mardi 30 juin 2009

Le journal télévisé : une certaine vision du monde depuis 60 ans

En juin 1949, le premier journal télévisé (JT) est apparu sur les écrans des quelques postes de télévision qui existaient alors dans les foyers. Ces jours-ci, les présentateurs actuels de JT fêtent cet anniversaire à leur façon en invitant leur confrères les plus connus, les "institutions" du métier. De son côté, l'INA propose sur son site d'archives audiovisuelles ("relooké" depuis quelques temps) de nombreuses séquences de JT depuis 60 ans.

Le JT tient aujourd'hui une place de premier plan dans la "cosmogonie" collective des sociétés, au moins dans les pays où l'accès à la télévision est largement assuré. Les images diffusées aux JT ne font pas seulement le tour du monde : elles "font" le monde. La "vérité" sort désormais de la bouche des présentateurs-journalistes et des caméras des reporters. "Mais puisqu'ils l'ont dit aux informations !" : n'est-ce pas là une devise qu'on entend couramment, assénée comme une vérité incontestable, prétendant garantir à elle seule la sincérité et la crédibilité de tout ce qui est dit et montré au JT ?
Les images du monde passent désormais en boucle sur nos écrans et maintenant sur nos postes d'ordinateur par le biais d'Internet. Et, comme pour enfoncer le clou, des chaînes spécialisées d'information, apparues depuis depuis quelques années, les passent en boucle toutes les 15 minutes, au risque de nous faire baigner dans une sorte de "saturation informationnelle" doublée d'une "tyrannie de l'information instantanée", d'une retransmission, partout et tout le temps, des images du monde en direct. L'information alors devient totalisante et purement émotionnelle, elle abandonne le terrain de l'explication, du recul et du temps nécessaire pour comprendre, et cède à la tentation de l'"image manipulatrice" qui n'explique plus rien parce qu'elle ne cherche qu'à émouvoir. Le "risque totalitaire" n'est alors jamais très loin. Ce règne de l'immédiateté des temps modernes est dénoncée notamment par Paul Virilio dans "La vitesse de libération" où il parle du monde comme "télécité interconnectée" qui introduit une nouvelle pollution dite dromosphérique" (du grec dromos qui signifie course).
Quant à la prétendue "objectivité et impartialité" des journalistes, ceux du JT et les autres, voilà bien longtemps que cette illusion a été démasquée et démentie, notamment par Serge Halimi dans "Les nouveaux chiens de garde".
Pour en revenir au JT, j'ai découvert avec amusement que les premières images retransmises au premier JT, ont été prises depuis une caméra embarquée sur une montgolfière qui a fini... dans un arbre et a partiellement brûlé.
On peut les découvrir ces premières images sur le site de l'INA mais en voici un aperçu diffusé hier au JT de France 3. Il s'agit d'une image aérienne de l'Hôtel des Invalides à Paris :

(Copyright INA-France3)
Voir le monde depuis le ciel est donc un point de vue choisi depuis le début par les JT. Il ne faut pas s'étonner alors d'un usage et parfois excessif des images satellitaires et aériennes dans les JT d'aujourd'hui comme par exemple cette image aérienne en simili-perspective récemment utilisée pour faire ressortir les écoles du 15ème arrondissement de Paris qui ont été touchées par l'épidémie de grippe A. Je me demande toujours ce que les journalistes ont voulu expliquer en utilisant cette imagerie aérienne plutôt qu'un plan classique... l'imagerie aérienne et satellitaire serait-elle en train de devenir une sorte d'outil de localisation de référence pour les journalistes, victimes consentantes de la "googlomapisation" du monde ?

(Copyright France2)
Ce qui m'a également interpellé dans le petit rappel historique diffusé hier, c'est l'usage et la mise en scène, très tôt, d'un globe terrestre animé dans le générique des JT et d'un globe terrestre de grande dimension dans le décor de présentation des JT :

(Copyright INA-France3)
Aujourd'hui on retrouve l'usage de globes et de cartes dans les animations et décors de studios de nombreux JT.
Je profite de ce billet pour signaler que le site de l'INA propose ici le géoréférencement de certaines de ses archives audiovisuelles :

(Copyright INA)
Cette géolocalisation des archives s'appuie sur Google Maps. Pour l'instant, très peu d'archives ont été ainsi géoréférencéees mais on imagine que la carte va se remplir progressivement.
Un accès cartographique aux archives de l'INA est également disponible dans certains dossiers du site de l'INA (en plus d'un accès par une frise chronologique) comme, par exemple, dans le dossier "Repères méditerranéens" :

(Copyright INA)
Certains contenus de l'INA sont déjà disponibles sur le Geoportail de l'IGN :

(Copyright IGN. Cliquer ici pour y accéder)
"Dans l’interface de visualisation 2D du Géoportail, choisissez le profil Expert, ouvrez le thème Services Publics et cliquez sur la couche Vidéos INA.
A partir de l’échelle 1:500 000, les pictos INA s’affichent. Cliquez sur un picto. Une fiche info vous donne accès à une dizaine de séquences vidéos liées à la ville de votre choix. Le programme des actualités est divers et varié.
Un lien permet également d’accéder au site de l’INA pour ceux qui veulent en savoir plus sur l’extrait choisi. Et à terme, toutes les communes de France auront leurs "vidéos souvenirs"".

Malheureusement, pour l'instant, toutes les archives sont indisponibles et un superbe "Erreur 404 : Page non trouvée" s'affiche inexorablement... "Vous recherchez quelque chose sur Ina.fr ? La page que vous avez essayé d'atteindre n'a pas été trouvée. Vous avez peut-être utilisé un lien trop vieux ou vous avez tapé une adresse (URL) incorrecte." C'est aussi cela le risque avec l'information instantanée : que sa durée de vie ne soit jamais très longue et que les liens entre les informations, principe de base de l'Internet, deviennent rapidement trop vieux...
 
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