille)
A comparer à cette vue dans Google Maps.

(Copyright Google Inc.)

L'une de mes photographies préférées est celle intitulée "World Bowl" réalisée à partir d'une prise de vue d'une piste de skate-board et/ou BMX située Porte d'Italie à Paris (source) :

(Cliquer ici pour l'afficher en grande taille)

Voilà le résultat (source)

(Cliquer ici pour l'afficher en grande taille)

Pour la production de panoramas, plusieurs techniques et plusieurs dimensions sont possibles. Pour Alexandre Duret-Lutz, les panoramas couvrent un hémisphère de 360° x 180°. Il donne toutes les explications ici, notamment les précisions sur le système de projection stéréographique conforme qu'il utilise. Mais il fournit aussi toutes les étapes à suivre pour parvenir à réaliser soi-même des photographies panoramiques. Avis aux amateurs.

A noter que l'exposition "La grande image panoramique de 1839 à nos jours" qui a eu lieu au Pavillon Populaire à Montpellier du 6 novembre 2008 au 25 janvier 2009 était l'une des premières expositions consacrées à la photographie panoramique, aussi appelée la grande photographie. Dans cette exposition, on pouvait apprendre notamment que ce type de photographie, longtemps peu montrée et peu étudiée, est apparue quasiment au tout début de la photographie.
"Inventé formellement en 1792 par le Britannique Barker, le terme panorama désigne de grandes fresques murales
connaissant un engouement toujours plus fort dans la première moitié du 19e siècle. En 1835, le peintre et décorateur de panoramas Louis Daguerre, met au point un des premiers procédés photographiques, le daguerrotype. Le lien très fort entre peinture et photographie prend tout son sens avec l’oeuvre de Frédéric von Martens, peintre et graveur, qui nous a laissé les premiers panoramiques photographiques de Paris datant de 1845"
.

(Daguerréotype de Frédéric Vincent von Martens : Vue panoramique des bords de la Seine prise du toit du salon carré du Louvre,1845)

A noter qu'Alexandre Duret-Lutz diffuse aussi sur Flickr d'autres de ses productions comme de très grands panoramas ou encore des photographies anaglyphes.

NB : Toutes les photographies d'Alexandre Duret-Lutz présentées ici sous diffusées sous licence Creative Commons (Attribution Share-alike ou Attribution Share-alike Non-Commercial usage).

vendredi 24 avril 2009

Inauguration de la Bibliothèque Numérique Mondiale

Le 21 avril dernier, l'UNESCO a officiellement inauguré à Paris la Bibliothèque Numérique Mondiale (BNM) ou World Digital Library (WDL), en présence du directeur général de l'organisation, Koichiro Matsuura et de James H. Billington, directeur de la Bibliothèque du Congrès américain, à l'origine du projet en 2005.

La BNM rejoint les deux grandes bibliothèques déjà disponibles sur Internet, Google Book Search et Europeana dont j'ai déjà parlé ici, qui permettent internautes de pouvoir consulter en ligne des millions de documents. On peut lire davantage d'informations sur ce projet soit ici ou sur la rubrique "A propos" du site de la BNM.
"Les principaux objectifs de la Bibliothèque numérique mondiale sont les suivants :
- Promouvoir l'entente internationale et interculturelle ;
- Développer le volume et la diversité des contenus culturels sur Internet ;
- Fournir des ressources pour les éducateurs, les chercheurs et le grand public ;
- Donner les moyens aux établissements partenaires de réduire les fractures numériques au sein des pays et entre pays."

La liste actuelle des contributeurs financiers du projet indique, pour autant qu'elle soit à jour, un savant mélange de fonds privés dont Google et Microsoft, et de fondations américaines et du moyen-orient.
"- Google, Inc., pour 3 millions de dollars destinés à l'élaboration initiale d'un plan et d'un prototype de la Bibliothèque numérique mondiale
- La Fondation du Qatar, pour 3 millions de dollars d'aide générale à la Bibliothèque numérique mondiale et d'aide au développement de la Bibliothèque centrale de la Fondation du Qatar en tant que point essentiel du réseau de la Bibliothèque numérique mondiale
- La Carnegie Corporation de New York, pour 2 millions de dollars destinés à la prise en compte des institutions culturelles de l'Afrique sub-saharienne et d'Eurasie dans la Bibliothèque numérique mondiale
- L'Université des sciences et technologies du roi Abdullah, Arabie saoudite, pour 1 million de dollars d'aide aux activités relatives à la diffusion, par le biais de la Bibliothèque numérique mondiale, des versions numériques des manuscrits et autres documents relatifs à la science dans les mondes arabe et islamique
- Microsoft, Inc., pour 1 million de dollars d'aide générale
- La Fondation Lawrence et Marie-Anne Tucker pour leur soutien dans la création d'un centre de conversion numérique à la Bibliothèque et aux Archives nationales irakiennes
- La Fondation pour la rencontre des nations qui a soutenu le développement des ressources du Moyen-Orient et leur intégration dans le contenu de la Bibliothèque numérique mondiale"

Je trouve l'interface d'entrée dans le site plutôt intéressante, puisqu'il s'agit d'une interface géo-historique. Les documents apparaissent sur un fond cartographique, permettant d'identifier les documents disponibles localisés par grandes zones géographiques. De plus, une réglette temporelle située en-dessous du fond cartographique permet d'afficher les documents par période historique.


Tel qu'il existe actuellement, le site propose une navigation par les rubriques suivantes :
- Par lieu

- Par période

- Par thème

- Par type d'élément

- Par institution


Une recherche par "Documents similaires" est proposée mais on ignore ce dont il s'agit exactement et comment cela fonctionne... par type d'élément ? par date période ? par auteur ? par institution ?...

Pour chaque document consulté, on dispose d'une fiche descriptive comportant les indications suivantes :
- Titre
- Description
- Cartographe
- Date de création
- Lieu de publication
- Langue
- Lieu
- Période
- Thème
- Type d'élément
- Description matérielle
- Institution
- Ressources externes

A ce jour, la rubrique Cartes comporte 306 documents, le site de la Division Géographie et Cartes de la Library of Congress en possède près de 5 millions, 72000 atlas, 6000 travaux de références, plus de 500 globes dont plusieurs milliers sont proposés ici en ligne.

Prenons l'exemple de la carte "Le royaume de France (Alexis-Hubert Jaillot et à Guillaume Sanson, 1724)" dont voici la fiche descriptive :


Les outils de zoom permettent de descendre à un niveau avancé de détail et de découvrir la qualité de la numérisation pour découvrir le banc de sable de l'île de Cordouan dont j'ai déjà parlé ici.


Apparemment ce projet paraît prometteur, encore faut-il qu'il s'enrichisse rapidement de nouveaux documents. Ainsi dans l'article paru sur le site du Nouvel Observateur, les quelques spécialistes interrogés restent prudents : "Visuellement c'est assez bien fait, mais dans le fond c'est un peu sommaire. On aurait pu imaginer un système de liens vers les sites Web de musées et de sites spécialisés qui auraient enrichi le contenu à moindre frais", a relativisé Georges-Jean Pinault, directeur d'études historiques à l'Ecole pratique des hautes études à Paris". "Pour l'instant, [renchérit Christine Bousquet-Labouerie, médiéviste à l'université François-Rabelais de Tours] l'idée est bonne mais c'est un peu décevant, j'ai du mal à croire que cela va attirer le grand public. Le site doit se développer sans tarder."
La BNM est officiellement destinée au grand public mais les ressources documentaires restent très spécialisées et présentent un intérêt variable selon la période ou la zone géographique. "Ce n'est qu'un début", se défend James Billington, de la Bibliothèque du Congrès, "nous allons enrichir l'offre grâce à de nouveaux partenariats avec des bibliothèques nationales du monde entier".
A ce jour, 32 bibliothèques et institutions d'une vingtaine de pays participent à la BNM. A terme, l'UNESCO souhaite que ses 193 Etats-membres y soient associés.
Parmi la liste des partenaires actuels de ce projet, on trouve la BnF. Mais celle-ci ne propose pour l'instant que huit documents.


Parmi ceux-ci se trouve "Le jeu de France", une carte originale de la France organisée sous la forme d'un jeu de l'oie, sur lequel on peut zoomer ici.


Gageons que ce projet de la BNM sache trouver sa place et sa complémentarité aux côtés des autres projets déjà lancés Europeana et GoogleSearchBooks, à moins que Google transfère GoogleSearchBooks au profit de la BNM... ou l'inverse.

jeudi 23 avril 2009

Un guide de lecture passionnant qui déchiffre des cartes anciennes du Val d'Oise mises en ligne

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer sur ce blog l'ouvrage publié sous la direction d'Isabelle Laboulais "Les usages des cartes (17ème-19ème siècle). Pour une approche pragmatique des productions cartographiques", paru en décembre 2008 aux Presses universitaires de Strasbourg et qui prolonge les travaux du projet de recherche HistCARTO dont j'ai déjà parlé ici .
Par ailleurs, j'ai également déjà présenté ici du projet ALPAGE (AnaLyse diachronique de l'espace urbain PArisien : approche GEomatique) qui vise à reconstituer et étudier l'évolution de l'espace parisien au cours du 19ème siècle, en faisant largement appels aux techniques de la géomatique. Ce projet s'appuie sur les collaboration de plusieurs laboratoires français de recherche parmi lesquels ArScan, à Nanterre (UMR 7041), rassemblant des géomaticiens compétents en SIG en archéologie, des archéologues et historiens d'art spécialistes de Paris.
Un chercheur de ce laboratoire, Laurent Costa, s'est récemment associé à Sandrine Robert, archéologue au Service Départemental d'Archéologie du Conseil Général du Val-d'Oise, maître de conférences associé à l'université Paris-I et chercheur associé à ArcScan, pour publier un "Guide de lecture des cartes anciennes" paru aux éditions Errance en février 2009.
Cet ouvrage, particulièrement bien conçu et illustré, présente des cartes et plans publiés par les principaux instituts cartographiques français depuis le XVIII ème siècle.

Pontoise et Saint-Ouen-l'Aumône en 1751 (Carte de Cassini, feuille 1, archives IGN)

L'ouvrage qui se veut didactique, accompagne le lecteurs dans la découverte, le déchiffrage, l'analyse et finalement la meilleure compréhension possible de l'origine des cartes et plans proposés, de leur conception et de leur valeur historique et cartographique. Des fiches signalétiques synthétiques et des tableaux d'assemblage sont également fournis pour la plupart des documents. Ce que je trouve particulièrement intéressant c'est que chacune des cartes est accompagnée d'un descriptif synthétique sur son historique et sa qualité. Enfin, une légende est produite pour chaque carte, en distinguant les différents milieux et leur symbolisation cartographique.
Cet ouvrage est aussi l'occasion de découvrir l'application Val d'Oise historique disponible sur le site du Conseil Général du Val d'Oise. A noter que cette application prend place sur le site du Conseil général dans une rubrique "Cartes dynamiques" qui comporte deux sites cartographiques.
Le premier site "Localiser un lieu de culture, une administration départementale" qui utilise des fonds communs Navteq-Cartosphere de 2005 et la BD ORTHO ® de l'IGN de 2003, est en fait un site cartographique très classique et qui, du fait de sa lenteur et de sa pauvreté graphique, ne donne que très peu envie de s'y attarder…
L'autre site intitulé "Val d’Oise Historique : découvrez le Val d’Oise dans le temps", a beaucoup plus d'intérêt. Malheureusement, il emprunte à la technologie et au graphisme du site précédent. Dommage car ses faiblesses en terme d'ergonomie, de fluidité, de confort fonctionnel et de vitesse d'affichage lui auraient permis de mieux valoriser les fonds cartographiques anciens mis en ligne. Il aurait aussi permis de compléter utilement l'ouvrage présenté dans ce billet et de le rendre encore plus pédagogique et surtout dynamique.
Créée à partir de la cartothèque informatisée du Service Départemental d’Archéologie du Département, cette application illustre l'évolution du territoire depuis trois siècles. Il suffit de rentrer une adresse pour repérer les transformations intervenues au cours du temps dans un village ou une propriété. Il est en effet possible de visualiser un point précis, grâce à l'association d'un module de géolocalisation et de cartes allant du XVIIIe au XXe siècle ou de photographies aériennes prises entre 1999 et 2003, provenant de l’IGN ou des archives départementales.
Cette application "géohistorique" est une autre façon de valoriser le patrimoine cartographique du service départemental d’archéologie du Val d’Oise qui, depuis une vingtaine d’années, a constitué une cartothèque illustrant l'évolution historique du territoire. A ce jour, quelques 5000 documents ont ainsi été recensés et reproduits. Ces fonds sont progressivement numérisés, géoréférencés et versés dans le SIG départemental. Ils sont consultés pour l'inventaire des sites, l'instruction de projets d'aménagement et la conduite d'opérations archéologiques. Parmi les cartes disponibles, certaines sont des copies de documents originaux conservés à l'IGN, aux archives départementales du Val d'Oise, aux Archives nationales, à la Bibliothèque nationale de France, au Service Historique de la Défense (SHD) et aux archives du Musée Condé à Chantilly.
Cette application présente une interface géochronologique intéressante qui constitue l'un de ses intérêts majeurs. Ainsi il est possible dans le bloc de légende de choisir la carte ancienne souhaitée parmi toutes celles disponibles qui ont été regroupées par grandes périodes historiques. Le choix s'effectue à l'aide d'une réglette temporelle depuis la carte de Cassini au 1/86 400 qui date de 1750-1757 jusqu'à l'à l'orthophoto de l'IGN de 2003, en passant par différentes cartes d'Etat-Major et la carte IGN au 1/25 000.


De plus, il est possible grâce à la fonctionnalité "Localiser" du menu, de se positionner automatiquement sur une adresse postale ou une commune comme dans cet exemple où la carte d'Etat-Major au 1/80 000 est centrée et zoomée sur la commune de Pontoise dont les contours apparaissent surlignés en jaune.

Carte d'Etat-Major au 1/80 000 centrée sur Pontoise (1835 © Cartothèque IGN - CG95/DAC/SDAVO)

La réglette de changement d'échelle située en haut du menu et les autres outils de navigation cartographique sont classiques mais il en manque un qui aurait été utile, une réglette de gestion de la transparence qui aurait permis d'afficher deux cartes à la fois en pouvant visualiser les changements temporels d'occupation de l'espace et de leurs cartographies successives, comme dans le site Geogarage intégrant la Carte de Cassini sur un fond GoogleMaps déjà évoqué ici.

Néanmoins, en restant centré sur une même zone, on peut voir avec beaucoup d'intérêt les différentes représentations d'un même territoire comme dans ces deux exemples ci-dessous, toujours pris sur la commune de Pontoise.

Carte de la minute d'Etat-Major au 1/40 000 centrée sur Pontoise (même niveau de zoom que la précédente) (1835 © Cartothèque IGN - CG95/DAC/SDAVO)

Carte de la minute d'Etat-Major au 1/10 000 centrée sur Pontoise (même niveau de zoom que la précédente) (1824 © Cartothèque IGN - CG95/DAC/SDAVO)

La fonctionnalité "Ajustement à l'échelle de la carte d'origine" qu'on peut choisir en cochant la case prévue à cet effet, propose d'ajuster l'affichage de la carte souhaitée à une échelle correspondant à son échelle d'origine. Ainsi à l'écran, 1 cm correspondra bien à une distance de 100 m sur le terrain comme le montre l'exemple ci-dessous.

Carte de la minute d'Etat-Major au 1/10 000 centrée sur Pontoise affichée avec la fonctionnalité d'ajustement à l'échelle de la carte d'origine (1824 © Cartothèque IGN - CG95/DAC/SDAVO)

A noter au passage qu'une infobulle liée au déplacement du curseur permet d'afficher le nom de la commune au fur et à mesure du déplacement de la souris à l'écran, ce qui permet de garder un repérage par rapport aux limites et dénominations actuelles des communes.

Malgré les quelques critiques qu'on peut faire à ce site, celui-ci a déjà le mérite d'exister. Peut-être qu'il est en cours d'évolution et qu'une prochaine version, plus performante en termes d'affichage et plus conviviale en termes de navigation, verra prochainement le jour. Gageons que ses promoteurs mais aussi ses usagers, par leurs remarques, puissent le faire évoluer prochainement pour lui permettre de devenir encore plus passionnant.

A noter que les deux auteurs de l'ouvrage ont préalablement participé aux travaux du Groupe de Recherches du CNRS "Traité de l'ESpace des Sociétés Rurales Anciennes" (GDR 2137, TESORA). Ce groupe, dont l'existence institutionnelle a pris fin en 2007 après 8 années d'existence, a conçu et formalisé une discipline nouvelle nommée archéogéographie et rédigé le "Traité d'archéogéographie" paru en juin 2008. L'archéogéographie est enseignée aujourd'hui à l'Université de Paris-I Sorbonne dans le cadre d'un Master "Archéologie et environnement", où intervient notamment Sandrine Robert. Le site consacré à l'archéogéographie propose une cartothèque intéressante et riche.

Grâce à de tels travaux, publications et sites internet qui méritent d'être connus, reconnus et soutenus, la cartographie ancienne française a trouvé de superbes moyens d'être mieux diffusée et mieux commentée pour trouver une nouvelle utilité. Espérons que chercheurs, professeurs, élèves, étudiants et amateurs y trouvent de quoi satisfaire leurs soifs de connaissances et puissent ainsi mieux comprendre non seulement les regards que les cartographes d'antan ont porté sur ces territoires mais aussi les choix qui les ont conduit à porter ces regards.

mercredi 22 avril 2009

Jour de la Terre : des paroles aux cartes

En ce Jour de la Terre 2009, fêté par Google sur sa page d'accueil, nombreuses sont les manifestations organisées par le réseau Earth Day Network pour sensibiliser les générations actuelles aux problèmes du développement durable de notre planète.
Earth Day est d'abord un réseau, qui regroupe 17 000 partenaires et organisations dans 174 pays. Ce réseau s'appuie sur l'idée que toute personne dispose d'un droit moral à un environnement sain et durable (c'est-à-dire...?). Fort de ce principe, l'objectif est de permettre à de plus en plus de personnes dans le monde d'accéder à un "tel environnement" grâce à "une combinaison de campagnes d'éducation, de politiques publiques et d'activisme de consommateurs". Le principe qui sous-tend ces actions est que "seule une population éduquée est capable d'engager des actions efficaces pour rendre le futur plus sain pour lui-même et ses enfants".
Les Américains sont très friands de ce genre d'initiative dont la première édition remonte à 1970. Tout comme ils sont capables de produire des films de renommée mondiale à visée prétendument pédagogique et citoyenne comme celui d'Al Gore ou encore celui produit par Leonardo Di Caprio.
Pourtant, à ce jour, les Etats-Unis n'ont toujours pas ratifié le Protocole de Kyoto qui date de 1997. La nouvelle administration américaine y sera-t-elle plus favorable ? La France, qui a ratifié ce protocole, a inscrit dans le préambule de sa Constitution depuis mars 2005 une référence aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004.

Si vous vous intéressez au thème de l'environnement et du développement durable, je vous invite (et pas seulement aujourd'hui) à (re)lire les différents numéros de l'excellente collection Atlas des Editions Autrement consacrés à ces thèmes :
- Atlas du développement durable
- Atlas du réchauffement climatique
- Atlas du changement climatique
- Atlas mondial de l'eau (déjà cité ici)
- Atlas des espèces en danger
- Atlas de l'océan mondial
- Atlas des forêts dans le monde

Par ailleurs, l'"Atlas de l'environnement" coordonné par Philippe Rekacewicz, Dominique Vidal, Philippe Bovet, et Agnès Sinaï et réédité en mars 2088 par Le Monde Diplomatique, propose 150 cartes particulièrement édifiantes illustrant les deux parties de cet ouvrage "Ce qui menace la planète..." et "...et ce qui peut la sauver".
L'édito, signé Ignacio Ramonet, est disponible ici et la grille de lecture ici. Les cartes sont accompagnées de graphiques, le tout avec la qualité de conception et de réalisation des publications du Monde Diplomatique.

(Copyright Monde Diplomatique)

En revanche, je vous déconseille de consulter le site intitulé "Un atlas de l'environnement" car celui-ci ne comporte .... aucune carte (ou presque). Eh oui il fallait oser.

Depuis une dizaine d'années, un célèbre éditeur américain de logiciels SIG a lancé un Jour des SIG (GIS Day) qui a lieu chaque année au mois de novembre. En 2009, ce sera le 18 novembre.


Apparemment il n'existe pas (encore ?) de Jour des Cartes ou Jour de la Cartographie, mais peut-être que cela ne saurait tarder...si Google y trouve un intérêt...

mardi 21 avril 2009

Vidal de La Blache : passez au tableau !

Peut-être vous souvenez-vous d'une carte murale scolaire de géographie signée Vidal de La Blache (parfois orthographié Vidal-Lablache) accrochée aux murs de votre salle de classe à l'école primaire ou au collège.
Dans l'histoire de la géographie moderne française, Paul Vidal de La Blache (1845-1918), est considéré comme l'un des pères fondateurs. Dans son oeuvre, il est deux ouvrages majeurs connus de la plupart des géographes, de formation ou de coeur : son Atlas général et son Tableau géographique de la France.
La première édition de l'Atlas général date de 1894. J'ai la chance d'en posséder chez moi un exemplaire daté de 1895.
Cet Atlas est disponible sur Internet ici sur un site baptisé Imago Mundi, qui comprend une encyclopédie, des dictionnaires, des atlas, etc. Cette édition numérique en ligne propose la reproduction de la nouvelle édition (sans date) qui reprend nombre des cartes et des textes de présentation (signés des initiales de Vidal-Lablache ou de ses collaborateurs) de l'édition initiale de 1894.
La table des matières se décompose en deux grandes parties : cartes historiques et cartes géographiques.


L'affichage et les fonctions de zoom sur certaines des cartes utilise les applications Worldkit et Zoomify qui ne nécessitent sur votre ordinateur que le plugin Flash Player (version 8 minimum).
La qualité graphique et cartographique sont indéniables quelque soit l'échelle.


Les cartes s'accompagnent parfois de schéma, coupes, profils.


Les cartes par grandes régions du monde ont été mises à jour par rapport à l'édition initiale de 1894 puisque le tracé des frontières y correspond à ce qu'il était vers 1910.


La date de 1910 est aussi la dernière que l'on trouve dans le texte (annexion de la Corée par le Japon), mais on n'y trouve aucune allusion aux Guerres balkaniques, commencées en mai 1912.


L'empire colonial français (politique et économique) vit alors ses moments d'expansion maximum en ce début de XXème siècle. Du coup il est tentant de représenter sur une même carte mondiale la présence des colonies françaises et des zones de francophonie, en mélangeant ainsi colonies effectives de l'époque et héritages de colonies anciennes (Canada, Louisiane, etc.). Les tracés des communications télégraphiques entre la France et ses colonies apparaît même, démontrant avant l'heure toute l'importance d'une géographie des télécommunications.


L'autre oeuvre majeure de Vidal de La Blache, son Tableau géographique de la France, date de 1903. Il constitue le volume liminaire de la célèbre Histoire de France, d'Ernest Lavisse, en vingt-huit volumes. L'auteur tente d'expliquer la façon dont "fut réalisée et maintenue l'harmonie entre un territoire diversifié et les aventures d'une nation aux sources multiples. Paul Vidal de La Blache y invoque la géographie dans ses responsabilités et son intégration au sein de l'histoire."
Cet ouvrage est disponible sur le site Gallica de la BnF en deux grandes parties :
- p. 3–183
- p. 184–386
Dans cet article publié sur le site Cybergeo, Didier Mendibil, maître de conférences à l’IUFM de Créteil et membre
de l’équipe Épistémologie et Histoire de la Géographie (UMR 8504), propose un diaporama interactif intéressant au format .PPS (Dommage que l'accès aux commentaires audio ne fonctionne pas).
"Ce montage audiovisuel est un essai de reconstitution d’une projection de plaques photographiques que Paul Vidal de la Blache a réalisée le 30 mai 1904, lors du 23è Congrès de la Société d’Économie Sociale.
Le texte de sa conférence ayant été publié, en septembre 1904, on y retrouve l’ordre de projection et l’analyse de ces photographies que l’agronome H. Hitier avait fournies à Vidal de la Blache.
Il a été possible de reconstituer presque complètement la projection initiale car Vidal de la Blache a réutilisé presque toutes ces vues pour illustrer, quatre ans plus tard, une réédition de son Tableau géographique de la France.
L’intérêt de cette reconstitution, c’est d’abord de retrouver, par ce procédé, le regard que portait sur les vues de paysages ce grand géographe. Il fut en effet le premier à traiter le paysage avec autant d’attention et dans un souci scientifique tout à fait fondateur de la géographie universitaire.
C’est également l’occasion de réfléchir au rapport que les géographes entretiennent avec les images du monde, et tout particulièrement avec les paysages de la France, pour se demander de quelle manière ce rapport a évolué depuis le début du XXè siècle."

En regardant cette présentation on se plaît à s'imaginer à assister, voilà un siècle, à cette conférence de Vidal de La Blache.
La géographie ça sert aussi à remonter le temps...

lundi 20 avril 2009

6 mois pour ce blog ou "Comment je suis devenu blogueur"

20 octobre 2008-20 avril 2009 : cela fait exactement 6 mois que j'ai commencé à tenir ce blog et à l'alimenter quotidiennement. Que voulais-je faire avec ce blog ? Que voulais-je faire de ce blog ? Autrement dit (en reprenant le titre d'une collection des Editions Le Cavalier Bleu) je suis tenté de me poser la question ainsi "Comment je suis devenu blogueur".
Mais est-ce bien à moi de répondre à cette question ? Et suis-je capable d'y répondre seul ? Je constate qu'il faut parfois l'aide d'un tiers pour parvenir à s'exprimer et à s'expliquer sur les raisons et motivations de ses choix surtout quand ceux-ci concernent un exercice qui, dans le cas de ce blog, touche à des domaines d'intérêt personnel, voire à une forme d'attachement très fort, pour ne pas dire à une passion.
La blogosphère, dont on devient un membre inconnu parmi des millions d'autres, demeure pour moi un espace dont la cartographie est insaisissable malgré les tentatives dans ce domaine.

(Copyright Technorati Authority)

Mon expérience avec ce blog personnel, je la compare à un voyage sur un océan improbable où je navigue sans boussole et sans connaître le cap souhaité ni le nom du port de destination (un comble pour un blog consacré à la cartographie!) et surtout sans savoir si les messages radio que j'émets tous les jours sont parfois captés au loin. Et de quel océan s'agit-il exactement ? De celui de la blogosphère géomatique ? De la blogosphère géographique ? De la blogosphère cartographique ? Finalement je préfère ne pas choisir : je crains toujours les catégories : elles sont comme des prisons, elles enferment et excluent. Ce qui est sûr c'est que la blogosphère, comme tout océan, fascine et en même temps fait peur, mais elle a aussi son lot de disparus, corps et âmes.
Nicolas Bouvier a écrit dans "L'usage du monde" de tout voyage réel (ou imaginaire), "On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait ". Cette phrase, sorte de conclusion ultime possible de tout voyage, réel, imaginaire, physique, spirituel, individuel, collectif, me revient souvent quand je pense au début de mon voyage "blogosphérique".
Pourquoi avoir décidé d'utiliser un pseudo comme titre du blog (et le portrait d'un fameux cartographe) au lieu d'utiliser ma véritable identité ? Pudeur (vraie ou fausse) ou culte de l'anonymat (au moins en partie) dans cet espace qu'est l'Internet pour éviter les mauvais rencontres ou la mauvaise image ? Je ne suis pas certain de pouvoir répondre seul à ces questions qui finalement ne regardent peut-être que moi ? Après tout, il paraît que les blogs sont d'abord des sortes de journaux personnels. Mais le fait que, contrairement à leurs ainés en format papier, ils soient faits pour être lus par d'autres que soi-même n'oblige pas pour autant à tout dire de soi ni à se dévoiler directement. L'Internet à cet intérêt de permettre d'avancer masqué (mais avancer vers quoi ?), pour le meilleur parfois (je ne parle pas de moi), souvent pour le pire... J'espère seulement que ce blog suscite, parfois, un peu d'intérêt chez ses lecteurs, réguliers ou passagers occasionnels de ce voyage au long cours dont j'ignore où il me conduira et quand il s'achèvera.

Puisque ce billet concerne des interrogations personnelles, j'en profite pour reprendre à mon compte une autre interrogation qui souvent m'est venue à l'esprit ou a pu m'être adressée par d'autres. Il s'agit d'un autre des titres de la collection déjà citée des Editions du Cavalier Bleu "Comment je suis devenu géographe" dont vous pourrez trouver ici une critique.
Il paraît que géographe est le plus vieux métier du monde.
Pour ma part je ne sais toujours pas s'il s'agit d'un métier ou d'un domaine de réflexion, plus ou moins spécifique, d'une façon d'être au monde, d'une manière de penser, de se mouvoir dans l'espace ou plutôt dans les espaces. Il suffit de regarder autour de soi pour constater que de nombreux géographes de formation ne le sont pas restés dans leur pratique professionnelle ni même parfois dans leur façon de penser. Faut-il forcément s'en lamenter ? A l'inverse, des non-géographes d'origine, ont une âme de géographe comme on parle d'une âme de poète. Comment ne pas penser à Georges Pérec et son "Espèces d'espaces". Ce sont des géographes de coeur comme on le dit d'une région à laquelle on se sent attaché sans savoir pourquoi, une région qu'on a du mal à quitter et où l'on aime à se reposer.

Pour revenir à "Comment je suis devenu géographe", sorte d'ouvrage d'introspection consacré à quelques géographes (qui m'a fait penser à ces "Essais d'égo-histoire" paru en 1987 chez Gallimard sous la direction de Pierre Nora), j'avoue que celui-ci m'a un peu laissé sur ma fin.
J'ai apprécié la préface de Christian Pierret (député-maire de Saint-Dié qui a créé le FIG en 1990). Cette préface ainsi que l'article consacré à Roger Brunet sont disponibles ici.
Dommage de constater que la liste des géographes interrogés ne comporte que des enseignants-chercheurs (même si certains ont eu des fonctions extra-enseignantes) ! Aucun représentant des autres milieux professionnels : une vision particulièrement restrictive de la géographie et de ses débouchés. Et la géographie s'étonne d'être en crise !!!
12 géographes ont donc été interrogés par Sylvain Allemand qui leur a par ailleurs demandé à chacun de présenter une oeuvre artistique (musicale, picturale, cinématographique, littéraire ou autre) qui fait sens, selon lui, du point de vue géographique. C'est peut-être cet aspect qui m'a le plus intéressé.
On peut trouver ci-dessous une interview de Sylvain Allemand qui donne quelques éclairages sur l'ouvrage :


Dans la lignée de ce billet bien songeur, je vous invite à lire cet autre livre écrit en 2005 par Sylvain Allemand, René-Éric Dagorn et Olivier Vilaça "La géographie contemporaine" et paru aux Editions Le Cavalier Bleu. On y trouve notamment commenté un sondage SOFRES réalisé pour l'IGN en 2005 sur le thème "Les Français et la géographie" dont quelques éléments sont disponibles ici sur le site de l'IGN (dommage que l'accès aux résultats complets de ce sondage ne fonctionne plus...) ou encore en page 3 de ce bulletin de l'IGN.
On y apprend ainsi que "Les Français ne sont pas aussi mauvais en géographie qu'on a parfois tendance à le dire". Mais de quelle géographie parle-t-on ?
On peut aussi lire avec intérêt ici la préface de cet ouvrage qui se termine ainsi :
"Il est donc utile de se rappeler que la carte n’est pas une reproduction exacte et fidèle de la réalité. Bien au contraire, elle est toujours une construction intellectuelle qui déforme forcément la réalité. En ce sens, elle nous apprend autant sur nos représentations de l'espace que sur l'espace lui-même. C'est tout le sens de la mise en garde du chercheur Alfred Korzybski (1879-1950) quand il dit qu'"une carte n'est pas le territoire". Les limites auxquelles sont confrontés cartographes et géographes aujourd'hui ne seraient donc pas techniques, mais plutôt liées à leur capacité de comprendre et de conceptualiser le monde contemporain." Une carte n'est pas le territoire ? Tiens on dirait le titre d'un célèbre tableau de René Magritte à propos d'une pipe, qui fait partie de la série "La trahison des images".

Un très prometteur "Comment je suis devenu géomaticien" est en train d'être publié par les Editions du Cavalier Bleu. J'en parlerai ici dès que je l'aurai lu. En attendant on peut en lire ici la préface par Denise Pumain, Professeur des universités, de l'Institut Universitaire de France.

Enfin, au cas où les Editions du Cavalier Bleu envisagent de publier un "Comment je suis devenu chômeur", je pourrais leur donner des idées de personnes à interviewer...

dimanche 19 avril 2009

Le projet HistMap : une mine de cartes géologiques historiques

Probablement connaissez-vous déjà le site cartographique InfoTerre TM du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM). Ce site est particulièrement bien conçu et facile d'utilisation et permet de disposer en ligne d'une très grande quantité d'informations et de cartes numérisées produites par le BRGM sur plusieurs disciplines scientifiques concernant la terre : géologie, géophysique, eaux souterraines, risques naturels et industriels, etc. A noter qu'InfoTerreTM utilise exclusivement les standards de l’interopérabilité internationale édités par l’Open Geospatial Consortium (OGC) et qu'il est cohérent avec les prochaines obligations techniques de la Directive européenne INSPIRE.
A titre d'exemple, voici un extrait de la carte géologique au 1/50 000 sur le secteur de Clermont-Ferrand affichée à un niveau de zoom approximativement du 1/50 000...

(Copyright BRGM, INFOTERRE TM)
... et voici dans la même région la carte géologique au 1/1 000 000 affichée à un niveau de zoom approximativement du 1/500 000

(Copyright BRGM, INFOTERRE TM)

Mais bien avant le BRGM et ses cartographes, d'autres travaux de relevés cartographiques géologiques avaient été produits en France.
On peut en découvrir certains sur le site du projet HistMap qui est un réseau européen pour l'histoire des cartes géologiques. Ce projet, qui s'inscrit dans le cadre du portail Hist-Sciences-Tech, est le fruit d'une collaboration franco-italienne entre le CRHST, l'APAT, l'ACS, l'Université de Paris 1 Sorbonne et e-Geo, un moteur de recherche en ligne de cartes géologiques et géothématiques italiennes.
Pour l'Italie, il est possible d'accéder à plusieurs types de documents historiques sur la géologie de la péninsule : les Archives et le Bulletin du Servizio Geologico à Rome, les documents de l'Archivio Centrale dello Stato à Rome et plusieurs correspondances entre des scientifiques italiens du XIXème siècle.
Pour la France, parmi les documents mis en ligne, on trouve divers projets cartographiques autour de la géographie physique et de la cartographie géologique en France parmi lesquelles :
- les cartes géologiques départementales de la France co-réalisé avec la collaboration de l'Ecole des Mines de Paris et le CNRS
- les cartes de géographie de Charles-Etienne Coquebert de Montbret (1780-1830)

Pour Pierre Savaton responsable de ce projet, "les cartes géologiques départementales constituent la première description cartographique détaillée du sous-sol de la France. Levées et publiées à partir de 1825, elles cèdent la place dès 1868 à la couverture détaillée à 1/80 000. La numérisation de ces cartes et notices permet aux historiens de la géologie d'accéder à des documents peu connus et pourtant riche d'informations sur l'évolution des idées dans cette période charnière. L'étude des contextes qui ont conduit aux levés de ces cartes, l'histoire des hommes qui les ont produites devrait également nous éclairer sur l'histoire de la cartographie géologique française entre science et technique".
L'accès aux cartes s'effectue soit par une interface cartographique soit par la liste nominative des départements français et numéro des planches (année et n° d'ordre) qui sont disponibles en couleurs :

Voici un exemple de ces cartes sur le secteur de Clermont-Ferrand, le même que celui montré ci-dessus pour les cartes géologiques actuelle du BRGM sur le site InfoTerre TM.


Pour en savoir plus sur ces cartes, on peut lire avec intérêt l'article suivant :
Savaton Pierre, 2004, "Les cartes avant la carte. Les cartes géologiques départementales : la première cartographie détaillée de la France", Travaux du COFRHIGEO, 3e série, T. XVII (2003), 53-74.

Pour les cartes de géographie de Charles-Etienne Coquebert de Montbret, ce projet, conduit sous la responsabilité d'Isabelle Laboulais dont j'ai déjà parlé ici des travaux sur le projet HistCarto, propose de consulter les notices et les planches cartographiques (en noir et blanc) elles-même depuis cette interface de recherche (cliquer sur cartes).
Grâce à cette interface de recherche simple ou avancée, on peut trouver la notice puis toutes les cartes correspondant à la zone de recherche souhaitée (ex. Auvergne) :

Puis il suffit de cliquer sur l'une des planches cartographiques proposées :

Au-delà de son intérêt historique, ce projet a le mérite de permettre d'observer l'évolution des modes de représentation cartographique des formes du relief et du sous-sol depuis le XIXème siècle et de les comparer aux modes actuels de représentation.

samedi 18 avril 2009

Le séisme d'Aquila vu sous toutes les coutures géolocalisées

J'ai déjà évoqué ici le séisme d'Aquila en Italie et les cartes qu'on a pu trouver très rapidement après l'événement.
Ces jours-ci de nouvelles images géonumériques ont été rendues disponibles comme l'indique ici Baliz-Media. Reprenant l'information publiée ici sur le site Geo-Trotter.com, on y apprend que Google a mis à disposition une image du nouveau satellite GeoEye1 prise à peine deux jours après la catastrophe et visible ici sur Google Earth.
En outre, Geo-Trotter propose une vue comparée entre avant et après le séisme à partir de vues de Google Street View et de photos de plusieurs bâtiments et rues particulièrement dévastés. Impressionnant !
Enfin, Google Italie a mis en place une page dédiée au drame. On y trouve notamment un lien vers le site du Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia (INGV) dont ce site propose une carte sur GoogleMaps représentant toutes les secousses relevées par les capteurs sismiques par niveau de magnitude :

(Copyright INGV)

Sur le site de l'Istituto per il Rilevamento Elettromagnetico dell'Ambiente (IREA-CNR), on peut trouver une carte par interférométrie radar particulièrement parlante. La technique de l'interférométrie permet de faire ressortir les modifications de la topographie suite au séisme par rapport à un relevé des mêmes zones avant le séisme. Chaque frange indique une modification de 2,8 cm environ.

(Copyright IREA-CNR)

En outre, ce site propose ici un site cartographique présentant les vitesses moyennes de déformation (en cm/an) sur plusieurs lieux sous haute surveillance dans le monde dont la région de Naples ci-dessous considérée comme un des plus dangereuses pour les populations en cas de réveil du volcan le Vésuve.


Mais même si la terre est sous haute surveillance, les scientifiques ne sont pas encore capables dans tous les cas de prévoir les séismes à venir, comme le prouve une fois de plus celui qui a eu lieu hier en Afghanistan, un pays déjà meurtri par une guerre qui paraît sans fin.

vendredi 17 avril 2009

Vers une géolittérature et des géoarchives en ligne

Depuis quelques temps, la littérature et les archives textuelles font l'objet de plusieurs travaux de recherche et développement, dont certains sont assez prometteurs pour les transformer en documents numériques géolocalisés et parfois consultables en ligne.
Le projet http://gutenkarte.org/ de MetaCarta Labs consiste en un navigateur dans des textes permettant aux lecteurs d'exploiter les composantes spatiales d'oeuvres classiques de la littérature. Gutenkarte télécharge des textes tombés dans le domaine public depuis le site du projet Gutenberg, puis en effectue le traitement à partir d'une API de MetaCarta qui extrait et renvoie tous les toponymes géographiques trouvés. Gutenkarte enregistre ensuite ces toponymes dans une base de données et les associe à leur occurence dans le texte et offre une interface où le livre peut être parcouru chapiter après chapitre, toponyme par toponyme ou tout ensemble sur une carte interactive. Enfin, Gutenkarte devrait proposer prochainement la possibilité d'annoter et de corriger les toponymes dans la base de données, de façon à ce que la communauté puisse construire et partager des vues géographiques riches à partir des volumes considérables de textes de la littérature classique du Projet Gutenbergs. Sur le plan technique, Gutenkarte s'appuie sur plusieurs logiciels libres et Open Source (PostGIS, MapServer, GDAL/OGR, et Python). On peut trouver ici le support de la présentation de ce projet qui a été faite lors du FOSS4G 2006 par Schuyler Erle et Christopher Schmidt.
La liste des textes pour lesquels Gutenkarte a été mis en oeuvre est disponible en page d'accueil du projet.
L'exemple ci-dessous est extrait du résultat obtenu par Gutenkarte à partir du livre (en anglais) de Jules Verne "Tour du monde en 80 jours" que j'ai déjà cité ici.

(Copyright MetaCarta Inc.)

Au fur et à mesure qu'on fait défiler les chapitres, l'espace réservé à l'affichage d'un fond de carte utilisant OpenLayers, se déplace et le curseur indique le lieu ou les lieux indiqués dans le texte sur la page affichée.

(Copyright MetaCarta Inc.)

Un projet similaire a été réalisé par trois autrichiens à partir de la nouvelle "Senghor on the Rocks", première nouvelle disponible en ligne entièrement géolocalisée sur les fonds cartographiques de GoogleMaps (image satellitaire). Ce projet s'adresse à une audience intéressée par cette "lecture ludique" d'une littérature en ligne. Le projet se présente sous la forme d'une double page, constituée d'une page de texte et d'une fenêtre cartographique qui exploite les fonds de Google Maps.


Comme pour le projet Gutenkarte, il suffit de faire défiler les chapitres pour que les lieux où se déroulent la scène à lire dans la partie texte déclenche un centrage et un zoom adaptés dans la fenêtre cartographique.


A noter que le texte et l'adaptation en ligne de la nouvelle sont publiés sous la licence Creative-Commons (BY-NC-ND 2.0 Autriche).
Pour en savoir plus sur cette initiative on peut lire le résumé de la présentation qui en a été faite lors de la Conférence Electronic Literature in Europe qui a eu lieu à Bergen en Norvège du 11 au 13 septembre 2008.

Des travaux de recherche et développement en partie comparables sont conduits depuis plusieurs années par l'équipe "Document électronique, sémantique et interaction" du Laboratoire d'Informatique de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour de l'Université de Pau (LIUPPA). Sous la responsabilité de Christian Sallaberry et Mauro Gaio, cette équipe travaille sur des méthodes et des techniques en modélisation et traitements des contenus (représentation sémantique de l’information, extraction et recherche d’information) ainsi qu’en interaction et en éducation.
On pourra en particulier découvrir ici une description de l'action de recherche consacrée à la modélisation et au développement de techniques et d’outils d’extraction et de recherche d’informations spatiales et temporelles dans des documents. L'un des projets applicatifs issus de ces travaux de recherche est le projet PIV (Pyrénées Itinéraires Virtuels) dont on peut trouver ici plusieurs vidéos présentant ces travaux.
Ce projet a consisté à trouver et à exploiter des toponymes trouvés dans des textes d'archives concernant les Pyrénées, le Pays Basque, le Béarn, fournis par la MIDR de Pau et le Musée de Bayonne qui procèdent à la numérisation et à l’OCRisation (reconnaissance de caractères) de parties importantes de leurs fonds. Parmi les nombreuses publications scientifiques sur le projet PIV, on peut consulter ici l'une des plus récentes (en anglais).
Sur le blog de Pierre Loustau, qui a travaillé sur le projet PIV, on peut accéder à un prototype du projet PIIR (Prototype d'Interprétation d'Itinéraires dans des Récits de voyage) qui fait partie des travaux de la thèse qu'il a soutenue en novembre 2008. Ce travail lui a permis d'"expérimenter des chaînes de traitement linguistico-spatiales permettant d'automatiquement interpréter un itinéraire relaté dans un récit de voyage". Sur son site, sont proposés deux textes en guise de tests (mais on peut aussi saisir son propre texte incluant des toponymes) dont un extrait du journal de J.-D. Forbes.


La recherche des toponymes parmi ceux identifiés dans le texte soumis, s'effectue en allant chercher les toponymes souhaités parmi ceux disponibles dans la base de données et le service web Geonames qui, en retour, fournit la liste des toponymes trouvés et leurs coordonnées géographiques.


Les résultats pour chacun des toponymes trouvés et géolocalisés, peuvent alors donner lieu à un affichage cartographique sur YahooMaps.


Enfin, parmi les autres travaux de recherche en cours, on peut citer ceux conduits par les Centres nationaux de ressources numériques du CNRS parmi lesquels le M2ISA (Méthodologies pour la Modélisation de l’Information Spatiale Appliquée aux SHS) ou encore le CN2SV (Centre National pour la numérisation de Sources Visuelles) qui contribuent à l'émergence de ce qui a été baptisé les "digital humanities" (humanités numériques).

Au-delà de l'intérêt et de la prouesse technique que peuvent représenter ces projets et d'autres à venir, il n'en reste pas moins que la lecture est d'abord une affaire de plaisirs, plaisir de lire, d'imaginer mais aussi plaisir de pouvoir toucher le support, encore papier le plus souvent. Les déboires du livre électronique et la relative faiblesse de son succès, jusqu'à maintenant, qu'on pouvait encore constater au dernier Salon du Livre à Paris, montrent qu'il y a encore du chemin à parcourir pour que tous les lecteurs passent du papier à l'écran. Faut-il vraiment s'en lamenter...?

jeudi 16 avril 2009

Une "géovisiodistinction" des affrontements antin-OTAN à Strasbourg

J'ai déjà évoqué ici les événements qui ont eu lieu à Strasbourg début avril lors du sommet de l'OTAN. Ces événements, largement montrés et commentés dans les medias, font aussi l'objet d'une très large couverture sur les sites de ressources video comme Youtube. Il s'agit souvent de videos prises par des amateurs, manifestants ou habitants des quartiers concernés ou parfois de certains journalistes et agences de presse. Une polémique a été engagée concernant l'Hôtel Ibis qui a brûlé à l'angle de la rue Coulaux ou encore l'ancien poste de douane situé au début du Pont de l'Europe. Il semblerait que ce soit l'effet de ce qu'on appelle un "dérapage contrôlé" (mais de la part de qui au fait ?).


J'ai tenté de localiser sur Google Maps quelques unes des videos disponibles sur Youtube, lorsqu'il m'était possible de reconnaître les lieux précis. J'ai essayé de ne localiser que les videos prises depuis un même endroit mais dans certains cas il y a des changements mineurs des lieux de prises de vues.

Afficher Evénements Strasbourg OTAN sur une carte plus grande

Ce petit essai de "géovisiodistinction" permet surtout de localiser nettement en deux endroits différents le regroupement du Nouveau Parti AntiCapitaliste, Olivier Besancenot en tête, qui a eu lieu entre la rue du Port du Rhin et le Pont d'Anvers ou Grand Pont, et le lieu où l'Hôtel Ibis a été brûlé et l'Office de Tourisme a été saccagé par des "blacks-blocks" qui se trouvent, eux, entre l'avenue du Pont de l'Europe et le Jardin des Deux Rives, soit à plus de 1 km l'un de l'autre.
Ce genre de géodistinction n'est parfois pas inutile car, que ce soit pour les medias ou les responsables politiques, il est parfois facile et bien pratique de faire des amalgames sans distinguer géographiquement qui a fait quoi lors d'émeutes comme celles de Strasbourg.
Rappelons que les parcours des manifestations, avant même les émeutes, faisaient l'objet de désaccords comme le montre cette carte des parcours prévus par la Préfecture de Police et ceux demandés par certains manifestants.


Pour un reportage détaillé minute par minute, parfois localisé, et quelques videos bien choisies et qui peuvent aussi facilement localisées, on peut se reporter à ce reportage du Rue 89.

A titre anecdotique lors d'une recherche pour trouver l'emplacement de cet hôtel sur la version allemande de Google Maps, il semble que Google ait aussi subi les effets des gaz lacrymogènes et qu'il ne sache plus trop bien où il se trouve puisqu'il m'a proposé l'Hôtel Ibis de Rennes Gare Sud... en plein quartier du Neuhof dans le sud-est de l'agglomération strasbourgeoise ... Etonnant non ?

mercredi 15 avril 2009

Un atlas interactif du bout du monde

Il y a quelques jours, je vous présentais ici des images et des cartes de Brest et du littoral breton, dont certaines images aériennes d'archives remontaient à près d'un siècle.
Pour compléter ce billet (et pour réparer l'omission de ne pas l'avoir cité à cette occasion), voici aujourd'hui le site de l'Atlas du Finistère, une initiative de qualité du Conseil Général du Finistère.
Cet atlas, développé par la société GéoClip, a reçu en décembre 2007 le Prix Territoria décerné par l'Observatoire national de l’innovation publique, dans la rubrique Communication.

(Copyright Conseil Général du Finistère)

L'idée originelle de cet atlas était de mettre à disposition des acteurs finistériens et de la population, divers outils (cartographie, données statistiques, portraits de territoire ..) permettant de mieux comprendre le territoire départemental et de faciliter diagnostics, états des lieux et prise de
décisions.

(Copyright Conseil Général du Finistère)

Les découpages cartographiques des territoires et de représentation des indicateurs statistiques sont variés : IRIS, communes, cantons et villes, intercommunalités, territoires d'action sociale.

(Copyright Conseil Général du Finistère)

A côté d'un accès direct à l'atlas, les internautes qui le souhaitent, peuvent être accompagnés dans l'utilisation de cet atlas grâce à une visite guidée, fort utile, qui permet de découvrir les principales fonctionnalités de l'atlas à travers 3 scénarii.
En outre, une Charte d'utilisation du site, précise les conditions d'utilisation des données et des représentations cartographiques
Régulièrement, ce site s'enrichit de nouvelles données. Ainsi,le 16 mars dernier, il a mis en ligne les nouveaux indicateurs statistiques suivants :
- Population statistique en 2006
- Taux d'évolution annuel moyen de la population entre 1999 et 2006
- Densité de population en 2006

(Copyright Conseil Général du Finistère)

En fonds de plan cartographiques, on trouve non seulement les divers contours indiqués ci-dessus qui permettent de produire les cartographies thématiques à partir des indicateurs statistiques, mais on dispose aussi de deux types de fonds de plan en format image :
- le SCAN25 de l'IGN issu d'une scannérisation des cartes du 1/25000 de l'IGN
- une ortho-photographie de 2000 et une autre de 2005 en couleurs

(Copyright Conseil Général du Finistère et Copyright IGN pour le SCAN25)

Sur l'orthophotographie de 2000, une bonne partie de l'estuaire et du cours de la Penfeld ont été tronquées (après les zones blanches des cartes IGN voici les zones blanches de l'orthophoto de l'IGN...)...

(Copyright Conseil Général du Finistère et Copyright IGN pour la BD ORTHO)
... et sur l'orthophotographie de 2005, si ces zones sont réapparues, elles ont subi néanmoins une dégradation de la qualité de l'image aérienne, comme je l'avais déjà évoqué dans mon billet précédent sur Brest.

(Copyright Conseil Général du Finistère et Copyright IGN pour la BD ORTHO)

Dans sa présentation sur le site, le Président du Conseil Général du Finistère précise que cet atlas s'inscrit dans le cadre de la mise en oeuvre de l'agenda 21 dans lequel s’est engagée le Département. Et le Président du Conseil Général de rajouter "Observer pour connaître, connaître pour comprendre, comprendre pour agir sont les objectifs recherchés de l’Atlas du Finistère".
Cet atlas est donc censé favoriser l'exercice d'une démocratie locale par des citoyens mieux informés grâce aux cartes et à leur pouvoir de compréhension et d'analyse des territoires : vous voyez bien que la géographie et la cartographie à ne servent pas qu'à faire la guerre...
Gageons juste que sur les zones militaires où semble s'imposer une absence totale des photographies aériennes de l'IGN ou une diminution de la résolution d'une partie de celle-ci, cet atlas de qualité reste tout aussi utile qu'ailleurs et que la démocratie locale n'y soit pas aussi dégradée que les photographies aériennes....

mardi 14 avril 2009

Peter Pan cartographe ou la Terre et la France en miniature vues du ciel

Et non, il ne s'agit pas de présenter une fois de plus l'oeuvre de Yann Arthus-Bertrand.
Voilà plus d'un an, le 10 janvier 2008, avait lieu la pose de la dernière pierre du projet The World dont vous avez probablement déjà entendu parler. Il s'agit d'un archipel de près de 300 îles totalement artificielles construites en sable et rochers au large des côtés de l'Etat de Dubai, sur lesquelles ont été (ou devraient être prochainement) construites des maisons d'habitations à loyer pas très modéré.

A ce jour, seules quelques îles ont été aménagées comme celle-ci censée se situer dans le nord du Canada... il paraît que la cartographie est une affaire d'imaginaire (cf. le livre de Tiberghien "Finis Terrae. Imaginaires et imaginations cartographiques" sur lequel je reviendrai prochainement).

Ce "nouveau monde" a été inspiré par le projet précédent de Palm Islands situé quelques kilomètres à l'ouest, toujours au large des côtés de Dubai.

The World regroupe les îles en quatre catégories : habitat individuel privé, bâtiments et installations publics, "lieux de rêves", îles communautaires.
Chaque île s'étend sur une superficie comprise entre 23 m² et 83 m² et les îles sont séparées les unes des autres d'environ 50 à 100 m. Le projet total s'étend sur 9 kms de longueur sur 6 kms de largeur. les seuls moyens de transport entre les îles sont le bateau et l'hélicoptère. Les prix des îles commencent à environ 6 M€ et le prix moyen est d'environ 23 M€. Ce projet aura coûté au total 1.5 Md€.
Le site Internet de ce projet pharaonique présente ainsi celui-ci : "A journey. A saga. A legend. The World is today's great development epic. An engineering odessy to create an island paradise of sea, sand and sky, a destination has arrived that allows investors to chart their own course and make the world their own." Que dire après cela ...?
Les images promotionnelles sont disponibles sur le site du projet ici et les vidéos ici.
Dans Google Maps, le projet est visible ainsi :

Agrandir le plan

Dans Google Earth, l'une des premières images du nouveau satellite GeoEye1 dont j'ai déjà parlé ici permet de voir ce projet à très haute résolution (idem ici pour la version avec le plugin GoogleEarth ci-dessous).

Powered by Google Earth Hacks | Plus d'infos sur ce fichier

En France, c'est bien connu, on n'a pas de pétrole, contrairement à Dubai, mais on a des idées. Alors le projet de la France Miniature est sorti de terre voilà quelques années comme pour faire le pendant au projet de Dubai. Situé à Élancourt-St-Quentin-en-Yvelines près de Paris, France Miniature est un parc présentant plusieurs sites et monuments Français, réduits à l’échelle de 1/30.

(Copyright France Miniature)
Vous pouvez découvrir ici une visite virtuelle ici le détails des installations et attractions proposées aux visiteurs.
Vue du ciel, le résultat est finalement pas mal réussi.
Voilà ce que cela donne dans Google Maps...

(Copyright Google)
... à suivre ici de façon plus interactive :

Agrandir le plan

Dans VirtualEarth de Microsoft, la mer Méditerranée présente une couleur plus bleue que l'Atlantique ... :

(Copyright Microsoft)

En revanche, sur le site du Geoportail, on ne peut pas descendre à un niveau de zoom meilleur que le 1/2000...

(Copyright IGN)
... mais, pour l'affichage cartographique, le Geoportail propose de voir cette France miniature sur la carte au 1/25 000 alors qu'on ne voit rien sur les volets cartographiques des sites GoogleMaps et VirtualEarth,.

(Copyright IGN)

Et comme en France on a beaucoup d'idées, certains ont mis en marche un projet en partie comparable à celui de The World. Il s'agit du Jardin pour la terre qui se trouve à Arlanc dans le Parc Naturel Régional Livradois-Forez dans le Puy de Dôme. Le Geoportail permet d'en afficher une vue de qualité. Attention, le nord se trouve à l'ouest si vous voyez ce que je veux dire.

(Copyright IGN)
Heureusement que les globes virtuels comme Google Earth permettent de retrouver une orientation plus traditionnelle du monde qui permet de mieux s'y retrouver dans ces miniatures :

(Copyright Google)

La présentation sur Internet de ce monde reconstitué donne envie, surtout quand on propose que "le monde s'étale à vos pieds" :
"Le Jardin pour la Terre", lieu unique en Europe, s’étend sur plus de 6 hectares. Dessiné en forme de planisphère, le Jardin pour la Terre vous permet d’effectuer un véritable tour du monde sur les traces des grands explorateurs. Du haut du belvédère, le monde s’étale à vos pieds. Au Jardin pour la Terre, les pelouses symbolisent les mers et les océans, et les espaces végétalisés sont dessinés aux formes des continents. 2000 variétés et 700 espèces de plantes sont restituées sur leur continent d’origine. Retrouvez le géranium en Afrique, la tomate en Amérique du Sud, le bouleau en Amérique du Nord... Et si la tulipe n’était pas originaire de Hollande ? Vous voguerez sur les flots de la Méditerranée jusqu'aux banquises du jardin blanc... et peut être traverserez vous la forêt Eurasienne à la découverte des 90 reproductions de champignons qui s'y cachent.
Après votre balade, arrêtez vous dans la "Salle des cartes". Des animations [sont proposées aux visiteurs] comme par exemple la Chasse au trésor, qui aura lieu le 1er mai 2009 : un voilier de 12 mètres de haut et de 15 mètres de long posé sur les océans convie les aventuriers à monter à son bord. Tels des pirates, les visiteurs doivent soulever des trappes, manoeuvrer la barre, regarder dans une longue vue... Tels des navigateurs, les visiteurs suivent les traces de Marco Polo, Vasco De Gama, James Cook, résolvent des énigmes, rencontrent des personnages énigmatiques.
Le parc est ouvert du 1er mai au 4 octobre et le coût de l'entrée semble modique.
Voici la carte du Jardin telle que diffusée sur le site Internet de cette attraction :


Avec ces projets reconstituant la terre et la France en miniature, on ne peut qu'être pris de l'envie de monter au ciel pour y admirer ces oeuvres, vues de l'esprit des grands enfants que doivent être restés leurs auteurs, qui ont dû se rêver en Peter Pan cartographe.

lundi 13 avril 2009

Les cartes du Vatican

En ce week-end pascal, je vous propose de (re)découvrir la Galerie des Cartes qui se trouve au Vatican à Rome. Il s'agit d'un ensemble de 40 grandes cartes datant de la fin du XVIe siècle et peintes "à fresque" (à froid) par le cosmographe pérugin Egnazio Danti. Ces oeuvres ont été peintes entre 1580 et 1585 d’après des cartons d’Ignazio Danti, un célèbre géographe de son temps. Elles ont été réalisées sur les murs et les plafonds de cette salle toute en longueur, qui pourrait faire penser, par certains côtés, à la Galerie des Glaces du Château de Versailles. Ces cartes représentent les régions d’Italie et les possessions de l’Église à l’époque du pape Grégoire XIII (1572-1585). Si l’on prend les Apennins comme élément de division, on voit représentées sur une paroi les régions proches de la mer Ligurienne et de la mer Tyrrhénienne, sur l’autre les régions longeant l’Adriatique. Chaque carte régionale est complétée par le plan de la ville principale.

Malheureusement le site Internet du Vatican ne permet pas la visite virtuelle de cette galerie qui fait partie de l'ensemble des Galeries supérieures du Palais Apostolique du Vatican (galeries des Candélabres, des Tapisseries, des Cartes géographiques).
A défaut, on peut trouver plusieurs photos sur le site Archeogeographie.org :





Plan de Port Claude


Région de Romagne

Je trouve que ce serait un beau décor pour que le Pape diffuse de cet endroit son homélie "Urbi et Orbi" (A la ville et au monde)...

dimanche 12 avril 2009

"On the map again"

J'ai récemment découvert ici l'existence d'un site consacré à l'exploration des fonds cartographiques de l'USGS dans Google Earth. Ce site, Google Earth Library dont le sous-titre est "Interesting Things to do With Google Earth", recèle plein de ressources sur des cartes aéronautiques, des cartes topographiques historiques (sur lesquelles je reviendrai dans un prochain billet) et des cartes topographiques actuelles pour les Etats-Unis, qui sont mises à disposition pour les afficher dans Google Earth.
Le lien pour afficher la grille des cartes topographiques de l'USGS est disponible ici.
Dans un premier temps on peut afficher dans Google Earth la grille des cartes topographiques de l'USGS pour un Etat complet(ici l'exemple de l'Arizona). Cet affichage peut avoir lieu selon les trois niveaux de découpage proposé pour les cartes

(Grille 120 x 60)


(Grille 60 x 30)


(Grille 7.5 x 7.5)

Quand on zoom sur l'une des cartes topographiques, celle-ci apparaît d'abord avec ses limites et son centre sur lequel, en cliquant, on peut afficher une mini-fiche descriptive avec son nom, l'Etat, son type, sa dimension et son code.


En zoomant encore, la carte sélectionnée apparaît...

... et on en découvre alors toute la richesse.


Mais le meilleur est de pouvoir naviguer en profitant du relief.


Il est également possible de disposer des cartes sur un DVD dont on peut passer commande ici et dont voici ci-dessous une présentation vidéo. Chaque DVD contient approximativement 1000 à 2000 cartes topographiques qui sont disponibles au format GeoTIFF (pour un affichage dans un logiciel de SIG pouvant lire ce format) ou KML (pour Google Earth).



Si vous préparez vos prochaines vacances aux Etats-Unis, que ce soit sur la Route 66 (ou ce qu'il en reste) ou ailleurs, ces cartes topographiques vous seront indispensables. Mais vous pouvez aussi vous en servir pour voyager de façon virtuelle : ça coûte moins cher, et en ces temps de crise ça peut être utile.

samedi 11 avril 2009

Hugo Pratt dévoile ses périples secrets

L'exposition "Hugo Pratt, périples secrets", inaugurée au Musée d'art Thomas Henri à Cherbourg le 3 avril et qui dure jusqu'au 20 septembre 2009, a lieu dans le cadre de la 5ème biennale que consacre cette ville au 9ème art.

Affiche de l'exposition (Copyright CONG S.A.)

"Après Enki Bilal, François Schuiten, André Juillard et Jacques de Loustal, il paraissait tout à fait logique que Cherbourg, ville de marins et port ouvert sur la mer la plus fréquentée au monde, consacre une édition de cette biennale à Hugo Pratt, père de Corto Maltese. "Hugo Pratt, périples secrets" est la première exposition Pratt en France depuis 1988."
Vous pouvez trouver ici quelques images de cette exposition et ci-dessous une video avec une présentation de l'exposition par Jacques de Loustal,un autre grand dessinateur.

Pour les amateurs de voyage, de rêve et de bandes dessinées, Corto Maltese incarne la figure emblématique du marin aventurier, auquel le magazine GEO avait déjà rendu un bel hommage en 2002 avec l'album "Le monde extraordinaire de Corto Maltese" signé Hugo Pratt, disparu en 1995, dont Corto Maltese n'était pas le seul personnage qu'il ait dessiné.
Il existe de nombreux sites sur Internet consacrés à Hugo Pratt et à son fameux personnage. Vous trouverez ici le site officiel sur Corto Maltese et ici un site d'un passionné de Corto Maltese présentant toute l'oeuvre consacrée à ce personnage fascinant et mystérieux. On peut notamment y trouver ici une carte sur Google Maps (et ici sur Google Earth) sur laquelle les lieux clés du marin-aventurier ont été localisés.


Né le 10 juillet 1887 à Malte, fils d'une gitane de Séville et d'un marin anglais dont on ne connait le nom, Corto Maltese paraissait destiné à une vie de voyages sur les mers du monde. C'est à une sorte de géographie mystérieuse et souvent silencieuse que nous invitent les aventures de Corto Maltese et que la bande originale de "La cour secrète des Arcanes", la série des films d'animation qui a été tirée de la bande dessinée, a su restituer avec une grande justesse.

A noter que le catalogue de cette exposition de 400 pages, édité chez Casterman en trois langues avec plus de 500 oeuvres, constitue le deuxième ouvrage consacré à toutes les techniques de création artistique d’Hugo Pratt. Il constitue avec le premier tome dédié aux aquarelles, le catalogue raisonné de l’oeuvre de Hugo Pratt.
Enfin, l'entrée de l'exposition est gratuite. Une bonne idée si vous êtes en vacances à partir d'aujourd'hui ou lors d'un des prochains grands week-ends du mois de mai.

vendredi 10 avril 2009

Quand l'IGN se veut pédagogue

A l'instar de son homologue britannique l'Ordnance Survey, le site de l'IGN propose plusieurs ressources pédagogiques :

1. Le Serveur Educatif sur l'Information Géographique ou SEIG, une coproduction IGN-Ministère de l'Education Nationale qui, lancé en 2003, et pourtant prometteur, n'a jamais été achevé (de nombreuses rubriques et dossiers comportent la mention "En chantier".

(Copyright IGN)

2. La rubrique Education du site de l'IGN qui propose, dans sa sous-rubrique Encyclopédie, des contenus pédagogiques sur la carte, l'orientation, les coordonnées, le relief et la toponymie. On peut y télécharger des extraits vidéos film "Orientation, Outils, Techniques et Stratégies" (© VIDEOTEL International). C'est dans cette rubrique qu'on peut aussi découvrir et télécharger ici une brochure intitulée "L'odyssée de la carte" qui se veut un "parcours succinct sur 300 ans de cartographie française racontée de manière ludique pour tout comprendre sur les cartes". Neuf fiches très courtes et simples pour bien lire une carte et s'orienter sont proposées au téléchargement. Mais d'autres documents sont également proposés pour approfondir certains thèmes notamment autour de la production et de la révision de la carte au 1/25 000 de l'IGN.
Cette rubrique Education propose également des contenus pour chacun des grands cycles de l'enseignement scolaire :
* pour le premier cycle :
a) "P'tit Géo en France" un jeu sous AdobeSchockwave pour aider les plus petits à apprendre les départements, régions et grandes villes de France.

(Copyright IGN)

b) un classeur pédagogique conçu en collaboration avec l'USEP (Union sportive de l'enseignement du premier degré) destiné aux enseignants pour les activités d'orientation et la randonnée en cycles 2 et 3 et qui affirme que "la capacité à s’orienter est un socle commun à la randonnée, à la course en milieu naturel, au raid... et la carte, le support indispensable à toute construction de projet de déplacement".

(Copyright IGN)

c) des cartes de France (cartes administratives, posters, silhouettes) sont également proposées gratuitement au téléchargement et sont libres de droits

d) "Entrez dans la légende des cartes" un petit livret, en format de poche allongé, qui comprend 27 pages de textes et de dessins sur la cartographie, la lecture des cartes à différentes échelles, l'orientation, la lecture du ciel, sans oublier une présentation des principaux produits papier de l'IGN.

(Copyright IGN)
En introduction, ce guide affirme que "Lire les cartes IGN, c'est un peu entrer dans le monde des contes, c'est reprendre son âme d'enfant pour partir à la découverte de la nature et de l'inattendu, c'est oser s'aventurer sans risque en sachant poser son regard autour de soi". Comme c'est beau...! Sur le mode du récit d'une histoire entre des enfants, ce guide aborde les sujets suivants :
- découvrir l'origine des cartes
- apprendre à lire les couleurs
- choisir la bonne carte
- la notion d'échelle
- se repérer et s'orienter
- entrer dans la légende
- savoir lire le ciel
- choisir son chemin
- entrer dans la troisième dimension
- repérer l'altitude
Au milieu de ce guide, un petit cahier détachable "Rando jeux" dont on pourrait penser qu'il s'adresse aux jeunes, propose un plan de chasse au trésor, des questions pour s'amuser autour de la cartographie, et quelques conseils préalables pour ceux qui voudraient se lancer dans des randonnées un peu trop sportives. Mais ce mini-jeu cartographique peut aussi bien amuser les plus grands. Ce guide de l'IGN se termine par quelques lignes sur l'institut, ses principaux métiers, sa cartothèque, sa photothèque et son site Geoportail.
Même si ces deux documents sont de nature différentes et s'adressent en partie à des publics distincts, ils ont tous les deux le mérite de montrer les efforts de pédagogie que des cartographes sont capables de faire parfois pour rendre accessible leur domaine, considéré parfois comme trop technique.

* pour le second cycle : pour les plus grands, l'IGN propose GéoLecture, un logiciel de visualisation et d'exploitation de données cartographiques sur cinq zones géographiques. Le logiciel GéoLecture est disponible sur le site de l'Académie de Créteil a été réalisé à partir du logiciel StarGIS de la société Star-APIC. Présenté ici et ici, le logiciel GéoLecture n'est téléchargeable qu'après y avoir été admis suite à une demande d'inscription.

(Copyright IGN)

3. Le site EDUGEO de l'IGN, déjà évoqué ici. Ce service a été conçu par l'IGN en partenariat avec le Ministère de l'Education Nationale et réalisé avec le concours d'équipes enseignantes. Sa plaquette est disponible ici et la vidéo de présentation ici. Ce site a récemment obtenu le label RIP (Reconnu d'Intérêt Pédagogique).
Edugeo propose au téléchargement des jeux de données pour plusieurs de ses produits numériques :
- Extrait BD CARTO®
- Extrait BD TOPO®
- SCAN25
- Cartographie 1956
- Orthophotographie récente (2004)
- Orthophotographie ancienne (1963)
Voici quelques copies d'écran fournies sur le site Edugeo :

(Copyright IGN)

Ces données sont fournies au format shape pour les données vecteur et au format TIF pour les données raster. Si l'utilisateur ne dispose pas de logiciel permettant de lire ces données, il peut télécharger le lecteur IGN MAP.

Depuis le 1er avril (et ce n'est pas une blague!), le service Edugéo est devenu payant. Les tarifs annoncés voici plusieurs mois, étaient censés être en fonction du type d'établissement :
- école 300 € TTC/an
- collège 500 € TTC/an
- lycée 500 € TTC/an
- autre établissement : 500 € TTC/an
De plus, l'IGN propose que les collectivités territoriales ou les rectorats abonnent collectivement un ensemble d'établissements à un coût préférentiel par élève.

Même si on peut regretter que l'IGN n'ait pas pu ou voulu faire le choix de la gratuité complète pour ce service pédagogique, on peut néanmoins souligner les efforts faits par l'institut et les enseignants qui ont travaillé sur Edugeo. Mais il ne faudrait pas que ce service occulte tout l'intérêt des autres ressources pédagogiques présentées ci-dessus.

Mettre ainsi à disposition des enseignants et des élèves des ressources pédagogiques comme le fait l'IGN, voilà qui semble indéniablement une bonne chose. Mais il reste à s'interroger sur les usages effectifs et les résultats pédagogiques obtenus par ces publics à l'aide de ces outils, supports et contenus pédagogiques.
C'est précisément l'objet de la passionnante thèse qu'a soutenue Sylvain Genevois en décembre 2008 à l'Université "Quand la géomatique rentre en classe. Usages cartographiques et nouvelle éducation géographique dans l’enseignement secondaire" qu'on peut télécharger ici, dont le support de sa soutenance est disponible ici et dont un résumé est disponible ici. Sylvain Genevois, Chargé d'étude et de recherche à l'Institut National de Recherche Pédagogique (INRP), présente dans sa thèse une suite de retours d'expérience de plusieurs outils et démarches pédagogiques visant à introduire l'usage de la géomatique et de l'information géographique numérique en classe dans le secondaire. Mais au-delà de ces pratiques et des questionnements épistémologiques qu'elles suscitent, l'auteur cherche à "promouvoir une nouvelle éducation géographique" en dépassant ce qu'il appelle "les pratiques ritualisées et naturalisées de la carte scolaire". Comment ne pas le rejoindre sur ce point...

jeudi 9 avril 2009

Vermeer ou l'ombre et la lumière des globes et des cartes

J'ai très récemment évoqué ici comment cartes et globes apparaissaient comme des attributs symboliques du pouvoir dans des tableaux du XVIIème siècle. Aujourd'hui, c'est sur une autre signification des cartes et des globes dans quelques tableaux du XVIIème siècle que je voudrais m'attarder.
Johannes Vermeer, dit aussi Vermeer de Delft, est né à Delft (Pays-Bas) en 1632 et décédé dans la même ville en 1675. Il fut baptisé "le Sphynx de Delft" "à cause de la combinaison de couleurs inimitables et la luminosité déconcertante présentes dans ses œuvres. Les peintures de Vermeer se distinguent par une utilisation subtile de la couleur et un arrangement idéal, créant une illusion d’espace particulière". La carrière de Vermeer semble avoir été assez courte et son œuvre relativement limitée puisqu'en vingt ans, il n’a peint que quarante-cinq tableaux, dont trente-sept nous sont parvenus.
Vermeer est considéré comme un peintre relativement novateur par sa maîtrise particulière de la perspective et de la mise en lumière pour l'époque. Mais il est aussi considéré comme un peintre ayant usé de la symbolique des objets peints.
Pour s'en convaincre, il suffit de s'attarder quelques instants sur plusieurs tableaux de Vermeer qui nous intéressent particulièrement ici parce qu'ils comportent l'image de cartes et de globes mais dont la signification n'est pas ici de magnifier l'oeuvre d'un monarque ou d'en représenter symboliquement le pouvoir.
A ce titre, deux tableaux de Vermeer sont plus particulièrement connus et ont souvent été associés sans que l'histoire de l'art puisse affirmer avec certitude que Vermeer les ait vraiment considérés comme un couple : le Géographe et l'Astronome.
Le Géographe daté de 1669, et visible au Städelsches Kunstinstitut de Francfort, représente un homme qu'on imagine un géographe, se penchant sur des cartes, un compas à la main. Derrière lui, sur l'armoire, un globe terrestre domine la scène, et au mur est accrochée une carte dont il est difficile d'identifier ce qu'elle représente. Sur le mur on peut lire une date en chiffres romains, 1669, date du tableau.


L'Astronome ou l'Astrologue, visible au Musée du Louvre, date de 1668. Il représente là aussi un homme, qu'on peut penser être astronome, qui ressemble étrangement à l'homme représenté dans Le Géographe et qui pourrait être le savant Antoni van Leeuwenhoek. La présentation interactive proposée ici (en anglais) de ce tableau est passionnante.


Ces deux tableaux sont les seuls parmi ceux qui nous soient parvenus, où l'on peut voir un homme, seul, dans un rôle de savant mais qui n'a pourtant pas l'air d'être le personnage central des tableaux.
Comme souvent dans les tableaux de Vermeer, la lumière vient de la gauche du tableau, là où se trouve la fenêtre, la partie droite étant davantage plongée dans une semi-obscurité.

A titre anecdotique, ces deux tableaux ont été "regroupés" en 2005 par Robert Taillet, à l’occasion du 10ᵉ anniversaire, le 16 Juin 2005, du site Astronomy Picture of the Day de la NASA.

Noter la mise en place d'un globe en couleurs (lunaire, terrestre, céleste ?) sur la table, le remplacement du globe terrestre par celui d’Uranus sur l’armoire, la photo du télescope Hubble en orbite autour de la Terre accrochée sur le mur, la nébuleuse planétaire sur la porte de l’armoire et la date en chiffres romains MDCLXVIIII soit 1969.

Pour Monique Pelletier, ancienne directrice du Département des Cartes et plans de la BNF, les globes représentés sur les peintures de Vermeer Le Géographe et L'Astronome seraient le globe terrestre de Jodocus Hondius, dédié à Maurice Nassau, gouverneur des Provinces Unies et le globe céleste du même auteur, dédié à deux savants de l'époque, Leyde et Franeker ("Cartographie de la France et du monde de la Renaissance au Siècle des Lumières", Conférences Léopold Delisle, BNF, 2001). On retrouverait l'un de ces globes dans L'allégorie de la foi où l'on voit une jeune femme posant le pied sur le globe terrestre, à hauteur de l'Asie qu'il faut alors convertir.

L'allégorie de la foi, (environ 1671-1674), visible au Metropolitan Museum of Art à New York

Il y a au moins six autres tableaux de Vermeer où l'on peut observer des cartes accrochées au mur.

La femme au luth (environ 1660) visible au Metropolitan Museum of Art de New-York


Jeune femme au pichet d'eau ou Jeune Femme à l'aiguière (environ 1662-1665) visible au Metropolitan Museum of Art de New-York


Allégorie de la peinture ou Le peintre dans son studio ou L'Art de la peinture (environ 1665-1666), visible au Kunsthistorisches Museum à Vienne.
On trouve une version un peu "modernisée" sur ce site.

Extrait de "En peinture, Simone ! Petite anthologie imaginaire de la 2CV dans l'histoire de l'art occidental" d'Alain Créhange (éditions Fage, 2007)



La Femme en bleu lisant une lettre, (environ 1662-1665) visible au Rijksmuseum à Amsterdam


L’officier et la jeune fille riant, (environ 1657), Frick Collection à New York. La couleur rouge de l'habit de l’officier symbolise le pouvoir et la passion. Face à lui, la carte murale reprend les mêmes couleurs que celles de la jeune fille. Cette dernière, qui ne sent pas seule ni désarmée, peut donc sourire, sans peur, et faire face à l'officier.


La lettre d'amour, (environ 1669-1670) visible au Rijksmuseum à Amsterdam
Dans ce tableau, la carte est accrochée sur le mur de gauche au premier plan. Elle à peine visible. Elle tente de masquer en vain des coulures de peinture sombre sur le mur.

Dans son passionnant ouvrage "Histoires de peintures", Daniel Arasse parle de Vermeer. Il évoque notamment les cartes géographiques si souvent présentes dans les tableaux de Vermeer, et qui, pour lui, sont une façon de mettre en scène la nouvelle vision du monde qui émerge de l'histoire des découvertes et des progrès de la cartographie de l'époque. Et Arasse de rappeler que "La Géographie, comme le disent les gens du XVIIème siècle, c'est l'Histoire mise devant les yeux". A propos de la carte géographique accrochée au mur dans L'Art de la peinture, Arasse affirme que cette carte "magnifiquement reproduite mais illisible, parce que la lumière empêche de la voir" cherche à prouver qu'il n'est plus possible de voir le monde comme avant et que le tableau représente une sorte de nuova descriptio, une nouvelle description du monde mais aussi une nouvelle façon de peindre le monde et donc de représenter. La carte géographique, si elle représente un monde nouveau, dont la connaissance des limites ne cesse de progresser à l'époque, se veut aussi une façon de signifier qu'il n'est plus possible de voir le monde comme avant. Le tableau devient alors pour Vermeer une nouvelle façon de peindre le monde, dépassant les limites de la simple représentation cartographique. Découvrir, observer, décrire ce qui était jusqu'alors inconnu (ce qu'incarne la figure du savant géographe ou astronome), c'est aussi comme jeter un trop plein de lumière sur la pénombre. Arasse parle alors de métaphysique de la lumière chez Vermeer : ce qui est le plus lumineux n'est pas ce qui est le plus visible, ce qui est éclairé n'est pas ce qui est le compréhensible. Autrement exprimé, il y a dans l'ombre une lumière insoupçonnée, qui n'est pas forcément visible de prime abord et qu'il faut faire l'effort de la trouver, de la discerner. Il ne faut pas oublier que Vermeer, qui avait reçu une éducation protestante calviniste, doit, pour pouvoir se marier, se convertir à la religion de sa femme. Les catholiques étaient alors aux Pays-Bas une minorité marginalisée, qui se trouvait dans l'ombre de l'Europe protestante.
Dernier point : il ne faut pas oublier de mentionner que les cartographes hollandais du XVIIème siècle étaient, avec les Allemands et les Britanniques, parmi les meilleurs cartographes de l'époque. Du fait du rôle primordial des compagnies hollandaises comme celle des Indes occidentales et orientales, la cartographie était devenue une discipline d'excellence, rendue indispensable pour décrire les territoires nouvellement conquis mais aussi pour faciliter les commerces entre ces nouvelles colonies et les Provinces Unies (nom des Pays-Bas de l'époque). La suprématie des cartographes hollandais ne fut contestée par les Français et les Italiens qu'à partir de la fin du XVIIème et le début du XVIIIème siècles. De plus, la cartographie était indissociable de la peinture aux Pays-Bas comme l'explique très bien Jeremy Black dans son ouvrage "Regards sur le monde. Une histoire des cartes" (Octopus-Hachette, 2004).

mercredi 8 avril 2009

N°5 de La Géographie : un numéro qui rafraîchit

Le N° 5 ? Non il ne s'agit pas du fameux parfum d'une non moins célèbre marque de vêtements mais du nouveau numéro de la revue La Géographie qui vient de paraître avec un "certain retard" (on nous annonce la sortie du prochain numéro sous moins de deux mois).

(Copyright La Géographie)

Dans ce numéro de la revue, publication historique de la Société de Géographie et qui a fait peau neuve depuis décembre 2007, on peut découvrir de nombreux articles passionnants sur les univers de la neige et de la glace, mais aussi sur le réchauffement climatique dont j'ai déjà parlé ici et ici.
Ainsi, on apprend que des stations de ski s'ouvrent à de nouvelles pratiques du ski, de nuit, sous la pleine lune... mais avec parfois des projecteurs sur les pistes.
Mais il devient aussi possible de faire du ski près des déserts avec ces stations de ski totalement artificielles à Dubaï et aux Emirats Arabes Unis.
Un entretien avec Claude Lorius, glaciologue , Directeur de recherches émérite au CNRS, membre de l’Académie des sciences, ancien président des Expéditions polaires françaises, nous fait revenir sur les 50 ans de recherches au Groënland et en Antarctique de ce scientifique français de renommée internationale.
L'étude du corps intact d'un homme découvert en 1991 dans le glacier d'Otzal à la frontière entre l'Autriche et l'Italie, a révélé que cet homme, momifié par les glaces, et qui a vécu entre 3350 et 3100 avant notre ère, s'est enfui pour échapper à un règlement de comptes qui s'est terminé par un meurtre. Une enquête archéologique et policière qui a mobilisé 150 spécialistes de six institutions de recherche en Europe et aux Etats-Unis et qui n'est pas terminée.
A côté des "glacio- et niveotouristes" d'aujourd'hui, il ne faut pas oublier que les pays froids sont habités depuis des siècles par des populations, notamment les Inuits. Le passionnant article de Béatrice Collignon (dont je vous recommande l'excellent ouvrage "Les Inuit : ce qu´ils savent du territoire", paru chez L´Harmattan en 1996), revient sur l'histoire de ces peuples et de leur rapport aux espaces et à la glace. Voilà vingt ans, j'eus l'occasion de me rendre pendant plusieurs semaines dans des villages Unuits le long du littoral de la Baie d'Ungava au nord du Québec. J'ai pu y constater que les modes de vie et de consommation de ces populations étaient le fruit d'une occidentalisation à marche forcée. L'avenir ne semblait pas se présenter sous les meilleurs auspices (chômage, drogue, alcoolisme, violence, suicides, etc.). Dans son article, Béatrice Collignon affirme que, même si les Inuits d'aujourd'hui n'ont plus grand chose de commun avec leurs ancêtres d'il y a un siècle, leur devenir n'est peut-être pas si dramatique. Des territoires leur ont été rétrocédés, des droits leur ont été accordés, des moyens financiers leur ont été octroyés et des équipements modernes ont été implantés pour leur permettre de s'intégrer dans la société du XXIème siècle. Seule inconnue qui risque de leur poser de graves problèmes : le réchauffement climatique et ses effets sur une modification profonde et durable de l'environnement des Inuits, de leurs espaces de vie, de chasse et de pêche.

(Source : Makivik Corporation)
Dans un autre article, on apprend aussi que Google, Yahoo et Microsoft sont actuellement en quête d’énergie et de froid non pas en s'implantant au Groenland mais en multipliant les centres d'hébergement de ses serveurs qui sont des gouffres à consommation électrique en raison du nombre croissant de machines et d'une climatisation forcenée. A ce propos j'ai récemment vu des publicités de sociétés ventant les mérites faiblement énergivores de leur serveurs qui deviennent des serveurs écolo.


On découvre aussi comment le Mont Blanc a pris son temps pour être correctement cartographié au cours des siècles derniers et que jusqu'à sa conquête en 1787, il n'était pas bien connu et encore moins admiré (voir à ce propos les deux superbes tomes 1 et 2 de "Les grands alpes dans la cartographie" de Giorgio et Laura Aliprandi, aux éditions Glénat).

La revue nous fait aussi découvrir le Chimborazo, volcan de l’Équateur, 6310 m d'altitude, plus éloigné du centre de la terre que l'Everest et pourtant bien moins connu que son homologue qui détient le record d'altitude.
Un autre article sur les sculptures de glaces éphémères m'a fait me souvenir de l'hôtel de glace près de Québec que j'eus l'occasion de découvrir en janvier 2004, l'un des hivers les plus rigoureux qu'ait connu le Québec au cours de ces dernières années.
Jean-Robert Pitte, géographe de l'alimentation, revient sur le plaisir des glaces qui fait "fondre" beaucoup d'entre nous lorsqu'il fait chaud, particulièrement l'été, et que nous sommes prêts à tout pour aller déguster glaces et sorbets chez les glaciers, dont certains, à Paris, n'hésitent pas à en profiter pour faire "chauffer l'addition"...
La neige et la glace n'attirent pas l'argent seulement l'été mais aussi l'hiver, en particulier dans les stations de sports d'hiver qui sont devenues un aspect majeur de l'économie dans tous les massifs montagneux, même si les Alpes conservent une notoriété qui permet à certaines stations prestigieuses de faire payer le prix fort du "goût de la neige" depuis un siècle.
Face au réchauffement climatique, les scientifiques doivent à la fois conduire leurs recherches, alerter les responsables politiques mais aussi répondre à une demande sociale croissante en prévisions métérologiques fiables. Des populations, des économies, des territoires en dépendent de plus en plus, avec une exigence implacable et croissante en fiabilité, en rapidité et en précision des prévisions.

D'autres articles et les rubriques habituelles de la revue finissent de rendre ce numéro aussi passionnant qu'il était attendu. C'est dire...

Parce que je souhaitais prolonger la lecture de ce numéro de La Géographie, j'ai assisté hier soir dans les locaux de la Société de Géographie à la conférence de Gilles Fumey, maître de conférences à l'Université Paris-Sorbonne et responsable éditorial de la revue "La GéoGraphie" qui remplaçait Claude Lorius, initialement pressenti pour cette conférence.
Au cours de cette conférence qui avait pour thème "La ruée vers le froid ?", en liaison avec le n° 5 de La Géographie, Gilles Fumey a abordé trois thèmes principaux :
- la réalité du phénomène du réchauffement climatique et sa traduction visible sur le terrain en particulier au Groenland et dans le nord du Canada,
- la transformation radicale, au cours des dernières années, des habitudes de consommation et de nourriture des Inuits comme témoin d'une difficulté à résister et qui se traduit notamment par l'explosion de maladies liées à une diminution de la consommation des produits traditionnels de la pêche et de la chasse et à une pollution de toute la chaîne alimentaire,
- l'essor considérable depuis, une dizaine d'années, d'un tourisme dans la péninsule Antarctique qui voit chaque année plus de 30 000 touristes, surtout nord-américains, encadrés par des tour-opérateurs spécialisés, venir en bateau ou en avion, passer quelques jours au froid et cohabiter plus ou moins bien avec les manchots empereurs et les scientifiques.

Pour prolonger vos lectures sur le sujet, la librairie La Géographie, qui se trouve juste à côté de la Société de Géographie, propose sur son blog une liste de références bibliographiques. Je vous conseille en particulier l'"Atlas des pôles" d'Eric Canobbio, paru aux éditions Autrement, dont j'ai déjà parlé ici, et dont vous trouverez ici et ici deux compte-rendus.

mardi 7 avril 2009

La terre tremble et les cartes s'animent

Le séisme d'Aquila en Italie (magnitude entre 5,8 et 6,3; cordonnées de l'épicentre : 42.423°N, 13.395°E, 5 kms de profondeur) qui a eu lieu le 6 avril à 1h32 du matin a déjà été largement cartographié sur Internet comme le sont dorénavant tous les autres séismes du monde, notamment sur ce mashup cartographique.


Ce mashup tire ses renseignements sur les séismes du site réalisé par le European-Mediterranean Seismological Centre.

(Copyright EMSC)

Il existe de nombreux autres sites Internet qui permettent de découvrir la localisation des milliers de séismes qui ont lieu chaque jour dans le monde, la plupart étant à peine perceptibles par les humains. Le blog Google Maps Mania en recense certains qui exploitent les fonds cartographiques de Google mais d'une façon très variable en qualité et ... en intérêt :
- Telegraph My Map
- CNN
- Earthquakes in the Last Week
- Real-time USGS Earthquake Mapplet

Ce dernier est une applet cartographique ou mapplet qui permet d'afficher en temps réel les données sur les séismes d'une magitude supérieure à 4 dans les 7 derniers jours, provenant du site de l'USGS sur un fond Google Maps. On peut afficher dans une infobulle les informations minimales sur chacun des séismes inventoriés (magnitude, pays, date, heure).

(Copyright USGS)

En cliquant sur "Earthquake Details" dans l'infobulle on accède aux informations complètes sur le site de l'USGS

(Copyright USGS)

Le site de l'USGS propose différentes représentations cartographiques pour chaque séisme

(Copyright USGS)

Que ce soit en France ou dans d'autres pays, les médias dont j'ai déjà évoqué ici comment elles s'emparent de plus en plus des outils de la géomatique et de la géographie numérique, ont bien évidemment relayé l'événement. C'est à grand renfort de cartes et d'animations 2D que les médias ont rendu compte de cet événement notamment pour expliquer la géographie des séismes due au fameux déplacement des plaques tectoniques.

(Copyright France 3)

On nous a aussi montré des animations 3D censées nous aider à mieux comprendre les phénomènes de subduction et la formation des montagnes.

(Copyright France 3)

Les experts, interviewés dans leur laboratoire devant des écrans d'ordinateur, n'ont pas été oubliés comme à chaque fois, histoire de donner une valeur scientifique et donc incontestable aux reportages. Et puis, parce que les Français auxquels les médias s'adressent, veulent savoir si de tels événements peuvent arriver en France, on nous montre une carte des zones à risques, parmi lesquelles la ville de Nice a toujours un rôle de premier plan dans les reportages même si cela n'apparaît pas sur cette carte (je "plains" un peu l'Office de Tourisme niçois pendant les prochains jours...).


On nous a même aidé à imaginer ce que sera la géographie du monde quand la plaque tectonique de l'Afrique aura totalement rejoint celle de l'Eurasie dans quelques millions d'années... il paraît que les scientifiques peuvent prédire l'avenir ...

Aux Etats-Unis, c'est une nouvelle fois CNN qui se démarque dans son usage de la géographie numérique pour rendre-compte d'événements comme les séismes. Ainsi dans ce reportage de juillet 2008, une animation en 3D était présenté par une journaliste appuyée par une scientifique de l'USGS. Celle-ci présente une simulation du Big One en Californie à partir de la faille de San Andreas :

Les animations qu'on peut voir en arrière-plan ont été réalisées par le SCEC (Southern California Earthquake Center), un centre commun de l'USGS et de la NSF. Il s'agit d'une série d'animations 3D (à lire sous QuickTimePlayer) à divers niveaux de résolution, censées illustrer, de façon réaliste, les effets du Big One. Ces animations sont disponibles sur le site baptisé "ShakeOut". Le scénario retenu est celui d'un séisme de magnitude 7.8 dont vous trouverez ici l'animation en 2D :

(Copyright USGS-NSF)

Vous pouvez télécharger cette animation ici.

Plusieurs zooms en 2D et 3D sont proposés ici dont celui de Los Angeles ci-dessous que vous pouvez télécharger ici :

(Copyright USGS-NSF)

J'ignore si les effets réels du Big One seront ceux mis en scène dans cette animation... mais peut-être que la proximité des studios d'Hollywood n'est pas totalement étrangère à ce genre de film. Le Big One a déjà inspiré les cinéastes de la région comme ce fut le cas avec "Earthquake", un film réalisé par Mark Robson en 1974 avec Charlton Heston et Ava Gardner dans les rôles principaux.

(Copyright Universal Pictures)

lundi 6 avril 2009

Quand les médias s'emparent de la géographie numérique

J'ai déjà évoqué ici la façon dont les médias audiovisuels s'emparent des outils de la géomatique et de la géographie numérique pour illustrer leurs propos, notamment par l'usage de fonds d'images satellitaires et cartographiques... au point parfois de faire quelques erreurs de géographie.
Ces jours-ci on a pu observer comment les medias ont franchi une étape supplémentaire en utilisant des outils comme GoogleMaps, Google Earth et Virtual Earth pour présenter des informations en temps quasi-réel et prétendre ainsi aller encore plus loin dans ce qu'on pourrait appeler le "géojournalisme".
Le massacre par arme à feu qui a eu lieu le 3 avril aux Etats-Unis, dans un centre d'aide aux immigrants (American Civic Association) à Binghamton dans l'Etat de New York, a donné lieu à un véritable déferlement sur les écrans des télévisions américaines, d'images satellitaires, de fonds cartographiques et de globes virtuels pour localiser le lieu de cet événement qui a fait 13 morts.
Joe Francia a récemment pointé ici comment l'usage de Google Earth par la chaîne d'informations CNN, pour illustrer un fait, se traduit parfois par un "non-sens cartographique". L'usage des fonds d'images satellitaires pour localsier un événement peuvent ainsi empêcher de voir clairement où l'événement a eu lieu surtout quand les images ne sont pas de bonne qualité et parce qu'une bonne carte aurait été beaucoup mieux adaptée. Pour Francia, CNN semble d'ailleurs très friand de l'usage de Google Earth pour donner au téléspectateur une "perspective géographique" des événements couverts par la chaîne d'information.
Ainsi pour la tuerie de Binghamton, CNN a diffusé le commentaire d'un de ses journalistes à l'aide d'images de Virtual Earth dont le journaliste affirme "qu'elle sont différentes de celles de GE et qu'elles permettent une vue en perspective plus intéressante que Google Earth":


Sur d'autres chaînes télévisées américaines, cet événement a été largement commenté et illustré en faisant appel aux fonds de plans cartographiques de GoogleMaps comme le montrent ces exemples de plusieurs chaînes.
Sur MSNBC :


Sur SkyNews :


Sur FoxNews :

(utilise GoogleEarth)

En France, sur France 2, le journal télévisé de 20heures du 4 avril 20h a utilisé Google Earth mais en y rajoutant deux objets 3D : le bâtiment du lieu de l'événement et le véhicule du tueur qui aurait bloqué l'une des portes du bâtiment où il a perpétré son acte. Le reportage est visible ici, entre la 14ème et la 32ème secondes.

(Copyright France 2)

(Copyright France 2)

De façon plus générale, sur l'usage de la géographie numérique et de certains des outils de la géomatique dans les médias audiovisuels, je vous invite à consulter les travaux de Liza Parks, professeur associé au Center for film, television and new media de l'University of California, Santa Barbara.
On peut notamment revoir ci-dessous la communication qu'elle a donnée le 14 mai 2008 lors de la Conférence Where 2.0 12-14 Mai 2008, Burlingame, Californie, USA "Conference "Earth-Browsing: Satellite Images, Global Events and Visual Literacy", déjà relayée ici sur le blog RenalId.com.
)

dimanche 5 avril 2009

Cartes et globes : des objets symboliques du pouvoir dans des tableaux de l'époque moderne

Il n'est pas rare d'observer cartes et globes dans des tableaux de l'époque moderne. Souvent peints pour servir de support à des allégories ou pour symboliser les visées expansionnistes et universalistes des puissants d'alors, cartes et globes sont souvent de taille relativement modeste dans ces compositions picturales mais ils y ont pourtant une très grande importance.

Ainsi au Château de Versailles (dont je vous conseille au passage le site Versailles vu du ciel), on peut admirer ce tableau d'Henri Testelin représentant la première promotion des membres de l'Académie des Sciences à Louis XIV. Il s'agit d'une huile sur toile, entrée à Versailles sous Louis-Philippe, et peint pour une tapisserie non-réalisée de la tenture de l'Histoire du Roi.

(Colbert présente à Louis XIV les membres de l'Académie Royale des Sciences crée en 1667, Henri Testelin (1616-1695), d’après Charles Le Brun (1619 - 1690), Musée national du château de Versailles, (C)RMN/Gérard Blot)

On y voit Colbert présentant à Louis XIV les membres (dont la liste complète est fournie ici) de l'Académie Royale des Sciences. On distingue à l'arrière-plan le futur bâtiment de l'Observatoire de Paris. Sur ce tableau, on remarque deux globes, un terrestre à gauche, un céleste à droite avec par terre un sextant (ou quadrant). On peut apercevoir une sphère armillaire en fond à gauche du tableau, presque dans l'obscurité, surmontée par un squelette d'animal. Juste derrière le globe céleste au premier plan, on peut apercevoir diverses cartes déroulées sur la table et présentées au roi. Parmi celles-ci, se trouve une carte de la lune, dessinée par Cassini en 1679. Enfin sur la droite du tableau, on remarque une grande carte murale déroulée et présentée par deux hommes dont l'un est juché sur une échelle du fait de la grande taille de la carte murale. Cette carte a été interprétée par C.J.(Kees) Verduin, comme un plan du projet de canal des deux-mers dit aussi canal du Midi, construit entre 1665 et 1681 sous la supervision de Pierre-Paul Riquet de Bonrepos.
L’Académie des Sciences, racontant elle-même son histoire, écrit :
"L’Académie des sciences doit son origine au projet de Colbert de créer une académie générale. Elle s’inscrit également dans la lignée des divers cercles de savants qui se réunissaient au XVIIe siècle, autour d’un mécène ou d’une personnalité érudite. Colbert choisit un petit groupe de savants qui s’assemblèrent le 22 décembre 1666 dans la bibliothèque du Roi, nouvellement installée rue Vivienne, et y tinrent désormais des séances de travail bihebdomadaires. Les trente premières années d’existence de l’Académie furent relativement informelles, la nouvelle institution n’ayant pas reçu de statuts.
Le 20 janvier 1699 Louis XIV donne à l'Académie royale des sciences son premier règlement. L’Académie reçoit le titre d’Académie royale et est installée au Louvre. Composée de 70 membres, elle contribue au XVIIIe siècle au mouvement scientifique de son temps par ses publications et joue un rôle de conseil auprès du pouvoir politique"
.

Sur cette gravure de Sébastien Le Clerc extraite de ses "Mémoires pour servir à l'Histoire Naturelle des Animaux" (Paris, 1671) et intitulée "Louis XIV à l'Académie en 1671", on retrouver la plupart des éléments déjà présents dans le tableau d'Henri Testelin. On y remarque au premier plan central une carte déroulée au pied du roi, une sphère armillaire et sur la droite un globe qui semble un globe terrestre. Juste derrière le globe, se trouve un plan d'une place-forte probablement l'une de celles aménagées par Vauban.

(Source : Wikipedia)

Dans ces deux exemples, cartes et globes sont là non seulement pour représenter des disciplines scientifiques alors en plein essor et qui bénéficiaient des largesses du roi qui se voulait bienfaiteur des sciences. Mais il sont là aussi pour signifier que le Roi-Soleil avait une conception élargie de son action dans le monde et qu'il entendait bien qu'on lui reconnût un rôle universel. Montrer ainsi des globes terrestres et célestes au pied du roi étaient déjà en affirmer son pouvoir absolu sur ces deux univers. Pour prolonger ces commentaires, on pourra se reporter au très intéressant "Le globe et son image", paru à l'occasion de l'exposition éponyme présentée à la BNF du 13 avril au 27 mai 1995.

Comment ne pas penser alors à ces autres images de terre et de boussole commentées ici et que les puissants d'aujourd'hui arborent pour se présenter comme les maîtres du monde des temps modernes.

samedi 4 avril 2009

"Sur les murs" : les cartes murales scolaires

En plagiant le titre du célèbre film "Entre les murs", j'imagine bien une autre version de ce film intitulée "Sur les murs" où l'on verrait nombre de cartes murales de géographie ornant les murs des salles de classe, depuis l'école primaire jusqu'au lycée.
Point de nostalgie dans tout cela.
Il se trouve que je viens de faire l'acquisition sur un célèbre site d'enchère, de trois de ces cartes murales concernant l'URSS du temps de sa "splendeur soviétique" et de la Chine du temps de sa "grandeur maoïste" (1957).
Les cartes sont d'une facture classique et les titres thématiques d'un découpage là aussi très classique : population, agriculture/élevage/pêche, économie.

(Carte économique de l'URSS)


(Carte de l'agriculture et de l'élevage de la Chine)

Ces cartes rélèvent d'une géographie traditionnelle, celle dont tous les élèves se souviennent avec douleur quand on leur parle de géographie (lire à ce propos le billet d'humeur de Sylvie Brunel en fin du n°5 de La Géographie qui vient de paraître et dont je reparlerai prochainement sur ce blog).
Ces cartes murales ont été éditées par La Maison Des Instituteurs (MDI), qui existe toujours et qui propose des ressources pédagogiques et des manuels scolaires, surtout pour l'école élémentaire. Vous trouverez ici le site Internet qui présente entre autres l'offre de cartes murales et de posters des régions françaises.
J'ignore à quoi ressemble une salle de classe d'aujourd'hui et si les cartes murales de géographie (ou d'histoire) s'y affichent encore avec fierté. Ce qui est sûr c'est qu'elles ont orné les murs de milliers de salle classe, en France et ailleurs dans le monde.

(Photo d'archive du début du XXème siècle d'une salle de classe du Collège Notre-Dame de Basse-Wavre, au Canada)

Vous pouvez retrouver plusieurs images d'archives montrant des cartes murales dans des salles de classe sur le site du Musée national de l'Education, dont celle-ci qui date de 1955 et pour laquelle j'ai une affection particulière.

(©Musée national de l'Éducation-INRP Rouen)

En reprenant un fameux procédé narratif de Georges Perec, je peux moi aussi dire que "je me souviens" de mon année de CM1 en 1973-1974 à Metz, où au fond de la classe, se trouvait affichée une carte de France, "sur le mur".
.
Et vous, vous en souvenez-vous aussi ...?

vendredi 3 avril 2009

La terre et la boussole permettent-elles de retrouver l'espoir et de garantir la paix ?

Le Sommet du G20 qui s'est terminé hier soir à Londres et le Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'OTAN qui s'ouvre aujourd'hui à Strasbourg, Kehl et Baden-Baden sont l'occasion de constater une nouvelle fois à quel point des images géographiques ont toute leur importance dans les plans de communication de ces instances internationales.
Le Sommet du G20 de Londres a utilisé l'image d'un coucher (ou d'un lever) de soleil sur la terre vue de l'espace.

Disparition d'une gouvernance du monde purement financière du monde qui vient de faire la preuve de son échec ? Symbole de l'émergence d'une nouvelle ère pour le capitalisme ? Difficile de se prononcer...

Les mines avaient l'air plutôt réjoui pour la photo de famille et le communiqué final nous promet la fin des dérives d'un capitalisme financier devenu un peu fou ces dernières années. On nous promet des changements en profondeur, des pauvres moins pauvres et des riches moins riches. Voire...

Le Sommet de l'OTAN qui s'ouvre aujourd'hui simultanément à Strasbourg, Kehl et Baden-Baden (une ville bien connue des militaires en mal d'espoir...), utilise son logo traditionnel en lui ajoutant l'indication que l'organisation fête ces jours-ci son 60ème anniversaire. Rappelons que le logo de l'OTAN consiste en une rose des vents dite Fahnen-Herold Wuppertal, qui date des années 80, présentant les quatre directions cardinales et censée rappeler que l'acronyme OTAN signifie "Organisation du traité de l’Atlantique Nord" et qu'il a donc une dimension éminemment géographique.


J'ai déjà parlé ici de l'histoire des relations de la France avec l'organisation internationale et la décision récente du Président français de rejoindre le commandement militaire intégré, après que De Gaulle a décidé de le quitter en 1966.
On se souvient que la décision de De Gaulle se traduisit par le départ des très nombreuses troupes américaines basées à l'époque en France et la disparition des bases américaines. Les économies locales en furent profondément affectées pour certaines d'entre elles. La décision de rejoindre le commandement intégré de l'OTAN va-t-il se traduire par une réinstallation de bases militaires américaines dans nos provinces et l'arrivée massive de nouveaux GIs (et de leurs dollars) dans l'économie de nos villages ?

En attendant, comme c'est maintenant presque une tradition, les sommets du G20 comme celui de l'OTAN sont l'occasion pour les opposants à ces instances internationales, leurs actions et ce qu'elles représentent, de manifester en masse, parfois de façon assez spectaculaire... le logo de l'OTAN s'en trouvant même redessiné.


Strasbourg est une ville quasi-assiégée pour quelques jours et l'anti-sommet de l'OTAN qui se tient en même temps, a installé son camp de base au sud de la ville.
Une affiche intitulée "Coulons l'OTAN" disponible ici propose une petite cartographie pour situer Strasbourg au cas où le titre fasse penser que la ville se trouve au large des côtes françaises... ou allemandes.


Le camp de l'anti-sommet de l'OTAN a même été localisé sur une orthophoto et présenté en détails ici.
Il s'agit du fond image satellitaire de GoogleMaps, bien qu'aucun copyright n'apparaisse, la même zone apparaissant différente dans LiveMaps/VirtualEarth et dans le Geoportail.
Si vous voulez retrouver ce camp de base (qui fait face au camp retranché du centre ville), cela se passe ici :

Agrandir le plan

Vous pouvez trouver ci-dessous un clip anti-OTAN où la cartographie est mise en scène d'une façon originale :


Depuis hier les esprits se sont échauffés dans la ville alsacienne, tout comme ce fut le cas à Londres les jours précédents. Il semblerait que jouer avec les images et symboles de la terre ne permette pas toujours de retrouver espoir ni de garder son calme. On pourrait proposer à tous les participants (pro- et anti-sommets) de se retrouver sous ce même logo puisqu'il paraît que tout le monde veut la même chose dans le monde : la paix.

jeudi 2 avril 2009

La 3D envahit les écrans

Peut-être avez-vous remarqué que la troisième dimension, ou 3D, envahit les écrans : réalité virtuelle ou augmentée, images anaglyphes, navigation dans des globes virtuels et des constructions ou monuments reconstitués, et même visite dans les profondeurs des océans ou sur Mars.
La 3D n'est pas une innovation en soi. Pour s'en convaincre, il suffit de se rendre au Musée des Plans-Reliefs aux Invalides à Paris pour y admirer des plans-reliefs dont l'âge d'or remonte aux XVIIème et XVIIIème siècles.
Plus près de nous, les premières cartes rigides en relief en plastique moulé ("thermoformées") sont apparues il y a quarante ans. Elles étaient certes décoratives mais guère utilisables dans la vie courante.
Les cartes en relief proposées aujourd'hui par l'IGN permettent de se familiariser avec cette façon de représenter la terre. Mais à ce jour, l'IGN ne propose que 4 exemplaires de ces cartes en relief.

(Copyright IGN)

Quant aux cartes de la société Georelief, elles couvrent l’ensemble du territoire français à travers des collections thématiques.

Exemple de la carte en relief du département des Bouches-du-Rhône (Copyright Georelief)

A noter que j'ai déjà évoqué ici les cartes en relief pour malvoyants.

En 2008, l'association SIG L-R a organisé une journée professionnelle consacrée à la 3D dont vous trouverez ici tous les supports de présentation. Parmi les communications, celle de Thierry Joliveau s'interroge très utilement ainsi "La 3D partout, la 3D pourquoi ? Entre modes d'emploi et contrats d'usage". Aujourd'hui, la 3D, en envahissant nos écrans, sert à la fois pour travailler mais le plus souvent pour jouer. En fait il n'existe pas UNE mais DES 3D. Et quant à savoir si ces images 3D sont utiles, séduisantes, menteuses, réalistes, convaincantes, troublantes, objectives, etc. il est difficile de répondre et peut-être même que la question ne doit pas être posée ainsi.
Dans une série de quatre articles passionnants, Thierry Joliveau se demandait si l'invasion de nos écrans par la 3D ne serait pas une mode venue des jeux vidéos, en prenant comme exemple le jeu Grand Theft Auto, plus connu sous le nom de GTA, qui se déroule dans des villes imaginaires dont Liberty City dans l'État d'Alderney, qui peut faire penser à New-York par bien des aspects.

(Copyright Rockstargames)

Quand on voit un décor comme celui-ci ...

(Copyright Rockstargames)
... comment ne pas penser à New-York vu par Google StreetView ?

(Copyright Google)

Il paraît que, dans certains cas, la réalité virtuelle de certains jeux vidéos peut aider à soigner. Mais il faut quand même rester vigilant et se méfier de ne pas prendre l'univers de GTA pour celui des Bisounours, de peur de ne plus s'y retrouver.

mercredi 1 avril 2009

1er avril : Mauvais temps pour la pêche en Europe

En ce jour célèbre pour ses poissons, il peut être intéressant de se pencher sur leur devenir.
En Europe, la politique commune sur la pêche édictée par la Commission Européenne, vise à permettre un retour à un usage raisonné des ressources halieutiques. C'est le Directorate General for Maritime Affairs and Fisheries qui est en charge de la politique communautaire de la pêche. Vous pourrez trouver ici plusieurs publications de la Commission Européenne sur le secteur de la pêche dont plusieurs productions cartographiques.
Les documents sur les TAC et les quotas permettent de disposer d'une vision synthétique des quotas de pêche par espèces et par pays sur un fond cartographique faisant apparaître les zones de pêche. Voici celui pour 2009 :

(Cliquer ici pour accéder au document original)
Le site propose ces mêmes documents depuis 2002 ce qui permet de mettre en perspective les chiffres actuels.
Les principales données statistiques se trouvent ici et des vidéos très pédagogiques sont mêmes disponibles ici.
La situation de la flotte des bateaux de pêche sur l'ensemble de l'Europe est parfaitement synthétisée et présentée dans ce document qui aborde les sujets suivants :
- Typologie de la flotte
- Composition de la flotte par type d'engin de pêche
- Répartition géographique de la flotte
- Évolution du nombre de navires, du tonnage et de la puissance motrice de la flotte
- Analyse de la flotte en fonction de l'âge
Pour la France, la situation de la flotte de pêche est décrite ici. Une petite carte interactive permet d'accéder aux chiffres par régions administratives françaises sur le nombre de bateaux, le tonnage et la puissance motrice. A noter que l'usage des régions administratives s'appuie sur les principes des NUTS qui est un système de classification établi par Eurostat afin de permettre une répartition unique et uniforme par unité territoriale pour la production de statistiques régionaux pour l'Union Européenne.

(Copyright CE)

Pour la France, c'est l'IFREMER qui est chargé de donner des avis scientifiques sur les ressources halieutiques en vue de leur exploitation durable et de leur valorisation. Ces avis sont données dans le cadre de programmes de recherche dont "l’objectif est de définir les moyens et méthodes permettant d’assurer la restauration des pêcheries à un niveau optimal et durable de production d’ici 2015 et, pour cela, d’inverser les tendances à la surexploitation et de réduire la dégradation des ressources et des habitats, la fragilisation des écosystèmes et les pertes de biodiversité".
Pour mener à bien ses missions, l'Ifremer est à la fois un important producteur et consommateur de données géographiques et de cartes, sous différentes formes et sur de très nombreux thèmes, comme vous pouvez le découvrir à partir de cette interface.
En matière de pêche et de ressources halieutiques, une partie des cartes produites par l'Ifremer s'appuient sur un Système d'Informations Halieutiques (auquel j'eus l'occasion de collaborer par le passé). Ce système d'informations exploite les très nombreuses données recueillies par un important réseau d'observateurs chargés de la collecte des données auprès des professionnels de la pêche et de la filière (enquêtes et échantillonnages), à terre, sur les quais, mais aussi à bord de navires de pêche professionnels ou des navires océanographiques.
Vouc pouvez découvrir ici un exemple des cartes produites par l'Ifremer comme par exemple celle ci-dessous qui concerne la ressource halieutique de la baie de Douarnenez.

(Copyright Ifremer)

D'une façon plus générale, l'Ifremer produit des cartes et des atlas dont vous pouvez trouver ici les principaux titres.
 
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