
(Copyright Editions du Cavalier Bleu)
Cet ouvrage a été publié sous la direction de Françoise De Blomac, rédactrice en chef de la revue SIG La Lettre (http://www.sig-la-lettre.com) dont les Premières Rencontres viennent d'avoir lieu à l'ENSG à Marne-la-Vallée.
Ma lecture m'a fait alterner entre plaisir, surprise, humour, et même parfois une certaine émotion (mais si, mais si).
Rappelons que la collection "Comment je suis devenu..." consiste en des entretiens guidés par des thèmes communs avec une dizaine de représentants de la profession concernée. En l'occurrence, les entretiens avaient tous comme thèmes :
- la vocation
- le cursus
- expériences de la géomatique
- les figures marquantes
- regard sur la géomatique.
L'introduction et l'entretien avec Jean-Marc Orhan sont annoncés ici sur le site des Editions du Cavalier Bleu... malheureusement seule l'introduction par Denise Pumain, Professeur des universités, Institut Universitaire de France (elle-même parmi les géographes interrogées dans le "Comment je suis devenu géographe") est disponible sur le site.
Parmi les géomaticiens interrogés, j'y ai reconnu plusieurs des personnes croisées au cours de ma vie professionnelle, me faisant penser qu'il s'agit encore d'un milieu assez microscosmique.
Pourtant il paraît que le secteur de la géomatique regroupe environ 15000 personnes en France, oeuvrant dans des milieux très variés.
Précisément, et sans prétendre à une parfaite représentativité, l'ouvrage a cherché, à travers les géomaticiens/géomaticiennes interrogés, à illustrer la diversité des milieux professionnels et d'activité où ils/elles exercent.
L'ouvrage illustre donc la grande variété des parcours de formation suivis. Polytechnicien, ingénieur des travaux publics, ingénieur géographe, cartographe, géographe, géologue, agronome, informaticien, mathématicien, etc. Il y a en pour tout le monde et pour toutes les compétences, y compris celles acquises sur le tas et sur le tard.
A noter que les parmi les géomaticiens interrogés, l'amour des cartes depuis l'enfance n'a pas été une condition systématique pour devenir ou se dire géomaticien, même si plusieurs citent cette passion des cartes mais aussi des romans d'aventure. La carte d'identité d'un géomaticien n'est donc pas toujours empreinte d'une carte géographique en filigrane.
Au passage on peut remarquer que sur les 12 entretiens, il n'y a que 3 femmes pour 9 hommes : la géomatique serait-elle un milieu d'hommes ?
Le plus émouvant dans ces entretiens c'est quand, parlant de leur enfance, d'un parent, d'une épouse ou d'un époux, d'un d'un enseignant, d'un collègue, etc. ces géomaticiens s'expriment avant tout comme des hommes et des femmes qui font de la géomatique. Ils s'agit d'abord d'êtres humains avec leurs lots d'espoirs, de chances, de succès, de malheurs, de joies, d'épreuves et de rencontres avec d'autres hommes et femmes qui les ont marqués et qui ont parfois eu de l'influence sur leur vie, leur parcours professionnel et leur pratique de la géomatique.
On savait déjà que la géomatique est une discipline très récente. Le terme même de géomatique, contraction de géographie et d'informatique, semble avoir connu une histoire mouvementée puisqu'il semble dater des années 70 et avoir vu le jour en France où il n'a d'abord pas connu de succès, avant de franchir l'Atlantique puis d'en revenir au tout début des années 90 pour y disposer maintenant d'une certaine notoriété,... au moins dans le cercle des initiés.
Aujourd'hui, des produits et services de géomatique comme Google Maps, Google Earth, Virtual Earth, Geoportail, etc. sont devenus connus du grand public et des medias, et ils sont accessibles par tous et de n'importe où. Du fait du succès grandissant de ces services, bien des personnes qui mettent en place ces services et a fortiori ceux qui les utilisent, ne savent pas qu'il s'agit de géomatique. Ils font de la géomatique sans le savoir comme M. Jourdain pour la prose. Le terme de géomatique n'a donc pas vraiment bénéficié du succès planétaire des services de géographie numérique. Est-ce un problème ? Pas sur. Pourtant il paraît que nommer les choses c'est les faire être...
A ce titre il est symptomatique de constater que dans "Les 100 mots de la géographie" de Jérôme Dunlop, qui vient de paraître aux Editions PUF dans la mythique collection "Que-sais-je ?", le terme géomatique n'apparaît pas : seul le terme de SIG est mentionné.
Dans son "Que sais-je ?" sur "La cartographie" (n° 937) paru en 1994, Fernand Joly évoque ainsi la géomatique, qui vient à peine d'arriver en France à la date de parution de l'ouvrage : "La plus grande uniformité des moyens, des méthodes et des procédés entraînera sans doute moins d'originalité, mais plus d'homogénéité dans la facture des cartes futures. Comme dans bien d'autres cas, une certaine unification des techniques sacrifiera progressivement la singularité des produits au profit, espère-t-on, de leur efficacité". 15 ans plus tard, l'ouvrage "Comment je suis devenu géomaticien" ne nous fournit pas vraiment d'éléments qui permettent d'infirmer ou de confirmer cette prévision.
L'une des particularités de la géomatique c'est sa grande difficulté à faire reconnaître ce que sont et ce que font les géomaticiens. Cet ouvrage vise à combler en partie ce déficit de reconnaissance et de notoriété. On ne peut qu'espérer que cet ouvrage, qui peut être lu très facilement par des non-spécialistes, n'aura pas comme seul lectorat les géomaticiens eux-mêmes ou des personnes sachant déjà ce qu'est cette "discipline", un peu fourre-tout et manifestement en pleine ébullition.
Pour prolonger la lecture de cet ouvrage, on peut lire la fiche n°48 "Géomaticien : un nouveau métier" sur le site du Georezo ou prendre connaissance des activités de l'Association Française pour l'Information Géographique (AFIGEO) dont l'objectif est de favoriser le développement de l'information géographique en France.
De même on peut trouver sur le site de l'ONISEP des informations synthétiques sur les métiers de géomatique ou encore sur la fiche de l'ONISEP consacrée aux débouchés des études de géographie.
Petite remarque au passage pour ceux qui envisageraient de devenir géomaticien et qui voudraient découvrir les formations en géomatique en France (et dans certains pays francophones), l'ouvrage indique, dans la liste des liens vers des sites Internet sur la géomatique, le site du portail francophone Geoform, en précisant que celui-ci est déjà ancien. On peut rajouter qu'un projet de refonte de ce site est en cours sous la forme d'un wiki de l'association Georezo, qui vient tout juste d'être inauguré ces jours-ci.


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