Avant de devenir cinéaste, Eric Rohmer, de son vrai nom Maurice Scherer, fut d'abord professeur de lettres, germaniste et écrivain. Cessant son activité d'enseignant, il devint critique dans diverses revues cinématographiques : Les Temps modernes, La Revue du cinéma, Les Cahiers du cinéma.
Il fonde La Gazette du cinéma où il fait la connaissance de Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, François Truffaut, ou encore Claude Chabrol, autres cinéastes qui, aux côtés d'Eric Rohmer, sont à l'origine de la "Nouvelle Vague".
Si Eric Rohmer est surtout connu pour ses longs métrages ("Ma nuit chez Maud", "Le genou de Claire", "Pauline à la plage", "Les nuits de la pleine lune", "Le rayon vert", etc.), ses courts métrages sont peut-être moins connus. Il les a réalisés dans les années 60 et 70, notamment ceux mettant en scène la ville de Paris comme "La boulangère de Monceau" réalisé en 1962 ou encore "La carrière de Suzanne" tourné en 1963, et qui font partie tous les deux des Six contes moraux.
Eric Rohmer a également participé au film "Paris vu par…" qui est un film collectif français à sketches, sorti en mai 1965. D'une durée totale de 92 minutes, il réunit les courts-métrages de six des réalisateurs de la "Nouvelle Vague" : Jean Douchet, Jean Rouch, Jean-Daniel Pollet, Éric Rohmer, Jean-Luc Godard et Claude Chabrol. Chaque cinéaste y filme un quartier différent de Paris, sur un ton ironique, et même cynique. Eric Rohmer s'est concentré sur la Place de l'Étoile.
Dans ses films et surtout ses courts métrages, Eric Rohmer n'a pas fait que mettre en scène la ville et les transformations des paysages. A l'image de Francesco Rosi dans "Main basse sur la ville", Eric Rohmer a fait de la ville un véritable personnage de ses films et pas seulement un décor. La ville bouge, se transforme, vit, vieillit, des villes anciennes meurent, des villes nouvelles naissent, etc. La ville est un personnage parmi les autres et elle est donc mise en scène au même titre que les autres personnages du film. En un sens, on pourrait considérer Eric Rohmer comme un cinéaste de l'espace urbain qui met en images non pas pour ne la montrer que comme décor mais pour la mettre en scène comme un véritable être humain. Eric Rohmer dépeint et décrit la ville à la fois comme un être de raison qui obéit à des principes logiques mais aussi comme un être de passion, sensible et plein de mouvements, de tensions et de contradictions. Eric Rohmer, un "géo-cinématographe" de la ville ? On pourrait retrouver cette tendance dans les films d'autres réalisateurs de la "Nouvelle vague" comme dans "A bout de souffle" de J-L Godard, "Le feu follet" de Louis Malle, "Les 400 coups" de François Truffaut, ou encore "Ascenseur pour l'échafaud" de Louis Malle.
Eric Rohmer s'est intéressé de près à la ville moderne et aux transformations profondes des paysages urbains, notamment lors de la construction des villes nouvelles.
"L'ami de mon amie" tourné en 1987 et qui constitue le sixième film de la série "Comédies et proverbes", a été entièrement tourné dans la ville nouvelle de Cergy-Pontoise.
"Ici la banlieue est montrée sous une lumière idyllique. Ces jeunes fonctionnaires semblent en vacances dans un "Club Med" aux portes de Paris. Depuis cette ville, on voit en effet les tours de la Défense, mais aussi des petites vallées et un petit lac au bord duquel Blanche et Fabien vivront, au rythme de la planche à voile, leur amour." On se demande si les villes nouvelles n'incarnent pas ce projet un peu fou des "villes à la campagne" des architectes urbanistes des années 60.
On peut se procurer ce film sur un DVD édité par les éditions Opening qui ont eu la bonne idée d'ajouter en supplément un autre court métrage d'Eric Rohmer "Les métamorphoses du paysage". Il s'agit d'un documentaire tourné par Eric Rohmer en 1964 à propos des profondes transformations de l'agglomération parisienne au cours des années 60.
En tant qu'ancien enseignant, Eric Rohmer a gardé un certain goût pour la pédagogie et la démonstration. Outre ses films et courts-métrages, on peut découvrir sur le site de l'INA, une série de trois documentaires de 1975 présentés par Eric Rohmer et Jean-Paul Pigeat illustrant les villes nouvelles alors en pleine construction à cette époque.
- Enfance d'une ville nouvelle
- La diversité du paysage urbain
- La forme de la ville nouvelle
A la fin du documentaire "Métamorphoses du paysage", on peut entendre le commentaire suivant : en 1964, les transformations de la ville et les projets urbains étaient alors encore porteurs d'espoir pour le cinéaste...
"Jetons donc pour finir un regard indulgent sur ce paysage industriel qui est en train d'entrer dans l'histoire. Les usines de l'avenir iront dans les campagnes se terrer derrière les bosquets. Sur ce qui fut la banlieue souffreteuse, s'élèvera bientôt un monde propre, net, rangé. Nos raisons de nous réjouir l'emportent sur nos regrets.Et nous osons garder l'espoir que le cadre futur de notre existence laissera dans sa rigueur une porte ouverte à la rêverie".
lundi 22 juin 2009
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)


3 commentaires:
Bonjour.
Merci pour cet intéressant billet.
Une question? Savez vous (avant que je me lance dans de grandes recherches...:) s'il est possible et où, de se procurer le DVD du film "Paris vu par"?
Merci d'avance pour votre réponse
Le DVD de "Paris vu par..." est sorti en février 2009. L'éditeur est Opening et le distributeur Aventi Distribution :
http://www.opening.fr/fr/produit_47_opng_49612_acheter_DVD_Paris_vu_par....php
Merci à vous c'est très gentil
Un électron libre :)
Enregistrer un commentaire