samedi 30 mai 2009

Le Festival des Voyageurs a 20 ans : bon anniversaire !

Le Festival international du livre et du film "Etonnants voyageurs" s'ouvre aujourd'hui à Saint-Malo pour tout le week-end de Pentecôte. Il fête cette année son vingtième anniversaire, avec pour thème : "Monde en crise, besoin de fiction".
A propos de l'anniversaire de ce festival, Michel Le Bris, l'un de ses fondateurs et actuel directeur, spécialiste de R.L. Stevenson, affirmait récemment qu'il s'agissait de "Vingt années animées par une même passion : que la littérature ose enfin s’affirmer "aventureuse, voyageuse, ouverte aux vents du monde, soucieuse de le dire". Un monde, sous nos yeux, disparaissait un autre naissait : n’était-ce pas aux artistes, aux écrivains de nous le donner à voir ? Seule, la littérature française, occupée par son nombril, paraissait résolue à l’ignorer… Notre programme, affiché dès la 1ère édition : "Quand les écrivains redécouvrent le monde". Et nous n’avons jamais dévié."
On peut relire ici le Manifeste "Pour une littérature monde en Français" publié en mars 2007 dans Le Monde et auquel une suite a récemment été donnée ici.
L'affiche du Festival pour cette édition représente une vue de la cité de Saint Malo issue d'une huile sur toile d'Ambroise Louis Garneray de 1823 :

(Cliquer ici pour l'afficher en grand)
(Copyright CCI Paris)

Cette année, le Festival rend hommage à Bertrand Tavernier à l'occasion de son dernier film "Dans la brume électrique", que je vous conseille d'aller voir au cinéma, une adaptation du roman de James Lee Burke, invité surprise.
Parmi les nombreux autres invités du Festival, on pourra voir et entendre Gilles Lapouge, un habitué de cette manifestation et qui, pourtant, réfute l'appellation d'écrivain voyageur. Parmi les derniers ouvrages parus de Gilles Lapouge, je me permets de vous inviter à lire "La légende de la géographie" paru cette année chez Albin Michel.

(Copyright Albin Michel)
Plutôt que "lire", je devrais mieux écrire "dévorer" tant j'ai lu cet ouvrage en à peine deux jours, comme si je ne pouvais pas m'arrêter avant la dernière page. On y trouve de superbes passages sur l'histoire de la géographie, cette "discipline" à la croisée des chemins dans tous les sens du terme.
Dans cette video d'un entretien récent très court accordé par Gilles Lapouge pour l'émission "Un livre un jour", celui-ci cite cette phrase de Napoléon "L'histoire c'est la géographie" :


Découvrez "La Légende de la géographie" de Gilles Lapouge sur Culturebox !
Mais l'histoire c'est aussi la cartographie :

(Source Wikipedia)

Voici ce que je considère comme un bon résumé de cet ouvrage de 276 pages "L’histoire de l’homme est inséparable de la planète qu’il habite, des mers, des continents et des climats. Loin d’être une science exacte ou même une discipline, la géographie est avant tout de l’Histoire, et aussi du rêve, de l’imagination, de l’utopie, de l’imagination, de la fable, de la mythologie, de la tromperie, du vagabondage, de la philosophie, du roman, avec un peu de géologie et de mathématiques. De Ptolémée et d’Hérodote à Vidal de la Blache et à Google Earth qui survole le toit de nos maisons, Gilles Lapouge raconte la prodigieuse aventure de la géographie, au gré des millénaires et des civilisations. Lui-même vagabond endurci et écolier buissonnier amoureux de cartes et d’estampes, il s’est très tôt passionné pour ces savants, voyageurs navigateurs et autres traceurs de frontières parce que justement, ils ne savaient ce qu’ils cherchaient, ni où ils allaient, mélangeant routes et vents, et se perdant dans leurs songes."
Pour Gilles Lapouge, la géographie est avant tout une affaire de rêves et d'imaginaires (à ce propos on peut aussi lire le superbe essai de Gilles A. Tiberghien "Finis Terrae : Imaginaires et imaginations cartographiques" paru aux Éditions Bayard et que j'ai déjà évoqué ici et sur lequel je reviendrai prochainement).
Mais la géographie est aussi faite d'erreurs, de manipulations et rarement de visées justes et de conceptions avérées du monde. Cartographier c'est décrire le monde non pas comme il est (car nous avons tous une représentation différente du monde) mais comme on a envie ou besoin de le décrire, que ce soit pour prolonger nos rêves ou nos craintes ou encore pour mentir par nécessité, par obligation (on peut aussi lire à ce propos l'ouvrage de Mark Monmonier "Comment faire mentir les cartes ou du mauvais usage de la géographie"). Les cartes les plus justes et les plus belles sont celles qui décrivent le monde comme un mélange d'espoirs, de visions, de projets, de peurs, et donc d'erreurs. "La découverte de la Terre est un jeu de colin-maillard. Géographes et explorateurs avancent les yeux bandés. Pas étonnant qu'ils ne tombent jamais sur le bon coin. Ils mettent au jour, non ce qu'ils cherchent mais ce qu'ils fuient. C'est le ressort de leur art : comme ils se paument tout le temps, ils recensent passionnément les envers du monde. Chaque bévue ajoute un détail à leur atlas. La nuit est leur guide"
"S'il est véritable, comme je le crois, que la géographie fut imaginée et pratiquée par des hommes avides de se perdre et habiles à le faire, familiers de la nuit des choses et qui avaient la crainte de ne pas se rappeler le chemin de leurs demeures, alors le géographe aveugle cesse d'être une anomalie. Il devient la règle. Il est la figure même du géographe. Il est la géographie en personne. Son saint patron."
La cartographie (que Lapouge appelle la science géographique) présente un redoutable génie : elle révèle et dissimule en même temps.
"C'est pourquoi on la compare parfois comparée à la rhétorique, cette science qui permet au langage de dire en même temps la vérité et le mensonge"
Quel plus bel exemple que cette confrontation entre une carte (telle que des cartographes dont c'est le métier l'ont établie) et une certaine image de la réalité (celle que les appareils photographiques de l'IGN ont enregistrée depuis le ciel et qu'on peut découvrir dorénavant dans Google Earth) pour illustrer que la carte n'est pas la réalité.

(Copyright Google Inc., TeleAtlas pour la carte, IGN pour l'image aérienne)

Et il ne faut pas oublier que l'histoire de la cartographie c'est d'abord l'histoire de commerçants, d'explorateurs, d'aventuriers, de guerriers, de moines, de fous, d'écrivains... de gens qui ne sont pas des cartographes avant tout.
Les cartographes d'aujourd'hui ne devraient pas oublier de qui ils sont les descendants et peut-être aussi un peu les héritiers...
Parmi les autres ouvrages récents de Gilles Lapouge, on pourra lire avant autant d'intérêt "La maison des lettres, conversations avec Christophe Mercier" paru cette année chez Phébus et "L’encre du voyageur" paru en 2007 chez Albin Michel couronné du Prix Femina.
 
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