
HOME vise à présenter, de façon à la fois esthétique et didactique, l'impact de l'homme sur la planète et à expliquer les problèmes actuels tout en rappelant qu'une solution existe. Composé d'images de plus de 50 pays vus du ciel, HOME se veut une ode à la planète, à la vie animale et végétale, mais aussi un plaidoyer engagé en faveur de l'environnement qui cherche à susciter des prises de conscience comme avait cherché à le faire en 2006 le film "Une vérité qui dérange" de l'ancien Vice-Président américain Al Gore. D'ailleurs, Yann Arthus-Bertrand a déclaré à propos du film d'Al Gore "En deux heures, il en fait plus pour l'environnement que moi en dix ans !". C'est juste après ce film, que Yann Arthus-Bertrand s'est lancé en 2006 dans cette aventure.
Pour ce projet, Yann Arthus-Bertrand s'est entouré d'une équipe de professionnels dont certains avaient déjà assisté le photographe dans ses projets précédents comme "La Terre vue du ciel" ou le film "Vu du ciel".
L'équipe du film s'est rendue dans 54 pays, effectuer 217 jours de prises de vue et elle est revenue avec 488 heures de rushs réalisés à l'aide de la caméra Cinéflex, caméra haute définition gyrostabilisée par ordinateur, installée à bord des hélicoptères utilisés pour survoler les régions filmées.
A noter que grâce au soutien qu'il a réussi à trouver dans les milieux cinématographiques français et au financement de PPR, HOME est libre de droit, et il est diffusé gratuitement dans les 55 000 écoles primaires de France en DVD, qu'on peut par ailleurs se procurer à un prix modique (environ 5€).
Le film peut aussi être visionné gratuitement sur Youtube jusqu'au 14 juin 2009 ici :
Parmi les quelques critiques qu'il est possible de faire au film et dont certaines ont déjà été évoquées lors du débat qui a eu lieu sur France 2 après la diffusion du film sur cette chaîne, certaines pourront se rapprocher des critiques faites au film d'Al Gore.
De façon générale, un film comme celui-ci tente de concilier deux registres qui ne sont pas toujours conciliables : le registre de l'émotion et le registre du discours scientifique. L'exercice n'est pas simple, il est parfois impossible.
Ainsi, le film égrène chiffres et images dans un mariage qui se veut de raison et qui, par moments, force à un grand écart entre l'émerveillement lié à l'aspect sensationnel des images et la réflexion qu'impose la compréhension et la mise en perspectives des chiffres.
Pour ma part, et bien modestement, j'ai deux remarques à faire sur ce film. L'une porte sur la diversité des échelles et des angles des prises de vues, alternant, sans transition le plus souvent, entre des vues à très basse altitude et d'autres à haute altitude et entre des prises de vue obliques rapprochées et des vues azimutales éloignées. Passer de l'un à l'autre ne devrait pas troubler le géographe que je suis, habitué aux changements d'échelles souvent indispensable pour décrire des lieux ou encore pour appréhender des phénomènes. Or c'est précisément ce qui me pose problème. On retrouve ce même genre de procédé dans les films de l'émission Thalassa "Tour de France du littoral vu du ciel" ou "Tour d'Europe du littoral vu du ciel". Mais ces films ne mélangent pas vues obliques et vues azimutales, facilitant ainsi une découverte visuelle cohérente d'un bout à l'autre des paysages des littoraux, ce qui n'est pas le cas de HOME. Les changements de hauteur et d'angles de vues nécessitent une gymnastique de l'esprit pour pouvoir resituer les images dans leur contexte géographique. Or les images défilent, ne laissant pas le temps à cette remise en situation des contenus des images ni au temps nécessaire à l'esprit pour passer d'une échelle à l'autre des images d'un même lieu ou phénomène.
Autre remarque que je souhaite souligner à propos de ce film, c'est que celui-ci ne comporte quasiment aucune carte, ne serait-ce qu'une carte de localisation des scènes filmées et donc des phénomènes représentés. Ce manque de repérage et de relocalisation des images pose problème puisque le discours qui se veut un discours de nature géographique, ne s'appuie sur aucune carte souvent indispensable comme support au discours et à l'analyse géographique. Seules, quelques animations à partir de séries d'images satellitaires sur un globe virtuel qui ressemble beaucoup à Google Earth, essaient de reconstituer l'évolution de phénomènes témoins d'une dégradation de notre planète comme, par exemple, la fonte des glaces au pôle nord.
Pour compenser ce manque de cartes dans le film, le site Internet du film propose un globe virtuel interactif sur lequel on peut visualiser certaines photos de film qui sont géolocalisées avec le nom de lieu et le pays ainsi que les coordonnées géographiques.

Mais surtout, le site permet d'accéder à une carte sur GoogleMaps qui permet de prolonger et compléter le film par des informations et contenus supplémentaires géolocalisés sur les fonds cartographiques de Google. Il est ainsi possible de visualiser les principaux lieux de tournage du film avec certaines des images ou séquences vidéos ainsi géolocalisées :

Ce site cartographique permet également de soutenir le projet ("Soutiens le film HOME et participe à cet événement mondial! Explore la carte et affiche ton soutien au projet"), de trouver les événements faisant partie de la sortie mondiale du film ("Toi aussi fais partie de l'aventure et inscrit-toi à l'un d'eux pour y assister. Pour plus d'informations regarde cette carte et enregistre-toi"), de crééer son prope événement de soutien au film ("Toi aussi tu peux diffuser HOME le 5 juin pour tes amis, ta famille et tes proches. Crée ton événement HOME et soutiens le projet"), de prolonger le film par des informations complémentaires ("Découvre un complément d'informations sur les sujets évoqués par HOME : biodiversité, réchauffement climatique, l'eau et la pauvreté. GoodPlanet nous propose d'approfondir nos connaissances et de comprendre les problèmes et solutions existantes")

Enfin, le site invite les internautes à débattre du film et de découvrir comment agir en faveur de la planète, sur le forum de la fondation GoodPlanet.org, une association à but non-lucratif fondée par Yann Arthus-Bertrand et qui vise à "Mettre l'écologie au coeur des consciences".
La sortie du film a été accompagnée de la publication d'ouvrages dont un livre pour la jeunesse intitulé HOME. Il était une fois la Terre avec une découpe en forme de Terre donnant à ce livre un aspect original, et écrit par Isabelle Delannoy qui fait le récit de la Terre sur un mode poétique, en apportant des informations documentaires accessibles aux plus jeunes. "Un livre pour comprendre, réagir…et agir !"

(Copyright Editions La Martinière)
HOME est annoncé comme "un film compensé carbone", ce qui veut dire que les émissions de gaz à effet de serre provoquées par l'utilisation d'avions, d'hélicoptères et autres équipements, ont été compensées c'est-à-dire payées au prix de la tonne de carbone d'après un modèle validé par l'ADEME et Goodplanet.org. Les sommes d'argent ainsi récoltées servent à financer des projets permettant de délivrer une "énergie propre" à des gens qui n'en disposent pas.
Peut-être une idée à suivre pour tous les déplacements des 88 000 collaborateurs de PPR...


1 commentaires:
Je partage assez largement vos réserves sur ce film qui illustre une tendance inquiétante à faire cohabiter des données "scientifiques" avec les artifices d'une mise en scène spectaculaire visant plus à stimuler l'émotion que l'intelligence. Certes, les images sont belles et le sujet grave mais le contenu est souvent bien peu scientifique et même, à mon avis, plutôt anti-pédagogique.
A force de raccourcis et d'amalgames, le discours se décrédibilise et ne fourni pas au spectateur les éléments de compréhension et de réflexion qu'il est en droit d'attendre sur ces questions essentielles.
Pour ne prendre qu'un exemple à propos duquel j'ai déjà eu l'occasion de mettre en garde l'ONG "Good Planet" ou le site "vu du ciel" contre l'utilisation récurrente de vieux poncifs coloniaux sur la déforestation à Madagascar :
Les spectaculaires formes d'érosion malgaches (les lavakas), sont présentées dans le film (vues du sol juste après les images verticales de la déforestation amazonienne), comme l'illustration des conséquences d'une déforestation d'origine humaine or ces formes d'érosion sont bien antérieures à l'arrivée des premiers habitants de l'île et ont des causes géo-hydrologiques bien connues. Par ailleurs, l'hypothèse de la pauvreté comme principale cause de cette déforestation dans les pays du sud est un discours idéologique, corps de doctrine des économistes de la Banque Mondiale, largement dénoncé par la communauté scientifique.
Un point cependant sur lequel je ne suis pas sûr de vous suivre. Le conseil que vous faites aux collaborateurs de PPR de s'engager sur le marché du carbone. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, ils risqueraient de le faire !
Ce dispositif s'appuie certes au départ sur le principe pollueur-payeur qui peut avoir quelques vertus pédagogiques mais il présente aussi de nombreux effets pervers et des contradictions inquiétantes en particuliers pour les pays du suds où il alimente corruption, spéculation foncière et néocolonialisme. Un très intéressant article géographique à ce sujet :
http://www.cybergeo.eu/index22065.html
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