jeudi 25 juin 2009

Les portes du pénitencier...

Le 22 juin dernier, lors de son discours devant le Parlement réuni en congrès à Versailles, le Président de la République a évoqué la situation des prisons françaises. On peut trouver la vidéo de ce discours ici et le document du texte du discours ici.
Le Président a notamment déclaré :
"La détention est une épreuve dure. Elle ne doit pas être dégradante. Comment espérer réinsérer dans la société ceux qu’on aura privés pendant des années de toute dignité ? L’état de nos prisons, nous le savons tous, est une honte pour notre République."
En prononçant ces paroles, le Chef de l'Etat a tenu compte des critiques formulées dans le premier rapport annuel remis en avril dernier par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, lesquelles critiques corroborent massivement les constats et conclusions des nombreux rapports parus depuis près d’une décennie notamment ceux de l'Observatoire International des Prisons (OIP).
C'est l'occasion de se pencher sur la carte des établissements pénitentiaires français que propose le site du Ministère de la Justice dont dépend l'administration pénitentiaire :

En cliquant sur chacune des grandes régions de cette carte on peut accéder au détail de la localisation des établissements pénitenciers avec des symboles différentes selon le type d'établissement comme ici le cas de l'Ile de France :

Au 1er janvier 2009, la France compte :
- 194 établissements pénitentiaires (111 maisons d’arrêt, 77 établissements pour peine, 6 établissements pénitentiaires pour mineurs - EPM)
- 62 000 personnes détenues dont 83,5 % passent un an ou moins en détention
- 160 000 personnes suivies en milieu ouvert
- 7 nouveaux établissements pour majeurs et 2 quartiers courtes peines (QCP) en 2009, soit 5 130 places supplémentaires
- 103 services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP)
- 33 000 agents dont 24 300 personnels de surveillance
- 6 000 intervenants au quotidien en détention, dont 2 200 personnels de santé
- 11,8 % des condamnés bénéficient d'un aménagement de peine
- 2,4 milliards d’euros de budget annuel global
Derrière ces chiffres officiels et qui ne disent rien de l'état des prisons et de la situation des détenus, le discours du Président de la République sonne à la fois comme un aveu et comme un nouveau départ dans la politique pénitentiaire française au moins en ce qui concerne les conditions de vie des détenus. Espérons-le...
En attendant, puisque les détenus ne voient souvent du monde qu'un bout de ciel, à nous d'observer, depuis le ciel, les prisons françaises et leurs formes géométriques souvent si caractéristiques.



Comment ne pas repenser ici à Michel Foucault qui en 1667 parlait dans son "Histoire de la folie à l'âge classique" du grand enfermement à propos de la construction de l’Hôpital général et de l’Édit d’enfermement des pauvres : cela devait être un hôpital où l'on soignerait les malades, cela devint une prison où les malades étaient considérés comme des criminels. "Michel Foucault note la grande similitude dans les modes de traitements accordés ou infligés à de grands groupes d'individus qui constituent les frontières du groupe social : les fous, les condamnés, certains groupes d'étrangers, les soldats et les enfants. Il considère que, finalement, ils ont en commun d'être regardés avec méfiance et exclus, par un enfermement en règle dans des structures fermées, spécialisées, construites et organisées sur des modèles similaires (asiles, prisons, casernes, écoles) inspirés du modèle monacal, ce qu'il a appelé "institution disciplinaire"".
A la même époque, Vauban construisit la citadelle de Saint-Martin de Ré qui allait devenir entre 1873 et 1938 une étape pour les condamnés au bagne, notamment vers la Nouvelle-Calédonie puis vers la Guyane. Aujourd'hui la citadelle, en tant que pénitencier, est toujours en activité : c'est une maison centrale qui accueille plus de 400 détenus :

Il me revient alors à l'esprit la chanson de Léo Ferré "Merde à Vauban"
"Bagnard, au bagne de Vauban
Dans l'îl' de Ré
J'mang' du pain noir et des murs blancs
Dans l'îl' de Ré
A la vill' m'attend ma mignonn'
Mais dans vingt ans
Pour ell' je n'serai plus personn'
Merde à Vauban"

Bagnard, je suis, chaîne et boulet
Tout ça pour rien,
Ils m'ont serré dans l'îl' de Ré
C'est pour mon bien
On y voit passer les nuages
Qui vont crevant
Moi j'vois s'faner la fleur de l'âge
Merde à Vauvan

Bagnard, ici les demoiselles
Dans l'îl' de Ré
S'approch'nt pour voir rogner nos ailes
Dans l'îl' de Ré
Ah ! Que jamais ne vienne celle
Que j'aimais tant
Pour elle j'ai manqué la belle
Merde à Vauban

Bagnard, la belle elle est là-haut
Dans le ciel gris
Ell' s'en va derrière les barreaux
Jusqu'à Paris
Moi j'suis au mitard avec elle
Tout en rêvant
A mon amour qu'est la plus belle
Merde à Vauban

Bagnard, le temps qui tant s'allonge
Dans l'îl' de Ré
Avec ses poux le temps te ronge
Dans l'îl' de Ré
Où sont ses yeux où est sa bouche
Avec le vent
On dirait parfois que j'les touche
Merde à Vauban

C'est un p'tit corbillard tout noir
Etroit et vieux
Qui m'sortira d'ici un soir
Et ce s'ra mieux
Je reverrai la route blanche
Les pieds devant
Mais je chant'rai d'en d'ssous mes planch's
Merde à Vauban"


(Texte de Pierre Seghers, musique de Léo Ferré)

2 commentaires:

Thierry a dit…

Bonjour Christophe,
Je lis toujours avec intérêt tes billets. Une petite correction dans celui-ci: en fait les paroles de Merde à Vauban sont du poète Pierre Seghers

TerrImago a dit…

Bonjour Thierry,
Merci pour ton commentaire sympathique et ta précision sur la paternité des paroles de la chanson de Léo Ferré.

 
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