
(Copyright La Géographie)
Dans ce numéro de la revue, publication historique de la Société de Géographie et qui a fait peau neuve depuis décembre 2007, on peut découvrir de nombreux articles passionnants sur les univers de la neige et de la glace, mais aussi sur le réchauffement climatique dont j'ai déjà parlé ici et ici.
Ainsi, on apprend que des stations de ski s'ouvrent à de nouvelles pratiques du ski, de nuit, sous la pleine lune... mais avec parfois des projecteurs sur les pistes.
Mais il devient aussi possible de faire du ski près des déserts avec ces stations de ski totalement artificielles à Dubaï et aux Emirats Arabes Unis.
Un entretien avec Claude Lorius, glaciologue , Directeur de recherches émérite au CNRS, membre de l’Académie des sciences, ancien président des Expéditions polaires françaises, nous fait revenir sur les 50 ans de recherches au Groënland et en Antarctique de ce scientifique français de renommée internationale.
L'étude du corps intact d'un homme découvert en 1991 dans le glacier d'Otzal à la frontière entre l'Autriche et l'Italie, a révélé que cet homme, momifié par les glaces, et qui a vécu entre 3350 et 3100 avant notre ère, s'est enfui pour échapper à un règlement de comptes qui s'est terminé par un meurtre. Une enquête archéologique et policière qui a mobilisé 150 spécialistes de six institutions de recherche en Europe et aux Etats-Unis et qui n'est pas terminée.
A côté des "glacio- et niveotouristes" d'aujourd'hui, il ne faut pas oublier que les pays froids sont habités depuis des siècles par des populations, notamment les Inuits. Le passionnant article de Béatrice Collignon (dont je vous recommande l'excellent ouvrage "Les Inuit : ce qu´ils savent du territoire", paru chez L´Harmattan en 1996), revient sur l'histoire de ces peuples et de leur rapport aux espaces et à la glace. Voilà vingt ans, j'eus l'occasion de me rendre pendant plusieurs semaines dans des villages Unuits le long du littoral de la Baie d'Ungava au nord du Québec. J'ai pu y constater que les modes de vie et de consommation de ces populations étaient le fruit d'une occidentalisation à marche forcée. L'avenir ne semblait pas se présenter sous les meilleurs auspices (chômage, drogue, alcoolisme, violence, suicides, etc.). Dans son article, Béatrice Collignon affirme que, même si les Inuits d'aujourd'hui n'ont plus grand chose de commun avec leurs ancêtres d'il y a un siècle, leur devenir n'est peut-être pas si dramatique. Des territoires leur ont été rétrocédés, des droits leur ont été accordés, des moyens financiers leur ont été octroyés et des équipements modernes ont été implantés pour leur permettre de s'intégrer dans la société du XXIème siècle. Seule inconnue qui risque de leur poser de graves problèmes : le réchauffement climatique et ses effets sur une modification profonde et durable de l'environnement des Inuits, de leurs espaces de vie, de chasse et de pêche.

(Source : Makivik Corporation)
Dans un autre article, on apprend aussi que Google, Yahoo et Microsoft sont actuellement en quête d’énergie et de froid non pas en s'implantant au Groenland mais en multipliant les centres d'hébergement de ses serveurs qui sont des gouffres à consommation électrique en raison du nombre croissant de machines et d'une climatisation forcenée. A ce propos j'ai récemment vu des publicités de sociétés ventant les mérites faiblement énergivores de leur serveurs qui deviennent des serveurs écolo.

On découvre aussi comment le Mont Blanc a pris son temps pour être correctement cartographié au cours des siècles derniers et que jusqu'à sa conquête en 1787, il n'était pas bien connu et encore moins admiré (voir à ce propos les deux superbes tomes 1 et 2 de "Les grands alpes dans la cartographie" de Giorgio et Laura Aliprandi, aux éditions Glénat).
La revue nous fait aussi découvrir le Chimborazo, volcan de l’Équateur, 6310 m d'altitude, plus éloigné du centre de la terre que l'Everest et pourtant bien moins connu que son homologue qui détient le record d'altitude.
Un autre article sur les sculptures de glaces éphémères m'a fait me souvenir de l'hôtel de glace près de Québec que j'eus l'occasion de découvrir en janvier 2004, l'un des hivers les plus rigoureux qu'ait connu le Québec au cours de ces dernières années.
Jean-Robert Pitte, géographe de l'alimentation, revient sur le plaisir des glaces qui fait "fondre" beaucoup d'entre nous lorsqu'il fait chaud, particulièrement l'été, et que nous sommes prêts à tout pour aller déguster glaces et sorbets chez les glaciers, dont certains, à Paris, n'hésitent pas à en profiter pour faire "chauffer l'addition"...
La neige et la glace n'attirent pas l'argent seulement l'été mais aussi l'hiver, en particulier dans les stations de sports d'hiver qui sont devenues un aspect majeur de l'économie dans tous les massifs montagneux, même si les Alpes conservent une notoriété qui permet à certaines stations prestigieuses de faire payer le prix fort du "goût de la neige" depuis un siècle.
Face au réchauffement climatique, les scientifiques doivent à la fois conduire leurs recherches, alerter les responsables politiques mais aussi répondre à une demande sociale croissante en prévisions métérologiques fiables. Des populations, des économies, des territoires en dépendent de plus en plus, avec une exigence implacable et croissante en fiabilité, en rapidité et en précision des prévisions.
D'autres articles et les rubriques habituelles de la revue finissent de rendre ce numéro aussi passionnant qu'il était attendu. C'est dire...
Parce que je souhaitais prolonger la lecture de ce numéro de La Géographie, j'ai assisté hier soir dans les locaux de la Société de Géographie à la conférence de Gilles Fumey, maître de conférences à l'Université Paris-Sorbonne et responsable éditorial de la revue "La GéoGraphie" qui remplaçait Claude Lorius, initialement pressenti pour cette conférence.
Au cours de cette conférence qui avait pour thème "La ruée vers le froid ?", en liaison avec le n° 5 de La Géographie, Gilles Fumey a abordé trois thèmes principaux :
- la réalité du phénomène du réchauffement climatique et sa traduction visible sur le terrain en particulier au Groenland et dans le nord du Canada,
- la transformation radicale, au cours des dernières années, des habitudes de consommation et de nourriture des Inuits comme témoin d'une difficulté à résister et qui se traduit notamment par l'explosion de maladies liées à une diminution de la consommation des produits traditionnels de la pêche et de la chasse et à une pollution de toute la chaîne alimentaire,
- l'essor considérable depuis, une dizaine d'années, d'un tourisme dans la péninsule Antarctique qui voit chaque année plus de 30 000 touristes, surtout nord-américains, encadrés par des tour-opérateurs spécialisés, venir en bateau ou en avion, passer quelques jours au froid et cohabiter plus ou moins bien avec les manchots empereurs et les scientifiques.
Pour prolonger vos lectures sur le sujet, la librairie La Géographie, qui se trouve juste à côté de la Société de Géographie, propose sur son blog une liste de références bibliographiques. Je vous conseille en particulier l'"Atlas des pôles" d'Eric Canobbio, paru aux éditions Autrement, dont j'ai déjà parlé ici, et dont vous trouverez ici et ici deux compte-rendus.


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