En mars 2009, le Ministère français de la Défense a annoncé l'attribution d'une indemnité d'un montant de 10M€/an accordée aux victimes des essais nucléaires militaires français qui ont eu lieu entre 1960 et 1996. "Il était temps que notre pays soit en paix avec lui-même", a déclaré en mars dernier Hervé Morin, le ministre de la Défense, lors de la présentation de ce dispositif d'indemnisation.
Que ce soit pour le téléfilm ou pour la décision récente du Ministère de la Défense, le combat pendant des années des victimes de ces essais nucléaires pour sortir du silence, fut décisif, notamment sous l'action de l'Association des Vétérans des Essais Nucléaires(AVEN). Cette association regroupe de nombreuses victimes militaires et civiles de ces essais nucléaires et présente sur son site sa version des faits, richement documentée, avec des informations et documents provenant de ses membres.
Officiellement, entre 1960 et 1996, la France a procédé à 210 essais, dont 17 au Sahara, 193 en Polynésie (167 à Mururoa, 14 à Fangataufa et 12 essais de sécurité).
Sur ces essais, seuls 4 essais au Sahara auraient posé des problèmes de confinement et 10 essais en Polynésie auraient donné lieu à des retombées radioactives significatives sur des zones circonscrites.
Sur son site, le Ministère de la Défense met à disposition plusieurs documents sur les essais nucléaires auxquels 150 000 personnes auraient participé, directement ou indirectement.
Parmi ces documents, on peut trouver ici une carte de la localisation des deux sites des essais nucléaires français dans le Sahara dans les années 60, le Centre saharien d’expérimentations militaires (CSEM) près de Reggane, oasis localisé au sud du grand erg occidental, à 700 km de Colomb Bécharen, et le Centre d’expérimentations militaires des oasis (CEMO), aménagé dans le massif du Hoggar près d'In Ekker, à 150 km au nord de Tamanrasset, dans la Région d'In Ekker et où eut lieu l'essai Béryl.

Voici une vue aérienne d'archive du CEMO...

(Copyright DICOD Min. Défense)
...et voici une vue satellitaire du même site dans son état actuel :
Agrandir le plan
Dans le rapport du Ministère de la Défense on peut lire ceci :
"Quatre des treize expériences souterraines (Béryl, Rubis, Améthyste et Jade) n’ont pas été totalement confinées. Il faut y ajouter l’accident du 19 avril 1962 survenu à l’occasion d’un tir de pastille. [...] En 2005, sur la base de l’ensemble de ces données, le rapport établi par l’AIEA a conclu, compte tenu du très faible niveau de la radioactivité artificielle résiduelle (à l’exception des sites de Gerboise blanche, Gerboise bleue, Béryl et Améthyste), qu’il n’était nécessaire ni de procéder à un assainissement des sites ni d’élaborer une cartographie plus précise de la contamination en vue de réaliser une estimation des doses susceptibles d’être reçues." Or dans le même texte, on peut lire que "Les conclusions de ce rapport recommandent aux autorités algériennes d’interdire l’accès aux zones des quatre essais précités et de les assainir si les activités économiques de la région venaient à évoluer."
Dans son rapport de mai 2007 le Comité de Liaison pour la Coordination du Suivi Sanitaire des Essais Nucléaires français (CSSEN), créé en janvier 2004 par décision conjointe des ministres de la défense et de la santé, apporte quelques précisions sur les essais effectués entre 1960 et 1961 au CSEM.
"La population sédentaire de cette région était concentrée dans les palmeraies de Reggane et dans la vallée du Touat, au nord de Reggane. Cette population était de 40 000 personnes au total, dont 500 résidaient dans un rayon de 100 km autour du champ d’expérimentations. Les essais n’étaient autorisés que dans les conditions où les retombées prévues n’affectaient pas de secteurs habités. Les populations nomades éventuelles étaient éloignées avant chaque essai. En conséquence, les retombées radioactives n’ont pas conduit à des doses notables. Le maximum de dose théorique a été évalué pour le site de Ouallen à 0,6 mSv (site inhabité). Des contrôles de non contamination ont été effectués sur 195 personnes dont 70 nomades (anthropogammamétrie).".
Dans ce même document on trouve quelques informations sur l'autre centre d'essais, le CEMO.
"Les essais en galerie ont succédé aux essais aériens sur le CEMO. Environ 2000 personnes vivaient dans un rayon de 100 km autour du site d’expérimentations. Sur les 13 essais effectués, 4 n’ont pas été totalement confinés mais le seul qui a conduit à une retombée importante est l’essai "Béryl" du 1er mai 1962. Les retombées de cet essai (gaz et aérosols) qui auraient pu entraîner une dose supérieure à 5 mSv n’ont pas touché de zones habitées (populations sédentaires ou nomades)."
Dans le document précédemment mentionné, on peut lire qu'"il n’y avait pas de population sédentaire à l’intérieur de l’isodose de 5 mSv. Les nomades du Kel Torha, population la plus exposée (240 personnes), s’ils s’étaient trouvés présents au moment de la retombée, auraient pu recevoir des doses allant jusqu’à 2,5 mSv.
CQFD !
Donc d'un côté, il est recommandé aux autorités algériennes d’interdire l’accès aux zones des quatre essais qui ont "posé problème" et de les assainir préalablement en cas d'évolution de leur occupation. De l'autre côté, on affirme que les "essais à problème" n'ont pas touché de zones habitées par des populations sédentaires ou nomades. Là je dois avouer que je ne sais plus qui croire. Et au passage ma géographie "des zones habitées par des populations nomades" dans le Sahara en est quelque peu déstabilisée...
Voici une carte "officielle" des isodoses 5 mSv pour les expérimentations souterraines "non contenues" qui ont eu lieu au CEMO dont l'essai Béryl...

... et voici un autre "carte officielle" des populations présentes (par cercles successifs de distance) lors de l’essai Béryl qui ont été exposées à une isodose de 5 mSv lors des retombées de cet essai.

Pour vous faire une opinion et au titre de transparence, le "Dossier de présentation des essais nucléaires et leur suivi au Sahara" de la Délégation à l’Information et à la Communication de la Défense du Ministère de la Défense, présente plusieurs cartes à différentes échelles et de qualité très hétérogène.
Vous pouvez aussi consulter les documents disponibles sur le site de l'AVEN dont des témoignages, souvent poignants, de vétérans de ces essais parmi lesquels ce diaporama qui présente, entre autres, des photos non-officielles de l'essai Béryl du 1er mai 1962 auquel assistaient deux ministres :
Témoignages des vétérans
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Enfin ce reportage diffusé sur France 24, présente l'essai Béryl et la situation radiologique près de 50 ans après les essais. Des images d'époque et des commentaires éloquents sur l'état actuel du site.

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